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choix? Un jour, rue Grange-Batelière, respectueusement vêtu d'un habit, d'une veste et d'une culotte de drap noir, il avait heurté à la porte de Bouret. Il venait solliciter du fermier général « la commission de veiller aux fraudes qui se commettent par rapport aux toiles peintes ». Tout en exposant sa requête, il conta plusieurs histoires qui plurent tellement à son interlocuteur que Bouret lui demanda de les lui mettre par écrit, ce qui amena le nouvelliste à lui fournir régulièrement des gazettes, mais qui ne concernaient que les femmes de financiers.
M. de Villemur, marquis de Carabas parisien, avec cette différence que Carabas possédait des champs de blé et Villemur de somptueux hôtels, désira que Julie le renseignât sur la conduite des demoiselles Beaufort et Briseval. Satisfait de ses rapports, il le chargea de lui en rédiger désormais d'une manière régulière sur les filles d'Opéra, auxquelles il portait un intérêt particulier.
Richelieu avait employé Julie à filer la Dlle Roux, entretenue par milord Hyde, à laquelle le maréchal, apparemment, en voulait aussi; puis, content de ses services, il s'était abonné à ses bulletins. Oue si Bouret s'intéressait aux aventures où glissaient les femmes de ses collègues et Villemur aux trous que pouvaient faire dans la lune les étoiles de l'Opéra, Richelieu, lui, désirait plus spécialement être instruit des intrigues nouées par « les femmes de condition1 ». Le maréchal est
1. Lettre do Julie à Richelieu, 3 oct. 1752, B. A. ms. 11846, f. 469.
dans les meilleurs termes avec son nouvelliste : il lui écrit des lettres autographes où il l'appelle (c Mon cher Julie », et s'emploie à lui faire obtenir ses entrées à la Comédie-Française, pour faciliter la rédaction de ses bulletins1.
Quant au duc d'Orléans, Julie était entré en rapport avec lui, en lui proposant de réorganiser la surveillance des jardins du Palais-Royal, sa propriété. On sait ce que le Palais-Royal était au xvme siècle. Nous ne reprendrons pas les descriptions qu'en I ont données Rétif et Mercier. Mais, ajoutait Julie, « s'il se commet des abus dans cette promenade, combien n'y arrive-t-il pas de jolies aventures qui attireraient l'attention du prince, s'il en était bien informé2. » L'abonnement à ces gazetins « agréables et galants » fut mis au nom de Besenval, capitaine au régiment suisse, qui les repassait immédiatement à son maître3.
On a déjà pressenti la véritable profession de Charles de Julie, car il n'était nouvelliste que par surcroît. Notre gazetier n'était rien moins qu'officier de police, exempt de robe courte. Il avait travaillé successivement dans six « détails » différents, le militaire, les jeux, les étrangers, les voleurs, la librairie, enfin les dames galantes. A l'époque où il rédigeait ses « petites nouvelles », il avait la surveillance des étrangers, fixés dans la capitale,