‹ Filles de la pluie (scenes de la vie ouessantine)Chapitre 2 sur 23 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

liez.. Mieux encore : frappez à toutes les portes, leurs parents vous prieront d'entrer.

— La misère ?

— Oh ! non pas ; c'est dans la coutume.

A quelques mètres, les Ouessantines regardaient vers le large sous les dédains du bonhomme.

— Tenez, fit-il encore : elles ont chaviré leurs bonnets pour se faire remarquer. — Mais ici, sur le continent, expliqua avec satisfaction ce bavard de la grande terre, elles seront bien forcées de rester sages. Ce n'est plus comme sur leur rocher... Et il indiquait quelque chose, du bout du doigt, en mer, très loin.

Alors, nous primes une longue-vue. Et c'est à peine si nous pûmes, dans la gloire d'un ciel pourtant sans nuages, distinguer là-bas, par de là Quéménès et Molène, par delà les écueils de l'archipel, l'île perdue qu'un petit vapeur, deux fois par semaine, rattache au Finistère.

Un autre jour, à Brest, comme nous traversions Recouvrance dans l'agitation pittoresque d'un retour d'escadre, nous entendîmes des dames de la ville murmurer :

— Sauvons-nous ! Voilà les Filles de la pluie \

Deux Ouessantines passaient, longues et noires sous la sévérité de leur châle de velours, farouches comme des oiseaux solitaires de l'Océan.

Elles allaient vers la porte du Gonquet avec beaucoup d'indifférence pour la ville. Il y avait quelque chose de choquant, comme une impudeur, dans ces chevelures de femmes, leur intimité, tout entières étalées sur le dos ; leur démarche, pareille à celle des créoles, était pleine d'indolence, leurs traits superbes ; et l'on s'étonnait de rencontrer partout à leur égard un mélange complexe d'admiration, de mépris et d'atavique hostilité.

Plus tard, nous connûmes qu'aux yeux de quelques-uns, l'apparition de leur costume de deuil est tenue depuis des siècles pour un présage de malheur.

Une personne interrogée nous dit encore :

— Quand on voit des Ouessantines, c'est signe de pluie. « Elles l'apportent. »

Sotte antipathie, et bien peu justifiée, en contradiction avec la bienveillance et la douceur des naturelles.

A d'autres titres, elles savent retenir l'intérêt. Des marins ont dépeint l'île comme une sorte de Tahiti européenne. Et à vrai dire, l'étranger fut de tout temps reçu avec honneur

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