Lettre GXX, tome I, page
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cœur, nourrissez en vous l'éloquence, en vous gardant bien de faner votre âme, ni par des études trop sèches, ni par le faux système qui m'a longtemps égaré. » Et Quinet ajoute : a 11 sait bien que c'est à la France à donner des formes claires aux idées fécondes de l'Allemagne. La légèreté, le persiflage sont fort passés de mode; et, vrai, je ne crois pas que ce soit là où je doive m'arrêter. Je sens que si je peux valoir quelque chose, c'est par la couleur, par la fraîcheur de l'imagination, par la profondeur des sentiments et une sorte de verve de cœur. Ils ont tout détruit (et j'en suis fort content; avec leur persiflage. 11 faut construire maintenant, il faut des convictions et des affections, et des sentiments de liberté et d'humanité. »
Cela est écrit à vingt-deux ans. A quarante ans, il écrira à un jeune ami très engoué de l'esprit germanique : « Prenez pour la France la foi qui vous manque ; plongez-vous dans cet esprit de lumière... Figurez-vous cet abîme de philosophie allemande éclairé par le soleil de Bordeaux, par celui de Montaigne. Voilà à quoi il faut tendre : mais , pour Dieu . ne reniez pas
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votre pays, c'est encore la terre sainte \ et le mot d'ordre partira encore une fois d'ici... J'assiste au débrouillement de votre être. Rien n'est plus douloureux que ce premier chaos. Encore une fois, jetez sur ce monstre la lumière de l'esprit français. Vous vous verrez, vous vous mesurerez, et vous serez sauvé. )>
A cette époque ^ , son culte pour l'Allemagne avait un peu diminué : c L'Allemagne, j'entends celle des livres, ne me plaît plus du tout : elle se corrompt et veut contrefaire Jules Janin. La lourde danse de ces hippopotames m'impatiente ; tout ce qui charmait madame de Staël disparaît chaque jour : la frivolité française y pénètre, sans aucune de ses grâces... L'Allemagne s'aplatit et s'affaisse... J'en serais dégoûté, si ce n'était ma chère xMinna. )>
Malgré cela, il lui resta toujours dans l'esprit quelque chose de cette Germanie qu'il avait tant adorée; et, quoiqu'il ait dit en contemplant les peintures vénitiennes : « Toute mon ambition comme écrivain seroit d'être de cette école » , il