LES PARTIS DANS L’UNITÉ
dépositaires de la tradition en attachant aux: œuvres une importance prépondérante. — L'homme, répondaient leurs adversaires, doit attendre son salut non de son propre mérite, mais du mérite du Sauveur. Ils étaient certainement fidèles sur ce point à la pensée du fondateur de l'Unité, mais ils s’en éloignaient par les conséquences qu'ils tiraient de leur principe, la résignation indifférente et l’inertie morale : tout est pur dans celui qui est pur. LE, Expo
A laquelle de ces deux opinions se rattacherait la majorité? Le programme et l'avenir de l'Unité en dépendaient. Les partisans d’Amos refusaient d'admettre parmi eux les seigneurs et les riches, réprouvaient absolument le commerce, la guerre, le serment, l'exercice de toute autorité séculière ; victorieux, leur étroit ascétisme condamnait la secte à la stérilité et à l'isolement. Procope, dans son Traité sur la bonné volonté (1400) et dans son Commentaire sur le v° chapitre de saint Mathieu, (le Sermon sur la montagne était le texte préféré des rigoristes), s’efforça de trouver une solution moins radicale, prit position à égale distance de tous les exagérés, et proposa une opinion qui conciliait l’intervention divine et la liberté humaine. La grâce est nécessaire et sans elle tous nos efforts seraient stériles, mais nous devons travailler à mériter le choix de Jésus par notre repentir et nos vertus. [l nous est impossible de remplir sut tous les points les ordres de Dieu, mais ayons de la bonne volonté, etle Sauveur ne nous abandonnera pas. Les riches et les nobles sont entourés de dangereuses séductions, mais, s'ils évitent les péchés mortels qui entraînent aussi la damnation des pauvres, 1l ne leur est pas impossible de faire leur salut; S'ils mènent une vie chrétienne et gouvernent suivant Fe prescriptions de l'Évangile, par quelle in-+ tolérance leur fermerait-on l'Unité? Le pouvoir séculier a été créé par Dieu pour le bien général : les Frères ne violent pas la loi du Sauveur en réclamant la protection de l’autorité régulière et-en l’exerçant eux-mêmes dans les conseils ou dans toute autre fonction :.
1. Procope, Commentaire du cinquième chapitre de saint Mathieu, d’après Jiretchek, Rukoviét, IL, p: 351.:Ni la foi ni nos propres mérites ne suffisent
SYNODE DE BRANDYS 347
La modération de Procope et l'intervention de Klénovsky entrainèrent le synode de Brandys (1490); mais, à peine de
retour dans leurs paroisses, les rigoristes essayèrent d'ameu-
ter les esprits contre les concessions faites aux modérés : elles étaient fort timides cependant et pleines de restrictions, mais il était facile de prévoir qu’on ne s’arrêterait pas là ï. Des prédicateurs fanatiques dénoncèrent l’Antéchrist qui s'était glissé dans le camp des serviteurs de Dieu: comme à l'époque de Sylvestre, Satan avait réussi à compromettre l'œuvre du Seigneur. Nous ne connaissons malheureusement pas les incidents de la lutte: le récit de Loukach est une apologie visiblement arrangée dans le but de rejeter tous les torts sur les rigoristes ?. Les deux fractions se disputaient l’évêque, Mathias de Kounvald, animé des meilleurs sentiments, mais faible, hésitant, tiraillé entre ses préférences qui le portaient du côté des novateurs et ses souvenirs, la crainte de trahir la volonté de Grégoire. Après diverses péripéties, les novateurs l’emportèrent définitivement au synode de Rychnov (Reichnau, 1494); leurs chefs furent appelés aux principales fonctions, et, l’année suivante, l’assemblée condamna ceux des écrits de Kheltchitsky et de Grégoire qui ne répondaient plus aux besoins du temps : l'Unité ne reconnaissait d’autre maître que le Christ, d’autre règle que sa loi À.
Cette résolution était une révolution. Les Frères s’affranchissaient de leurs traditions et de leur passé. Ce qu’il y
* au salut; la bonne volonté compense nos imperfections et est acceptée par
Dieu comme complément de nos œuvres. (Goll, Zchas., 1886, p. 307).
1. Le synode n'avait pas condamné les doctrines de Grégoire etilavait même proclamé la supériorité des anciennes coutumes, mais il n’en imposait plus l'observation comme une condition indispensable du salut.
2. Suivant l'opinion généralement admise, les modérés, sur les propositions de Klénovsky, auraient volontairement abandonné les décrets votés à Brandys et auraient laissé aux rigoristes la direction de l'Unité, afin qu’ils se rendissent compte par eux-mêmes de la nécessité des changements. L’événement leur aurait donné raison, et, quelques années après, une forte majorité se serait prononcée en leur faveur. Il faudrait des preuves bien fortes pour accepter un récit aussi invraisemblable, et le témoignage de Loukach me semble insuffisant.