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Sote be most,
à vos sujets; ils ne sont pas accablés de nouvelles etinjustes corvées, ils n’ont point à souffrir d’oppressions, de griefs, de charges de toute espèce. Vous n'avez pas cherché à vous enrichir,comme tant d’autres personnesle font, au détriment de vos gens, par des métiers, des industries diverses. Vous leur abandonnez même les amendes qui vous reviennent légitimement, ne voulant pas tirer un profit de leurs fautes ! ».— Les vertus des Postoupits méritaient d’être louées en effet, mais elles n’inspiraient guère d’imitateurs. Il arrive, dit encore Vchehrd dans un passage célèbre, que les vendeurs, quand ils aliènent un village, n’inscrivent pas dans les registres publics les corvées, surtout quand elles sont récentes. «et cependant, les acheteurs, bien qu'ils n’aient acheté aucune corvée, l’exigent de leurs sujets, et les pauvres gens doivent travailler et supporter des corvées lourdes et iniques, contre toute justice humaineetdivine, terrestre etchrétienne ; ni les Turcs ni les autres païens ne commettent de telles injustices. De cette injustice proviennent beaucoup de maux jadis inconnus dans ce pays. Les uns, incapables de supporter cette oppression nouvelle et pénible, désertent leurs domaines etse réfugient dans le crime, les meurtres, les incendies ou les autres méfaits; la terre est délaissée : d'ou la cherté et la famine; les crimes et les meurtres augmentent. D’autres, poussés à bout par cette oppression, se soulèvent contre leurs seigneurs, et, abandonnant leurs biens, leurs maisons, leurs femmes et leurs enfants, occupent en armes les montagnes. Cela s’est produit en Moravie, il n’y a pas longtemps : les habitants de Zabrzeh ? se sont révoltés contre leur seigneur. —Et maintenant, en Bohême, une révolte a éclaté dans le district de Prachin *.. et que sortira-t-1l de tout cela et a quelle fin cela aboutira-t-11? Qui peut le savoir? 4 »
Contre l'insurrection, les seigneurs se défendent en décré-
Fe 456.
. Sur la Sazava, au N.-O. d'Olomouts, en allemand Hohenstadt. . Au S.-O. de la Bohême.
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tant des peines plus rigoureuses. Ceux qui se soulèvent et ameutent le peuple sont punis de mort '. — D'ailleurs ces troubles agraires ne sont pas en eux-mêmes très redoutables. Comme la justice, la force est entre les mains de l’oligarchie: aussi, depuis Vchehrd, les changements qui se produisent, ne sont certes pas en faveur des cultivateurs.
Quand il suffit d’un ordre pour accroître ses revenus, il faut de l’héroïsme pour résister à la tentation. — Est-ce toujours possible ? Les dépenses augmentent sans cesse, l'argent perd de sa valeur, les diètes multipliées obligent à des déplacements constants; les séjours à Prague sont ruineux : il faut bien tenir son rang; les habitudes de luxe se-répandent, les vêtements de velours et de soie sont très chers, les banquets, plus raffinés et plus fréquents : où trouver des ressources? Les mœurs et les lois interdisent aux gentilshommes d'essayer du commerce ou de l’industrie : ils s'adressent à leurs sujets. |
Les habitants des villes seigneuriales doivent consentir à des emprunts plus ou moins volontaires ou prêter leur caution pour faciliter de nouvelles dettes au dehors; on leur rappelle de temps en temps qu'il est convenable d'offrir des dons gratuits. Cependant vis-à-vis d'eux on garde encore une cértaine mesure, leurs privilèges sont plus anciens et plus précis, ils sont plus serrés les uns contre les autres, et leur résistance est plus hardie et plus sérieuse.
Le fardeau retombe sur les paysans. Contre les serfs tous les moyens sont bons.
Les nobles rejettent sur eux tout le poids des charges publiques, perçoivent plus que l’état ne réclame ?, multiplient les ordonnances, pour élever le produit des amendes, exigent le paiement de redevances depuis longtemps oubliées, imposent des corvées ou des impôts nouveaux. Pour s'assurer des ouvriers à bon marché, ils fixent un maximum pour les salaires, et ceux qui paient plus que le
1. Constit. de Vlad., art. 415; ordonn. de 1549 et 13564. 2, Pravnik (le Juriste), 1878, p. 737.
tarif sont passibles d’une amende :. Ces règlements s’expliquent sans doute en grande partie par les théories scientifiques alors universellement acceptées ?, mais la situation des paysans n’en est pas moins aggravée.
Ils subissent les détestables conditions d’un régime économique déplorable qui repose tout entier sur les privilèges et les monopoles; condamnés à acheter à la ville les objets dont ils ont besoin, à ne vendre leurs produits que sur le marché que leur désigne le maître, à ne boire que la bière qu'il fabrique et au prix qu'il fixe ?, à moudre le blé à son moulin, dérangés dans leurs travaux par les chasses et les corvées #, obligés de subir les dévastations dugibier quiruine leurs récoltes, ils végètent dans une demi-misère; les règlements semblent calculés pour les empêcher de s’élever à une trop grande aisance : trop riches, ils seraient moins soumis ?. Les nobles n’atteignent que trop bien le but qu'ils se proposent. Il suffit de jeter les yeux sur les registres du Tribunal de la Chambre, dit M. Tchélakovsky, pour s’a-
1. Cp. Rieger, l’administration des cercles en Bohême, p. 186. — Notons cependant que la loi protège le journalier contre le patron qui retient son salaire.
2. Des ordonnances analogues sont fréquentes dans les villes.
3. Dans les villages il ne doit y avoir d’autres artisans que des forgerons, des tisserands et des ouvriers pour raccommoder les habits et les souliers; s’il y en a d’autres, les corporations de la ville peuvent se plaindre. Défense de tenir dans les villages des marchés ou des foires. Défense de fabriquer de la bière à moins d'une autorisation régulière. Dans les villages où on ne récolte pas de vin, le seigneur seul a le droit d’en vendre. Livre de Tovatchov, p. 107; archives bohêmes, IV, p. 436, 490, etc.
4. Les corvées restent relativement modérées. Elles ne paraissent guère avoir dépassé quinze jours par an et sont souvent beaucoup moindres. — Au xvi° siècle, elles dépassent quelquefois cent cinquante jours. — Certains villages voisins de Tabor devaient, outre les redevances, de quatre à trentesix jours de corvées (Slavik, Le domaine de Tabor); mais c’est un maximum. Gindely pense que les corvées ne dépassent pas alors quatre ou cinq jours par an : « les paysans tchèques avant la guerre de trente ans payent en argent ou en denrées, non en travail; » Die Finanzverhæltnisse, dans les Comptes-rendus de l' Acad. de Vienne, t. 59, p. 337; cp. Gesch. des dreissigjæhr. K., I. p. 145. Le tableau que trace Gindely de la situation des paysans me paraît en général trop favorable. — N'est-ce pas aussi une corvée indirecte que les travaux que le seigneur a le droit d'imposer à ses sujets moyennant un faible salaire ?
5. Il est en général interdit aux paysans de posséder plusieurs domaines; les règlements fixent le prix du bétail et réservent au seigneur le droit d'acheter en premier lieu et au prix qu'il fixe.
percevoir que la situation générale est très peu favorable.
Sans recours, sans espérance, les paysans perdent avec la confiance dans l'avenir le goût du travail et de l’épargne, et une mélancolique torpeur s'empare de leurs âmes.
Tout travail honnête, remarque Vchehrd :, est entrepris en vue du gain et du salaire. Nous désirons tous notre profit; c’est lui qui nous sollicite à l’action. Si seulement nous savions reconnaître ce qui est utile! Les sages ont prouvé que rien de ce qui n’est pas bien ne saurait être utile, et rien ne peut être bien sans être utile. — Graves et profondes paroles que les nobles ne comprirent pas; aveuglés par la soif du gain, ils sacrifièrent l'avenir et la force du royaume à leur profit immédiat. Quand revinrent les jours d’épreuves, ils cherchèrent à réveiller cet enthousiasme qui avait fait la Bohême invincible à l’époque de Sigismond ; maisles serfs n'ont pas de patrie, et ils ne se levèrent pas pour défendre leurs oppresseurs. Malheureusement, les coupables ne furent pas les seuls punis. Ceroyaume, écrivaittristement Vchehrd, contre lequel ont échoué tous les efforts des ennemis, contre lequel n’ont prévalu ni le fer ni la flamme, périra par l’injustice. |
L’oppression des paysans était le dernier terme de la victoire de l’oligarchie et la conclusion de la révolution qui s'était accomplie sous le règne de Vladislas. Pendant ces. années confuses et troublées, un changement profond s'était produit, et le règne du premier des Jagellons est à ce point de vue un des plus importants de l’histoire tchèque, un des plus désastreux aussi. Que restait-il désormais de l’ancienne Bohême, du royaume de Charles IV ou de la démocratie taborite? La royauté était impuissante et humiliée, les villes affaiblies, le paysan asservi. Seule la noblesse