‹ Fin de l'indépendance bohêmeChapitre 224 sur 239 · DIVISIONS INTESTINES · texte numérisé non relu

DIVISIONS INTESTINES

de Prague, qui fut dépouillée de ses images et de ses ornements sacrés : cela scandalisa toute la population de la ville ; beaucoup, comme Hoë de Hœneck, sentirent leur cœur se briser en songeant que « tant de nobles pays allaient s'engloutir dans la gueule du Calvinisme ». La pensée de plus d'un se reporta vers Ferdinand : l'allié de Georges de Saxe, l'Empereur, ne serait sans doute pas impitoyable pour les Luthériens, et ils se consolaient des menues vexations qu'ils auraient à supporter par l'espoir d'être enfin délivrés de ces maudits Picards, qui niaient la présence réelle et qui, si longtemps proscrits, étaient devenus les maîtres du pays.

Les nobles détestaient dans les Frères leurs principes politiques et leur vague odeur de démocratie, non moins que leurs dogmes. C'est qu'ils entendaient bien profiter seuls de la Révolution : ils n'avaient pas pris les armes pour affranchir la nation bohème, mais pour affermir et étendre leurs prérogatives. C'était un crève-cœur pour eux déjà que d'être obligés d'admettre à leurs débats les représentants de la bourgeoisie, et ils ne s'y résignaient qu'à condition qu'elle n'abusât pas de la situation pour réclamer quelque faveur. Leurs intentions étaient si bien connues et ils avaient si maladroitement favorisé les empiétements des officiers royaux dans les villes, qu'au début ils rencontrèrent de ce côté une extrême froideur : les bourgeois qui assistent aux premières réunions protestantes, sont visiblement préoccupés des dangers qu'ils courent, s'efforcent de ne pas assumer de trop lourdes responsabilités, s'effrayent devant les résolutions radicales. Même après la défenestration, les bourgeois ne se joignirent à l'insurrection que fort lentement, après avoir reçu du comte Schlick la promesse formelle qu'on les rétablirait dans les privilèges dont ils jouissaient sous Venceslas et Sigismond et dont les avait dépouillés Ferdinand V^. Il ne lui fut pas facile de tenir sa parole : à un moment, devant la malveillance de la majorité, les communes déclarèrent qu'elles ne payeraient pas les subsides demandés, se retireraient de l'insurrection. Cette menace produisit son

DÉSARROI MORAL S^y

effet; mais, dès la session suivante, les nobles revinrent sur leurs engagements et, dans la charte que reçurent les villes, passèrent sous silence quelques-uns des principaux privilèges qu'ils leur avaient reconnus. Dans ces conditions, comment compter sur le dévouement des bourgeois et leur empressement à se soumettre aux lourdes charges delà guerre?

Ils n'avaient, d'ailleurs, guère moins que la noblesse subi la désastreuse influence du régime social. Peu de foi, beaucoup de lassitude, les rivalités traditionnelles, la cupidité, la mollesse, la lâcheté, l'étroitesse d'esprit, la Curie des villes ressemble fort par là à celle des Seigneurs. Au moment jdes grands périls, ceux-ci s'enfoncent gravement dans des questions d'étiquette; celles-là ne se mettent pas même d'accord contre les nobles; les représentants de Koutna-. Hora revendiquent leur droit de préséance contre Plzen, la lutte déjà séculaire passionne toutes les cités, la Curie est scindée en deux camps, tout autre souci est oublié. — Au-dessous des bourgeois, la foule anonyme, toujours prête à l'émeute, parce qu'elle est protégée par l'obscurité; mais combien des émeutiers courront-ils aux armes quand l'ennemi approchera? — Après tout, ils ont moins à perdre que les patriciens, la ville n'est plus leur chose ; pourquoi les pauvres se feraient-ils tuer quand les patrons reculent?

Pour secouer la torpeur générale, il eût fallu, — et peutêtre cela eût-il suffi, — une grande parole et un grand exemple. — Où étaient le Zizka et le prêtre Jean qui animeraient leurs soldats d'un saint enthousiasme? Ce qui vient d'en haut, aujourd'hui, ce sont des exemples de démoralisation et d'égoïsme. Ils sont contagieux. Les milices municipales ne sont plus que des gardes de parade; comme les seigneurs, les cités regimbent contre l'impôt, le payent le plus tard possible, sans autre désir que de rejeter sur autrui le poids de la guerre. Ce qui se passe à Kollin est caractéristique. Presque tout entière protestante, elle ne se rallie à l'insurrection qu'à contre-cœur : les finances sont en mauvais état, les dettes très lourdes, les bourgeois, ruinés par

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