LA GUERRE CIVILE
leur lut une déclararion qui était l'œuvre de Grégoire Heimbourg : il se plaignait des procédés illégaux et arbitraires du pape et protestait contre le jugement irrégulier qui l'avait frappé : il était pénétré de respect pour le Saint-Siège, mais suffit-il d'être élu pape pour s'élever au dessus des erreurs et des faiblesses humaines? L'exemple de Paul prouvait malheureusement le contraire, et ses rigueurs gratuites permettaient à Georges de dire qu'il ne pouvait s'en remettre à lui avec confiance du soin de décider de son sort. Il en appelait donc de Paul II au Saint-Siège lui-même, si Dieu voulait que le pape revînt à de meilleurs sentiments et procédât envers lui comme il convient de procéder envers un roi. Un évêque en effet ne peut être jugé que par ses pairs, et un roi qui commande dans son royaume aux évêques et aux archevêques, serait responsable devant le premier tribunal venu ! Si le pontife persistait dans sa colère, il en appelait au premier dés conciles généraux qui, suivant les règlements de l'assemblée de Constance, devaient se réunir tous les dix ans. — Le doyen Hilaire protesta en rappelant que Pie II, au concile de Mantoue, avait interdit tout appel de ce genre. Le roi lui répliqua froidement qu'on ne lui avait pas laissé d'autre moyen de défendre son honneur et qu'il suivait l'avis d'amis fidèles et de juristes éprouvés. L'appel fut communiqué au pape et à la plupart des princes étrangers.
La guerre avait éclaté presque en même temps dans les régions les plus diverses du royaume. Partout, en effet, les deux partis, royaux et ligueurs, étaient en présence. Pas de grands faits d'armes, de batailles retentissantes, mais un nombre infini d'escarmouches, de sièges et de surprises, et toutes les suites des discordes civiles et des haines religieuses, les massacres, le pillage, l'incendie, la férocité de la brute humaine lâchée, qui ne se contente pas de mettre l'adversaire hors de combat, mais se grise des larmes qu'elle fait couler et des supplices qu'elle invente, les instincts les plus sauvages et les passions les plus ignobles, aiguisés par les rancunes dç voisinage, surexcités par la religion et jus-
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tifiés par elle. Quelques bandes de croisés, ravis de cette agréable occasion de faire leur saiut, plus heureux encore de piller un pays enrichi par une longue tranquillité, s*étaient armés à la voix du légat et avaient franchi la frontière : ils n'apportaient aux ligueurs aucun appui sérieux, niais imprimaient à la guerre un caractère plus atroce encore. Ils brûlaient les villages, massacraient les habitants, violaient les femmes. Ces excès provoquaient de cruelles représailles, d^autant plus coupables qu'ils n'avaient aucune importance pour l'issue de la guerre.
La fortune avait semblé d'abord vouloir sourire aux insurgés. Malgré tout, leur situation était critique : les forces du roi étaient incontestablement supérieures ; il répara très rapidement ses premiers échecs et reprit partout l'avantage. Les Catholiques tchèques avaient contre eux la grande majorité du peuple ; leurs sujets surtout les inquiétaient : en grande partie calixtins, ils refusaient de soutenir leurs seigneurs et abandonnaient leurs domaines plutôt que de s'armer contre leur foi. Les ressources des rebelles s'épuisaient rapidement ; ils étaient perdus, s'il ne leur arrivait pas un secours du dehors.
Le pape, fort généreux en promesses, ne leur envo}TÙt ni soldats ni argent; en revanche, il menait une campagne diplomatique fort active, mais dont les résultats paraissaient encore assez vagues, tant Georges mettait d'habileté à parer les coups. L'Empereur, dans un de ses brusques revirements dont il était coutumier, était pour le moment favorable à la cause pontiâcale, mais les années n'avaient pas augmenté son activité, il avait assez à faire dans ses propres États pour ne pas se risquer à une guerre redoutable, et on savait qu'il suffirait d'une pointe heureuse du roi de Bohème pour le ramener à l'alliance tchèque. Pour l'instant, il avait détaché de Georges son ancien allié, Louis de Bavière, mais l'opinion publique en Allemagne restait en général bien disposée pour Podiébrad : les HohenzoUern surtout le soutenaient, et la diète de Nuremberg, en 1467, avait refusé d'appuyer les prétentions pontificales. De ce côté, en somme^