‹ Filles et garcʹonsChapitre 1 sur 18 · LA TISANE A LA PETITE MALADE · texte numérisé non relu

LA TISANE A LA PETITE MALADE

LA CONVALLSCENCE.

Aussi a-t-clle reçu la visite du médecin. Alfred est venu tâter le pouls de la poupée. C’est le médecin Tant-pis. 11 ne parle que de couper les bras et les jambes. .Mais Ciermaine l’a tant prié. c]u'il a consenti à guérir la poupée sans la mettre en morceaux. Il a seulement prescrit les tisanes les plus amères.

La maladie a du moins un avantage : elle nous fait connaître nos amis. Ciermaine sait maintenant qu'elle peut compter sur le bon Alfred. Elle sait aussi que sa sœur Lucie est la meilleure des sœurs. Pendant les neuf jours qu’a duré

la maladie, Lucie est venue étudier ses leçons et coudre dans la chambre bleue. Elle veut apporter elle-même la tisane à la petite malade. Et ce n’est pas une tisane amère comme en ordonnait Alfred ; non, c’est une boisson tout embaumée de parfum des fleurs sauvages.

Lorsqu’elle la respire, Catherine songe aux sentiers fleuris de la montagne, connus des enfants et des abeilles, où elle a tant joué l’an passé. Alfred aussi se rappelle ces beaux chemins, et les bois, et les sources, et les mulets qui montaient, sur le bord des précipices avec un bruit de grelots.

A TRAVERS CHAMPS

Après le déjcLiner, Catherine s’en est allée dans les prés avec Jean, son petit frère. Quand ils sont partis, le jour semblait jeune et frais comme eux.

Le ciel n'était pas tout à fait bleu; il était plutôt gris, mais d’un gris plus doux que tous les bleus du monde. Justement les yeux de Catherine sont de ce grislà et semblent faits d’un peu de ciel matinal.

Catherine et Jean s’en vont tout seuls par les prés. Leur mère est fermière et travaille dans la ferme. Ils n’ont point de servante pour les conduire, et ils n’en ont point besoin. Ils savent leur chemin ; ils connaissent les bois, les champs et les collines. Catherine sait voir l’heure du jour en regardant le soleil, et elle a deviné toutes sortes de beaux secrets naturels que les enfants des yilles ne soupçonnent pas. Le petit Jean lui-même comprend beaucoup de choses des bois, des étangs et des montagnes, car sa petite àme est une âme rustique.

Catherine et Jean s’en vont par les prés lleuris. Catherine, en cheminant, fait un bouquet.

APRES LE DÉJEUNER, CATHERINE S*EN EST ALLÉE DANS LES PRÉS AVEC JEAN, SON PETIT FRÈRE. QUAND ILS SONT PAR- TIS, LE JOUR SEMBLAIT JEUNE ET FRAIS COMME EUX. LE CIEL N'ÉTAIT PAS TOUT A FAIT BLEU; IL ÉTAIT PLUTOT GRIS, MAIS D'UN GRIS PLUS DOUX QUE TOUS LES BLEUS DU MONDE.

A TRAVERS CHAMPS

Elle cueille des bleuets, des coquelicots, des coucous et des boutons-d’or, qu’on appelle aussi cocotes. Elle cueille encore de ces jolies Heurs violettes qui croissent au bord des blés et qu’on nomme des miroirs de Vénus. Elle cueille les sombres épis de l’herbe à lait et des becs-de-gruc et le lis des vallées, dont les blanches clochettes; agitées au moindre souflle, répandent une odeur délicieuse. Catherine aime les Heurs parce cjue les Heurs sont belles; elle les aime aussi parce qu’elles sont des parures. Elle est une petite fille toute simple, dont les beaux cheveux sont cachés sous un béguin brun. Son tablier de cotonnade recouvre une robe unie; elle va en sabots. Elle n’a vu de riches toilettes qu’à la Vierge Marie et à la sainte Catherine de son égdise

paroissiale. Mais il y a des choses que les petites lilles savent en naissant. Catherine sait que les Heurs sont des parures séantes, et que les belles dames c|ui mettent des bouquets à leur corsage en paraissent plus jolies. iVtissi songet-elle qu’elle doit être bien brave en ce moment, puisqu’elle porte un bouquet plus gros que sa tète. Ses idées sont brillantes et parfumées comme ses Heurs. Ce sont des idées qui ne s’expriment point par la parole : la parole n’a rien d’assez joli pour cela. 11 y faut des airs de chansons, les airs les plus vifs et les plus doux, les chansons les plus gentilles. Aussi Catherine chante, en cueillant son bouquet : « J’irai au bois seulette, » et « Mon cœur je lui donnerai, mon cœur je lui donnerai. »

Le petit Jean est d’un autre caractère. 11 suit d’autres pensées. C’est un

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