BARBA LA CONTEUSE
Herment s'était assis devant le feu d'ajoncs qui flambait en pétillant.
— Au diable, la poésie des îles ! soupira-t-il.
Point de doute, il allait à midi faire encore un mauvais repas de pommes de terre et de poisson séché — et cet ordinaire, vraiment un peu frugal, pour un homme habitué à ses aises, était loin de valoir la cuisine de Tauberge où il prenait pension.
On mangeait de la viande, au moins, et du pain frais ; on y buvait du vin, du cidre ou de la bière... Ici !... et il se mit à sourire car il entendait dans la pièce voisine le pas satisfait et nonchalant de Barba, sa maltresse.
Une fantaisie, hier soir, l'avait porté à accepter la dînette rustique de l'îlienne. Il avait trouvé drôle, pour une fois, de grignoter un far pesant arrosé d'eau et de gros lait. Et ce matin, elle l'avait supplié avec tant de gentillesse dans la voix de ne pas lui fausser compagnie, qu'il s'était très inconsidérément engagé à renouveler ce tour de force gastrique.
Certes, la couleur locale ajoutait à l'imprévu de cette aventure. Depuis huit jours, il vivait la vie rude et traditionnelle des Ouessantins, gens farouches, à en croire les anciens traités des géographes. Et cela ne manquait pas d'une certaine saveur, de loger sous ce toit de chaume, dans cette petite maison écrasée sur la lande rocheuse et dont chaque fenêtre découvrait la mer.
Or l'aimable Barba aux yeux roux et à la démarche lente apparut et, mettant la main sur l'épaule de l'étranger :
— Reste seul un instant, veux-tu?... Je vais au village voisin. Et si mon père ou quelqu'une de mes petites nièces arrive, dis-leur simplement d'attendre.
La native se dirigea vers la porte étroite dont elle fit jouer la chevillette en tirant sur la corde et elle sorlit.
Bien qu'elle fût de taille moyenne, Barba se
étachait longue et souple sur l'horizon sans
n. Dans ce pays si sévère et dénué d'arbres,
ut, et les maisons elles plantes chétives, était
lU ras du sol et l'homme en semblait grandi. Le
ent tordait les courtes boucles des cheveux de
Mlienne. Elles s'emmêlaient aux deux bouts du
ruban de velours noir passé sous le menton et
qui fixait son bonnet, noir lui aussi, et qu'elle
portait sans coiffe.
- Singulier, tout de même ! réfléchit Herment. Elle m'installe chez elle comme si j'étais son frère ou son fiancé (1)... Mon nom, elle ne le sait seulement pas... Et voici qu'elle prévoit sans trouble la visite des siens.
Etonnante hospitalité locale, et qui parait tout à fait dans les mœurs... S'il faut vraiment y voir une survivance des coutumes patriarcales et libres d'autrefois, il convient d'honorer ces usages et se hâter d'en jouir, dévotement. Car bientôt, sans doute, ils auront perdu leur charme et leur candeur : Ouessant, la lointaine Ouessant n'est pas le bout du monde, après tout.
(1) Jadis à Ouessant, les fiancés vivaient quelque temps ensemble, ce qni roncHtuail une sorte de mariage k l'essai.
Et il se remémora les circonstances de son voyage vers cette terre oubliée.
Pour gagner l'île, il lui avait fallu attendre au Conquet le départ du courrier qui, deux fois, par semaine, dessert Ouessant et Molène.
On avait averti Herment d'arriver des premiers au bateau s'il voulait être bien sûr de partir, car le nombre des places, sur la Louise, pendant la saison d'hiver, n'excédait pas quarante-cinq, compris les hommes d'équipage. Par la nuit noire — il était à peine cinq heures et demie du matin — Herment s'achemina vers la « pierre glissante », l'endroit où le canot du bord viendrait prendre les passagers.
Les eaux étaient basses et le navire, dont on apercevait le fanal, s'était mis à l'ancre en dehors de la jetée, à l'entrée de la baie. Sur le rocher mouillé et couvert d'algues où le pied se posait incertain, un groupe silencieux attendait, parmi des paniers, des caisses et des valises.
Il y avait là quelques Ouessantines, recopnaissables à leur costume, des matelots permissionnaires, des représentants de maisons de commerce brestoises et plusieurs soldats coloniaux qui allaient rejoindre leur poste, sac au
L ILE It
dos et le fusil en bandoulière. Une pluie fine faisait reluire les faces quand l'allumette d'un fumeur avait craqué ; la marée montante, parfois, soulevait une vague qui s'étalait ensuite, inondant les passagers résignés. Enfin, une embarcation détachée du vapeur arriva, dans laquelle on s'entassa pêle-mêle. Quand elle accosta la Louise, on put voir que des gens pressés occupaient déjà le tillac, au milieu de marchandises éparses. Des bestiaux, vaches et porcs, emplissaient l'avant de l'étroit vapeur jusqu'à la machine. La chaloupe retourna au rivage deux fois encore. Elle ramena les retardataires et le capitaine qui monta sur la passerelle et prit la barre. On leva l'ancre et la Louise quitta le Gonquet, recevant l'éclat aiTaibli de Kermorvan et des feux voisins.
En eflfet, une pâleur laiteuse venait d'apparaître dans le déchirement d'un ciel sans tendresse, chargé de nuages, et sous lequel la mer, pourtant contenue, semblait vindicative. Des lames courtes firent piquer le bateau, coup bur coup, et puis, elles l'empoignèrent comme un jouet et la danse commença. Le haut des mâts se mit à zigzaguer, la cheminée tituba. La brise était fraîche mais la mer calme, comparativement aux gros temps précédents. Des
paquets d'eau sautèrent d'un bout à l'autre du navire ; sous le vent, des barques qu'on croisa couraient vers le Conquet déjà distant ; et soudain, à l'Est, par Pospoder et Lanildut, le soleil se montra, morose, les nuages semblèrent moins opaques, et le jour fut. Les feux des bouées et des balises s'éclipsèrent. Béniguet et Quéménès s'érigèrent et disparurent sur la gauche. On serra de plus près l'archipel et, de rocher en rocher, le petit vapeur atteignit l'escale de Molène.
Là, des canots bruyants entourèrent la Louise. Ils étaient pilotés par des gamins auxquels on jeta des sacs de pain car l'ilot n'a pas de boulangerie La semaine d'avant, le pain était arrivé si détrempé par l'eau embarquée pendant une traversée difficile, que les habitants avaient dû le refuser. Quelques personnes descendirent avec le facteur chargé de la tournée de Molène et la Louise^ ainsi allégée, mit le cap sur Ouessant.
On rangea le Léac% et Gour ar Vras ; on passa l'île Balanec, la laissant à gauche, et puis Bannec, peu visible, au ras des eaux, étroit banc de sable et de roches, bien au delà de la bouée Pengloc'h. Alors, on vit Ouessant dans toute son étendue.
Ce fut d'abord une ligne grise et bleue dont la longueur étonnait. Ensuite elle se précisa, plus colorée. A cause de ses falaises escarpées s'étendant du Stiff à Porz Goret, l'île semblait un mur formidable qui barrait l'horizon où, çà et là, des taches indiquaient des pointes et des anses dont le détail échappait.
La mer, en ces parages, était houleuse. Sa violence s'accrut dès qu'on se fut engagé dans le puissant courant du Fromveur qu'on traversa pour entrer dans la baie du Stifî, mouillage que les vents du Sud-Ouest rendaient obligatoires. A l'abri des prodigieux rochers qui enserraient la baie, les eaux profondes avaient maintenant le calme d'un lac. On approcha le môle d'aussi près qu'on put le faire sans danger d'échouage. Mais il fallut quand même user des embarcations pour descendre à terre. Assises au haut de la falaise en surplomb, une demi-douzaine de filles aux longs cheveux interpellaient les nouveaux débarqués, effrontément.
Six kilomètres séparaient le StifT de Lan Pol. Les hommes chargèrent leurs fardeaux sur leurs épaules et s'attaquèrent au chemin raide qui monte de la cale.
Gagné le sommet du plateau, on aperçoit à
droite le phare du Stiff, blanc et court, haut perché à l'extrémité Nord-Est de l'île. En maints endroits, des sillons ont tracé des terrains de culture dans la prairie grasse qui s'étend à perte de vue. Parfois ces champs sont entourés de petits murs de granit ; parfois, dans ces enclos, des ajoncs poussésen taillis drus jettent la note aiguë de leurs fleurs jaunes. On voit aussi des moulins isolés, et des toits de chaume, serrés les uns contre les autres, par groupes de trois ou quatre, agglomérations qui prennent ici le nom de villages.
Quelques-uns sont traversés par la route principale, la grande voie qui partage Ouessant du Nord-Est au Sud-Ouest, du Stifî au Créac'h en passant par Lan Pol. L'île, que de cette hauteur, on embrasse presque tout entière, est allongée sur l'Océan comme une gigantesque patte de crabe dont les deux pointes dentelées de Pern et de Porz Goret formeraient les pinces. Entre chacune d'elles se jouent les eaux tranquilles delà baie de Lan Pol; mais, en deçà de la pyramide du Runiou, point extrême Sud, la mer est toujours déchaînée et les récifs, à demi couverts, s'avancent, blancs d'écume, vers Ar Gazec, la « Jument » où depuis des années, on travaille quand on le peut, à la construc-
tion d'un phare. Si l'on promène le regard de l'Ouest au Nord, tour à tour défilent Loqueltas, le phare du Gréac'h et Niou-i-zella, le « village voisin des eaux », et Kermoran, un autre hameau, et Keller, que huit cents brasses à peine séparent d'Ouessant,
Les passagers de la Louise traversèrent Frugulou et longèrent la clôture du fort Saint-Michel. A partir de cet endroit, accrochée au flanc d'un vallon, la route plonge en ligne droite et s'étend comme un long ruban, avec seulement quelques courbes légères, jusqu'au clocher de l'église. De rares maisons sont postées en bordure, certaines, blanches et neuves, et un ou deux hameaux faits de chaumières sans toitures et abandonnées. Au bout d'une demi-heure de marche, on laissa à l'entrée du bourg les baraquements des coloniaux, autour desquels ont poussé plusieurs débits, et l'on atteignit Lan Pol. Alors, la troupe des voyageurs se disloqua et chacun courut à ses alTaires.
C'était la fin d'octobre. Depuis un mois, des pluies continuelles avaient tombé sur l'île, transformant en lagunes tous les terrains plats dont l'eau »« pouvait s'é«ouler. La côte, de Pen
ar Roc'h à Toul al Lan, de Yusinn à Pern, avait en chaque endroit son caractère propre. En bien des points, la terre épuisée par un duel millénaire avec les vagues s'effritait et lâchait prise. Ailleurs, des rochers fantasques semblaient converser d'un bout à l'autre des criques balayées d'embruns ; les oiseaux de mer y jetaient leurs cris effarés. Seules, quelques anses abritées, comme à Paraluc'hen, à Porz G wen, à Kergadou et Porz xA.Ilemgen, reposaient de l'horreur de certains paysages.
Or l'émoi de ces courses s'augmentait de la solitude et de l'automnale désolation des lieux. Parfois, seulement, on apercevait, courbées vers le sol^ deux ou trois jeunes filles qui coupaient des ajoncs ou des bruyères. Hermenten surprit d'autres, farouches, dans l'inclémence de la saison, qui se cachaient derrière des rochers et épiaientson passage. Certaines vieilles qu'il rencontra étaient surtout impressionnantes avec la masse de leurs cheveux blancs qui flottaient autour d'un masque ridé et jauni, délavé par les pluies. Les maisons ne semblaient pas moins mystérieuses : leurs portes étaient closes, strictement, leurs fenêtres étroites ne laissaient rien deviner au prome neur.
Ce qui surajoutait à la mélancolie de cette campagne, c'était sa nudité. Pas un arbre, sauf quelques buissons chétifs, poussés dans quelques creux de terrain. A travers la lande, des petits moutons erraient par centaines. On les entendait bêler aigrement, de fort loin, dans la chanson maussade du vent pluvieux. Quand on s'approchait, toute la bande affolée prenait la course.
Herment voulut connaître le secret de cette solitude car il savait l'île assez peuplée. On lui dit que les travaux des champs étant finis, les femmes restaient dans leurs maisons à tricoter. Quant aux hommes, dédaigneux de la culture, ils étaient tous « sur la navigation », au commerce ou dans la flotte. Les seuls pécheurs de l'île étaient des retraités ou quelques coloniaux mariés dans le pays et qui tendaient des lignes, dans les trous poissonneux du bord, la cigarette au coin des lèvres, en rentiers.
Avec la nuit — c'était le dernier quartier de lune — les sorties devenaient périlleuses. Il fallait se perdre dans un dédale de sentiers, au risque de rouler sur la grève ou au fond de quelque carrière. Les deux phares éclairaient seuls, médiocrement.
Alors, dans l'ombre, un peu d'animation naisait. Car, passé la belle saison, c'est surtout le soir que sortent les Ouessantines. Des formes se glissaient dans les chemins encaissés, filles seules hâtant le pas, minuit sonné, courant d'un village à l'autre, silencieuses, inquiétantes, parce que rien dans l'uniformité de leur robe noire ne pouvait trahir leur identité. Par instinct, elles détournaient la tête ou se jetaient dans un fossé pour se mieux dissimuler encore. Souvent aussi, une bande de marsouins avinés répandaient la terreur dans les hameaux perdus. Ou c'était la marche endormie d'une patrouille ou l'éclat de voix fraîches d'îliennes revenant de la veillée, parmi des rires.
Un soir, las d'errer au hasard des routes, Herment entra chez Reuter, un débit voisin de la caserne. Reuter était un des premiers coloniaux établis dans le pays. 11 avait épousé une Ouessantine petite et rousse, délurée, et lancé « un commerce ». Dans la salle, trois soldats buvaient pendant qu'un phonographe déroulait l'atrocité de son chant. Herment se fit servir un verre de bière.
Ce fut à ce moment qu'il aperçut Barba pour la première fois. Elle s'était d'abord tenue cachée dans l'ombre d'une pièce voisine, parce
qu'elle avait vu un étranger. Elle était parée en Ouessantine, si coquettement qu'on l'eût dite en costume de fête. Mais elle était accompagnée d'une amie, vêtue à la façon des villes, et dont la tète et les épaules s'enveloppaient d'un châle, et cette dernière, plus hardie, s'avança jusqu'au seuil de la porte. Alors Barba se risqua à son tour.
La « demoiselle » répondit quand Herment lui adressa la parole. Il apprit qu'elle était Ouessantine, elle aussi, malgré qu'elle eût abandonné le costume. Les îliennes se firent un peu prier, mais finirent tout de même par accepter de boire quelque chose. Et Barba, un peu sauvage au début, se mil à causer.
Or le hasard voulut que le lendemain, Herment reconnût Barba sur la grève de Porz Quinzi, devant l'île Keller, qui, ce jour-là, semblait sortir de l'écume des flots. Armée d'une fourche, elle disposait en tas énormes ce goémon roux et bronzé qu'on fait sécher pour en entrraisserla terre.
Vu de l'allée en terrasse accolée à l'église de Lan Pol, le cimetière s'étend en plan incliné sur le flanc d'un vallon arrosé par un ruisseau qui se jette à quelques pas dan? la baie Sur sa droite, le cimetière est en lisière de la route ' sur sa gauche, il est bordé par les terrains de l'église, massif de verdure fertile et gras que prolongent, à l'autre bout du quadrilatère, les jardins de quelques maisons C'est le sei l endroit boisé de l'île. Des. palmiers poussent sur les tombes, parmi des massifs caillouteux et des grands ormes. En toute saison, ce coin est pareil à un verger fleuri et musical où
piaillent des bandes d'oiseaux. Et comme dans beaucoup de villages de nos campagnes, ici, le champ de repos est à la fois le lieu le plus grave et le plus souriant.
Pourtant, quand viennent les approches de la Toussaint, c'est la tristesse qui l'emporte.
Quinze jours avant la date funèbre, des groupes de veuves et de filles s'étaient déjà massés autour de la fosse aux « proellas. » D'autres, venues de tous les côtés de Tile, avaient procédé ù la toilette de leurs tombes. L'église s'était remplie d'ombres taciturnes. Et, longtemps après le coucher du soleil, après le départ de toutes, attardée seule dans le cimetière, une de ces femmes, terminée sa besogne mélancolique, s'était allongée un soir sur le gazon, les seins contre le sol qui avait absorbé le corps, bu le sang de l'être aimé, comme pour l'allaiter, le réchauffer encore ou se confondre en lui dans l'attitude d'un fanatique amour et d'uneinsurmontable douleur. Et l'on n'avait plus aperçu, émergeant de terre, parmi la blanche forêt des croix, que ses pieds et ses jambes qui sortaient nus des jupes, à l'heure du serein, impressionnants par leur immobilité cadavérique.
Plusieurs fois, Uerment avait assisté à détela
préparatifs dans la région extrême du Finistère, à Landéda, à Plouguerneau, à Porspoder, et sur la partie de la côte qui s'étend de la baie des Trépassés à l'Ile Vierge. Là, les courants ramènent constamment les épaves de très lointains naufrages, pour que chaque anse, chaque village marin, même lorsqu'on n'a point à y déplorer quelque perte locale, connaisse une fois de plus la domination terrible des eaux. C'est ainsi qu'à Loc'hrist, près de la pointe Saint-Mathieu, on peut voir, pieusement honorées, les tombes où reposent deux mousses argentins, deux frères, tandis qu'à côté gisent plusieurs victimes d'un naufrage fameux, ramenées par les flots, à quinze milles des Pierres Vertes, dans la baie de Porz Lioagan.
Mais ici, à Ouessant, les abords de la commémoration des défunts étaient plus émotionnants encore. Cette année, précisément, on allait procéder à la translation des proellas.
— Ce sont, expliqua Barba, de petites croix de cire, larges comme la main, et qui symbolisent les restes mortels de ceux que la mer a pris, sans vouloir rendre leurs cadavres. Quand arrive la nouvelle de la mort d'un Ouessantin, une proella est censée revenir au pays, en place de l'absent. Elle est reçue dans la mai-
son du défunt et couchée sur une table. Autour d'elle, parents et amis passent la nuit en prières. Le lendemain, s'accomplit un simulacre de funérailles. On célèbre à l'église l'office des morts. Mais, au lieu d'aller ensuite au cimetière, on dépose la proella aux pieds de la statue de Saint-Joseph, voisine de l'autel des défunts, dans un coffre spécial qui est toujours trop vite empli. Lors de certaines fêtes de l'Eglise, à l'occasion d'un jubilé ou d'une mission, a lieu une procession à laquelle assistent tous les habitants, et l'on vide le coflVe aux proellas dans une fosse que couronne un petit édifice, haut d'un mètre cinquante, le seul du cimetière, et qui porte cette inscription : Hélas !..
— Et moi aussi, reprit Barba, il faudra que j'aille parer mes tombes. Je commencerai tantôt par arracher les herbes : ma sœur viendra de Kérandron m'aider à faire le reste. En peu de temps, nous avons perdu notre mère et deux frères, dont l'un fut tué dans la chaufferie d'un torpilleur, l'autre enlevé par une lame sur un long-courrier.
Barba parlait posément et sans grande tristesse dans la voix. Car elle avait longtemps médité sur Tau delà. Elle en concevait une forte curiosité, voilà tout. Portée vers le mer-