RESTAURATION DE L*AUTORITÉ ROYALE
Les États protestaient, murmuraient, mais les prétextes nécessaires de révolte leur manquaient. La Charte n'était pas violée, au moins dans sa lettre. Le pays d'ailleurs ne les aurait pas suivis. Ferdinand justifiait son pouvoir par ses services, rendait à la royauté son rôle naturel de protectrice de Tordre public. Comme tous les princes qui ont eu le sens du gouvernement, il avait le goût de la justice. Pendant son premier séjour un peu prolongé en Bohême, dans l'hiver de 1529 à i53o, il assista en personne, avec un zèle infatigable, aux séances du tribunal suprême : il ne savait pas le tchèque, se faisait traduire les pièces mot à mot. Toutes les fois qu'il revint, il montra la même application; il aimait à se nommer « le chef et le sommet du droit, le juge de paix suprême ». Il voulait que les juges ne tinssent aucun compte ni de la naissance ni de la fortune, et des exemples rigoureux avertirent les nobles que personne n'était au-dessus de la loi. Dès lors les guerres privées n'avaient plus de raison d'être : sous quel prétexte conclure des alliances particulières, puisque chacun trouvait aide et protection dans la justice royale? Une des premières résolutions qu'il demanda à la diète fut l'interdiction des ligues ». La guerre civile avait été jusau'alors l'ultima ratio : ceux à qui déplaisait un vote des États ne s'y soumettaient pas; on s'acheminait insensiblement vers leliberum veto : Ferdinand proclama le principe fondamental de toute organisation sociale, le devoir de la minorité de s'incliner devant la majorité : « les décisions sur lesquelles le grand nombre et deux Ordres se sont accordés, le petit nombre et le troisième doivent se diriger d'après elles 2. w
Grâce à ces mesures, l'agitation se calma. Au bout de quelques années de règne, Ferdinand constatait avec une légitime fierté « que jamais la Bohême n'avait été plus calme et les routes plus sûres ». Avec la sécurité, le commerce reprit, la prospérité revint : précieuse garantie d'ordre public. De même qu'auparavant Tanarchie, en ruinant