PAUL ADAM
est ardue, parce que M. Paul Adam s'est montré partout artiste et penseur original.
Par mille petits traits il le faudrait peindre, par des touches tour à tour précises et vagues, par des tons clairs et de brumeuses indications, car cet écrivain divers, multiforme, souple et vigoureux à la fois, échappe à la ligne qui enserre et qui limite.
Cependant, on peut dire qu'il apparaît surtout comme un métaphysicien idéaliste et comme un impitoyable et nerveux satiriste. Ce sont là les deux caractéristiques, les deux pôles de son talent. C'est parce qu'il a cherché des essences lointaines et des êtres de songe, au-delà de ce décor des choses, qu'il a peint en clairvoyant dédaigneux, c'est pour cela qu'il a fustigé, de
quelles rudes verges ! les ridicules, les vices et les hontes de son temps.
Aussi, déconcerte-t-il ceux qui aiment les classifications nettes et faciles, les entomologistes de la critique et les maîtres d'école de la littérature, mais, soit ^qu'il applique son esprit aux questions vitales de la sociologie, de la métaphysique ou de la morale, soit qu'il se plonge dans le rêve et dans les psychiques visions qu'il sait susciter, il charme, il séduit, et si parfois il provoque quelques colères et quelques haines, il ne recueille jamais l'indifférence.
LUDOVIC HÀLÉVY
M. Ludovic Halévy a été l'homme le plus adroit de son temps, ce temps qui est bien passé, et, désormais inactif, retiré des affaires, il demeure le modèle des auteurs complaisants, le parangon des vaudevillistes à succès.
Il posséda, et sans doute le porta-t-il en naissant, le sens du public, sens précieux, pratique et productif. Il fut un de ces heureux que le souci de l'art tourmente moins que le désir de plaire, et, s'il courut après la gloire, ce fut après cette gloire spéciale.
16 i FIGURES CONTEMPORAINES
qui est aussi un profit. Il n'a jamais cherché à imposer ses goûts à la foule, mais il a, au contraire, prévenu constamment ses besoins. C'est un psychologue positif qui eut un certain génie d'auscultation et fut apte à l'utiliser. Comme il savait habilement interroger le troupeau qu'il avait résolu de paître, il en connaissait les appétits et il pouvait à coup sur déterminer la nourriture qui agréait à ses ouailles. Il ne s'en priva point.
Il fut quelque chose comme un cuisinier réfléchi et bien pensant, et tous ceux qui s'assirent aux diverses tables qu'il servit n'y goûtèrent jamais que les mets qui convenaient à leurs estomacs.
Lorsqu'il devint de bon ton d'être irrespectueux, sous l'Empire, M. Halévy, qui