‹ Figaro et ses devanciers. Avec la collaboration de Paul d'EstréeChapitre 67 sur 178 · Alors appelé Journal de l'Empire, 10 juin 1S · texte numérisé non relu

Alors appelé Journal de l'Empire, 10 juin 1S

à leur critique — et à leurs ciseaux — la copie de leurs collaborateurs.

Et quel ne dut pas être ce travail supplémentaire, en dehors de ses occupations quotidiennes! Nous en pouvons juger par les « manuscrits » vus et revus, annotés, surchargés, bâtonnés, amendés, commentés, interprétés, apostilles par lui. Le Magistrat exige que la personnalité du premier ministre soit toujours respectée. Des traits, comme le suivant, montrent à quels détails il descendait : un feuilliste, voulant peindre Timpression désagréable ressentie par Fleury à la lecture d'une dépèche peu satisfaisante, avait écrit : « Monsieur le Cardinal avait le visage extrêmement allongé, l'humeur sombre, Tair morose... » Marville corrige : « Le ministre avait Tair fort occupé ».

On sait le souci constant, caractéristique du gouvernement de rancienne France, de laisser toujours au roi l'initiative des actes de ses ministres : à chaque instant, dans ces gazetins soumis à sa revision, Marville écrit « le Roi », « Sa Majesté », au lieu de « M. le Cardinal » ou <( Son Eminence ».

Au reste, on comprend qu'il ait bà tonné les articles consacrés aux querelles et aux scandales de la Cour, les histoires où se troussaient par trop lestement les jupes de Mme de Mailly, de Mme de Vintimille, de Mme de Nesle, de Mme de Châteauroux, de Mme de Mazarin et autres « belles et honnestes dames ». Marville n'entend pas que l'on touche aux gens en place; il barre les passages susceptibles de porter atteinte à la considération

du Contrôleur général Orry, du cardinal de Tencin, du maréchal de Belle-Isle; il ne veut pas de fausses nouvelles, et, tout en les rectifiant, il les complète souvent par des informations à lui et dont il est sûr. Une notice nécrologique, prématurément consacrée au décès de Tévèque de Laon^ est rayée avec cette remarque : « Je voudrais que cela lut vrai ». Quant aux faits-divers, déjà très recherchés, vols, assassinats, attaques nocturnes^ arrêts de diligences, descentes de justice, échos du Palais, flagrants délits, feux de cheminée et chiens écrasés, Marville laisse tout passer pourvu que les faits soient exacts. Presque à chaque page on retrouve des notes de sa main :

« Vérifier l'article. — Est-ce bien vrai? » Tempérament de journaliste et, aussi, d'excellent homme, désireux, malgré les occupations dont il est accablé, d'aider, dans la mesure du possible, ces pauvres diables de nouvellistes dans leur difficile profession.

Les publicistes, qui opéraient ainsi sous la tutelle de la police, étaient appelés les « nouvellistes autorisés », et, plus précisément, suivant l'expression officielle, les « nouvellistes privilégiés ' » ;

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