B. A. ms. 11 541, f
2. Lettre anonyme (du marquis de Ruuillon . l mai 1741, communiquée par le chevalier de Mouhy au lieutenant de police, ibid., f. -270-71.
154 FIGARO ET SES nRVANCIERS.
correspondante. Enfin nno jeune parliculière, de qui le nom est resté inconnu, descendait à des heures déterminées dans une cave, sous le degré du Palais, pour y prendre du vin, ou plutôt pour y remettre à des agents de Rambaud les lettres que ceux-ci allaient porter à la GrandTosto ', Et combien d'autres moyens de communication avec rextérieur, imaginés par Tingénieux journaliste, nous ont échappé!
Bientôt il ne lui suflit ]ilus de recevoir les visites de ses rédacteurs dans sa prison, llambaud veut, pour plus de commodité, les avoir auprès de lui. " .Je viens d'apprendre dans le moment par Bompard, écrit Tinspecteur Poussot, que iiambaud, à qui il s'est présenté (dans la prison de la Conciergerie) pour avoir de l'ouvrage, lui a dit qu'il lui en donnerait volontiers, s'il voulait obtenir par quelqu'un de ses amis vme sentence des consuls contre lui, et se faire conduire prisonnier à la Conciergerie. Ledit Rambaud s'est offert de payer tous les frais-. » Sous prétexte de dettes criardes, nos gazetiers se faisaient donc écrouer et les copistes de même. « La plupart de leurs copistes, écrit Poussot, et même plusieurs auteurs étant dans les prisons, ils se trouvent à l'abri des poursuites. » O temps délicieux! régime incomparable!
Cet asile offrait à nos contrebandiers nouvellistes une telle sécurité que le chevalier de Mouhy, tou-
1. Infei-r. de Jos. Grossa, prisonnior au For-l'Evéque, -.'1 jaiiv. 174? B. A. ms. U 514, f. lli;-!.
•->. Rapport de Poussot, 27 févr. 1711, Uni/., f. 23-2-3;;.
jours achariK! conlre Rambaud, son plus redoutable concurrcnl, écrit au lieutenant de police qu'il sera bien difficile d'entraver le commerce clandestin du g-azetier, « à moins qu'on ne trouve le moyen de lui faire interdire sa mauvaise plume en informant le roi des causes de son emprisonnement ' ". Et comme on n'osait pas tirer Louis XV de son invincible torpeur, Rambaud, du fond de la Conciergerie, continuait de servir ses 280 abonnés. Parmi eux les premiers noms du royaume : les ducs de Grammont et de Villeroy, le grand Prieur du Temple, Klinglin, prêteur à Strasbourg-, le comte de Laval, la comtesse de Dampicrre, le Président du Thuisy, le manjuis de Ghabannes, la comtesse de Montmorin, M. de ï\Iouchy ; et puis, le haut clergé, le cardinal de Tencin, Tarchevèque de Paris, l'évèque de Lisieux, l'abbé de la Bastie, agent général du clergé; les papiers-nouvelles de Rambaud allaient même i-ejoindre les officiers, le chevalier de Broglie notamment, qui faisaient la guerre par delà le Rhin.
On laisse à penser si une telle clientèle assurait à nos écrivains des protecteurs influents : placets et requêtes pleuvaient à la lieutenance de police. Les intéressés pleuraient misère, au nom de leurs familles, que leur détention, disaient-ils, réduisait à la dernière extrémité; aussi, après cinq ou six mois de captivité, prit-on le parti de les remettre
1. Lottro du mari|uis de Rouillon, l'"' mai 1741. communiquée par Mouli j au lioutonant do polico. R. A. ms. 11 "jll, 1'. -i'ri. —
en liberté, mais avec des lettres de cachet qui les reléguaient chacun dans son pays — les aimables Pomier à Jarnac,
Dans ce moment, la lieutenance de police crut peut-être avoir détruit, au moins pour quelque temps, rhydre aux tètes sans cesse renaissantes, comme disait le commissaire de Rochebrune. Hélas! Tannée n'était pas écoulée que les gazettes secrètes recommençaient à faire du bruit. Une partie de nos publicistes, sortis de prison, s'étaient bien g-ardés d'obéir à l'ordre d'exil, Geneviève Pomier et ses sœurs les premières. Les autres, après une courte apparition au pays natal, s'étaient empressés de revenir à Paris, reprendre un métier dont le charme était pour eux si puissant qu'il leur en dissimulait les misères.
C'est alors que, sur la plainte des pouvoirs publics, intervint, le 18 mai 1745, l'arrêt du Parlement remettant en vigueur les pénalités du xviii'' siècle.
Et voici les officiers et agents du lieutenant de jiolice, commissaires et inspecteurs, exempts et archers, mouches et hocquetons, qui s'élancent sur la piste avec une nouvelle ardeur. Ils savent, par expérience, qu'ils doivent, avant tout, s'emparer de Rambaud et de Geneviève Pomier. Marie et Jeanne Pomier, arrêtées les premières, mènent l'exempt Bureau et l'inspecteur Poussot, le 2 juillet 1745, chez le tailleur Wibec, bureau d'adresse du redouté nouvelliste. Précisément Rambaud était là : il fut arrêté malgré sa résistance. Geneviève fut reprise le même jour. Sarazin, que les archers appréhen-
dorent à la sortie d'un cabaret, se défendit comme un diable. Il parvint à 'se saisir de la baïonnette que portait Tun des soldats, et en blessa un de ses agresseurs'. Le 15 août suivant, descente chez Noël. Il log-e dans l'enclos de Saint-Lazare. Poussot raconte son expédition. Quatre heures du matin. n A l'appartement de Noël, une voisine nous a dit qu'elle croyait qu"il était chez lui, mais ([u'il ne se levait pas si matin. On a pris le parti de faire garder la porte jusqu'à onze heures et, voyant qu'il ne sortait point, on l'a fait ouvrir par un serrurier. Il ne s'est pas trouvé chez lui. On a fait perquisition. On a trouvé un mémoire qui vous est adressé (Poussot écrit pour le lieutenant de police) et qui contient les moyens d'empêcher les nouvelles à la main. »
Espérant que le fugitif reviendrait, Poussot fit installer dans l'appartement du nouvelliste « des matelas et des vivres suffisants pour sept hommes qui resteraient sans faire de bruit et en état, en cas que Noël revienne, de l'arrêter ». Cotte souricière fut maintenue vingt-quatre heures, mais le nouvelliste, averti sans doute, ne reparut pas-. Enfin, le 15 octobre, Nicolas Felmé fut mené au Forl'Évêque '■'. Le même jour, l'infatigable inspecteur de police s'emparait encore de divers nouvellistes, entre autres de Beaumesnil. « Ile Saint-Louis, quai Bourbon, nous avons frappé à sa porte, dit Poussot.
1 . Rapport de Dureau et do Poussot, 8 juill. 1715 B. A. ms. 11 511, f. 54".i.