‹ Figaro et ses devanciersChapitre 106 sur 194 · B. A. ms · texte numérisé non relu

B. A. ms

1. II. "\Velsrhi1130, lu Mission secrète de Mirabeau <* Berlin (1786-1787), Paris. 1900, in-8°.

diplomate, écrit à Gustave III, le 30 août 1771, au | sujet de Tune d'elles :

« Il n'y a aucun inconvénient à ce qu'elle continue ses correspondances, pourvu qu'elle ne parle I pas des affaires du temps (parlement Maupeou) l. » j

Et Frédéric II.

Les archives de Berlin sont remplies de gazetins, : que le vieux renard se faisait adresser de Paris2, i Outre les feuilles manuscrites rédigées par des professionnels, il entretenait en France une série j d'observateurs et de rédacteurs, Marschall, Métra, Morand, Thiériot. De ce dernier, Morabin, secrétaire du lieutenant de police, a laissé ce croquis ; i

« Il n'est ni jeune, ni aimable. Il est secrétaire ! balivernier du roi de Prusse, à qui il envoie toutes ' les fadaises nouvelles qui courent Paris. Cet emploi ! lui vaut 1500 livres, dont il n'est pas trop bien ; payé3. »

Encore de cette masse de gazettes, feuilles manu- : scrites, correspondances secrètes, nouvelles à la main, le grand Frédéric ne se contente pas. Il faut que ses représentants en France s'improvisent eux- ; mêmes gazetiers4.

Parfois ses agents happaient au passage la feuille de nouvelles manuscrites, que la lieutenance de

1. Lucien Maury, les Comtesses de La Mark et de lion f fiers, cTaprès les correspondances conservées à Upsal, Iieoue historique, mars-avril 1902, p. 302.

2. Jules Flamniermont, Correspondance des agents diplomatiques étrangers en France, Paris, 1896, p. 139 sq.

3. Bibl. de la Ville de Paris, ms. 26 700, année 1711, 16 févr.

4. Lettre à Knyphausen du 8 déc. 1753, éd. Flammermont, Correspondance..., p. 37.

CLIENTELE PHINGIERE. 183

police faisait rédiger chaque semaine pour Louis XV; et ils s'empressaient d'en expédier à leur maître le résumé ' .

Marie-Thérèse enfin.

Les nouvelles à la main, qui lui étaient destinées, passaient par le ministère des Affaires étrangères, dont les commis avaient ordre d'en éliminer ce qui aurait pu froisser la mère de Marie-Antoinette, car déjà l'opposition inaugurait contre la jeune reine sa campagne de calomnies; mais, jusque dans les entours immédiats du ministre, 1' « Autrichienne » comptait de haineux ennemis. « En 1783, écrit le lieutenant de police Lenoir, M. de Vergennes (ministre des Affaires étrangères) fit mettre la main au collet d'un rédacteur de nouvelles qu'il avait protégé. On faisait passer à l'étranger des nouvelles manuscrites, elles étaient revues et corrigées aux Affaires étrangères. Dans la copie d'une de ces nouvelles, adressée à l'impératricemère (Marie-Thérèse), on avait ajouté des vers infâmes contre sa fille. Le ministre fit écrouer son favori à la Bastille. Pour se justifier de l'insertion furtive, cet homme allégua que l'un des commis avait pu seul commettre cette indignité. La perquisition fit trouver la pièce de vers dans un tiroir. On ne put saisir le commis infidèle : il avait déjà, pris sa volée 2. »

Marie-Thérèse attachait la plus grande impor-

1. Lettre à Frédéric II, d'un de ses agents, 22 juil. 1743, Archiv. An*, étrang., ms. Prusse, cxxvin, 197.

'2. Peuchet, Mémoires tirés des archives de la police de Paris, III. 30.

tance à ces gazelles manuscrites. Elle en donne maintes preuves dans sa correspondance avec Mercy-Argenteau ; souvent elle en écrit à sa fille. Les premières nouvelles à la main qu'elle avait ainsi reçues, après l'arrivée de Marie-Antoinette en France, l'avaient ravie. On y célébrait les grâces de la Dauphine, l'amour du peuple pour elle; mais ces mêmes gazettes changèrent bientôt de ton : elles parlaient du caractère frivole de la princesse, de son goût pour le jeu, pour la toilette, pour le théâtre, pour les plaisirs. Marie- Thérèse voyait dans ces feuilles le reflet de l'opinion, et à juste titre. « Nous donnons le ton au public », pouvait écrire sans exagération le chevalier de Mouhy.

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