‹ Fin de l'ind�ependance boh�eme (volume 2)Chapitre 19 sur 157 · SYLVIUS ET CARVAJAL · texte numérisé non relu

SYLVIUS ET CARVAJAL

la nomination d'un archevêque; peu leur importait lequel, pourvu qu'ils détruisissent brutalement les dernières espérances de Rokytsana. Le cardinal avait grand peine à empêcher cette mesure précipitée qui eût sans doute entraîné une rupture immédiate des négociations. Ses efforts le. rendaient suspect à toute la coterie fanatique de Carvajal S qui l'accusait presque de trahison ; on lui reprochait de subordonner les intérêts de l'Église à ceux de l'Empire et d'avoir vendu sa foi pour un chapeau de cardinal ^. Carvajal traçait un tableau lamentable des conséquences qu'aurait pour l'Allemagne toute concession à l'hérésie ^y et rendait Sylvius responsable dés calamités qu'il prédisait. Quelque peu déconcerté par cette levée de boucliers, Sylvius, qui déjà pensait à la tiare et ne tenait pas à s'aliéner un groupe influent, hésitait, tergiversait, protestait de ses bonnes intentions, s'inclinait devant l'expérience de ses contradicteurs. II lui échappait, malgré tout, des paroles d'amertume et de désappointement. « Ni ton Éminence ni ma petitesse, écrivait-il à son principal adversaire, Carvajal, ne verront l'union complète de la Bohême et du Saint-Siège. Puissé-je me trouver mauvais devin dans cette affaire, et ma prophétie ne pas s'accomplir'^. » Il n'abandonnait pas malgré tout ses projets, et le pape décidait d'envoyer à Prague, à l'occasion du mariage de Ladislas avec la fîlle du roi de France, Madeleine, un légat qui suivrait les négociations. L'ambassadeur désigné était Carvajal. Le choix était singulier : Carvajal, qui avait conservé de son équipée de 1448 un souvenir assez peu agréable, acceptait cet honneur sans enthousiasme ^. Faut-il voir dans cette nomination une intention particulière de Sylvius? Voulait-il rassurer ceux qu'inquiétait sa modération, et leur prouver qu'il n'entendait pas transiger

i. Voir riiidignation de Jcau Capistran, encore avant la mort de Nicolas V, 24 mars 145 5, quand il apprend qu'il peut ôtrc question de la contirmation de Rokytsana. Wadding, Annales Minov. p. 207; ^neœ epistolce. ^tt^.

2. Cp. la lettre de J. Capistran à Sylvius, 7 avril 1456; Wadd. 207.

3. Epistola», 294. Polit isclie Correspondent BreslatCs, p. 8.

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