Œuvres de Mme de Staal, ^MUe do Launay), I
3. Souvenirs de Mme la princesse de Bcauveaii (Paris, 187-,', in-8), p. 23.
Parmi ces services d'informations, celui que la marquise de La Cour de Balleroy organisa au commencement du xvii^' siècle peut être cité comme un modèle.
Caumartin de Boissy, frère de la jeune femme, fait d'elle un portrait mî^licieux : « Laissez-moi vous dire que, sur vos deux épaules, vous portez une tète aimable par Tesprit et par la figure, mais d'une humeur quelquefois un peu aigrelette ».
Du moins, quand il s'agissait de recruter des correspondants aptes à récolter des nouvelles, d'entretenir leur zèle, de stimuler leur ardeur, l'humeur aigrelette s'évaporait : on ne trouvait plus chez la jolie marquise que grâces et calineries.
Celui pour qui Mme de Balleroy a peut-être une secrète préférence, c'est son frère. Avec quelle impatience elle attend chaque semaine la lettre toute piquetée de « petits pieds de mouches », que Boissy s'est engagé à lui envoyer! Il est un « reporter » parfait'. « Quoique la qualité de gazetier impertinent n'ait rien de bien éminent, écrit-il à sa sœur, tout ce qui peut me rendre nécessaire auprès de vous, m'est très précieux. »
Outre ses autres frères, Mme de Balleroy met à contribution ses neveux, parmi lesquels les deux
1. Ed. do Barthéloiny, les Corrrspotulanlf: de la marquise de Balleroy,
LES l'UECURSEURS. 11
d'Argenson. Aussi quelle joie quand Tun d'eux devient Garde des Sceaux! car c'est de ce moment qu'il pourra, ô bonheur! la combler de nouvelles. A vrai dire, durant les premiers temps que d'Argenson exerça sa lourde charge, Mme de Balleroy eut à souffrir de négligences, de relards. Le coupable s'en excuse ' : « Mille pardons, ma chère tante... >> Mais il va faire mieux : « Sur certains fonds du Sceau, je me suis donné un écrivain qui vous adressera de gros cahiers de nouveautés ».
Puis viennent le baron de Breteuil, qui avait épousé une Caumartin, les d'Orme&son et les Choisy alliés à la famille, l'abbé de Guitaut, le chevalier de Girardin.
Jusqu'aux domestiques. Ceux-ci ne laissent pas de collaborer activement à l'envoi des nouvelles. Ils vont jusqu'à les discuter.
Mais quelle orthographe! « Se seulement pour vous dirre que l'on disoy ier au Tuilery que lais innemis marché du colté de Namur.... »
Et cependant les lettres de ces nouvellistes en livrée abondent en utiles renseignements. Que nos brillants confrères de la presse contemporaine leur soient indulgents! Nous leur avons donné pour ancêtres — ■ en ligne directe — Mme de Sévigné, Mme de Caylus, Mme de Staal, Mlle de Scudéry, Mlle de Lespinasse; c'est le premier échelon. Le second est occupé par ces domestiques informateurs.