‹ Finances contemporainesChapitre 38 sur 85 · OO A OO · texte numérisé non relu

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1899 avait été une année de hausse considérable et de plus-values importantes. Le mouvement de recul, commencé en 1897 sur les titres à revenu fixe, s'était accentué pendant que se développait la hausse des titres à revenu variable. Les rentes françaises, les obligations de chemins de fer et du Crédit foncier, les fonds d'Etat I les grands pays européens avaient continué à fléchir.

1900, au contraire, a vu se produire le relèvement des rentes et titres à revenu fixe et le recul des titres à revenu variable. Pendant le premier trimestre et la seconde moitié du second, le public a continué à négliger et à vendre les titres à revenu fixe pour acheter encore les valeurs à revenu variable dont la hausse prenait de nouveaux développements. Le fléchissement, suivi d'une baisse importante des valeurs industrielles russes, des actions de tramways et de traction, charbonnages, actions métallurgiques, minières et industrielles diverses, a enrayé brusquement ce mouvement. Dans le dernier trimestre de cette année, la baisse ayant continué dans de grandes proportions sur tous ces titres, le public est revenu tout apeuré au bercail, c'est-à-dire à

Hausse des rentes et valeurs à revenu fixe.

ses titres favoris, rentes et obligations, et il s'est mis à vendre les valeurs industrielles avec autant d'empressement et, pour quelques-unes d'entre elles, avec autant d'irréflexion qu'il en mettait à les acquérir.

A entendre les enthousiastes, la hausse des actions de tramways, de charbonnages, d'affaires métallurgiques, minières, industrielles, devait être illimitée.

Les illusions coûtent cher, à la Bourse surtout. En comparant les cours cotés sur l'ensemble des valeurs fm décembre 1899 à ceux d'aujourd'hui, on s'aperçoit que seules les rentes françaises, les obligations de chemins de fer, comme celles de l'Est, de Lyon, du Nord, sont plus haut cotées aujourd'hui ; quelques rares titres miniers, comme le Rio-Tinto, ou quelques valeurs du Transvaal, comme la Rand Mines, sont en hausse ; mais sur le reste du marché, la baisse a prévalu : les cours actuels sont non seulement au-dessous de ceux cotés fm décembre, mais encore de beaucoup au-dessous des plus hauts prix atteints dans le premier semestre de l'année. Sur les fonds d'Etat étrangers et sur les obligations étrangères à revenu fixe, un mouvement de reprise semblable à celui de nos rentes s'est produit : baisse d'abord, puis relèvement des cours.

Notre 3 % valait 99 fr. 25 le 2 janvier ; le 3 % amortissable était à 98 fr. 35 ; le 3 1/2 était à 101 fr. 80 ; l'action Nord valait 2,160 francs; l'Est 1,005 francs; les obligations 3 % de chemins de fer variaient de 452 francs à 460 francs, sauf celles de l'Orléans qui valaient 464 fr. et celles du Nord 470 francs ; le Rio était à 1,130 francs au commencement de l'année ; les Rand Mines valaient 805 francs. Les cours actuels sont de beaucoup dépassés, mais la baisse de presque toutes les autres valeurs, compagnies d'assurances, charbonnages, valeurs métallurgiques, est significative.

Parmi les valeurs incendie, les Assurances générales qui valaient fin décembre dernier 31,500 francs ne sont plus qu'à 29,100 francs ; le Phénix a baissé de 12,500 fr. à 11,000 francs ; la Nationale, de 14,500 francs à

13,900 francs; l'Union, de 16,500 francs à 15,500 francs. Parmi les litres vie, le Phénix a baissé de 35,500 francs à 33,000 francs ; la Nationale, de 32,000 francs a 28, OCX) francs ; lUnion de 5,400 francs à 4,950 francs.

Les actions de charbonnages, malgré la hausse du charbon et l'augmentation des dividendes, n'ont pas été mieux favorisées : les Aniche ont baissé de 1,325 fr.

•J45 francs après avoir valu 1,370 francs; les Anzin, de Ù.995 francs à 6,150 francs après avoir valu 7,300 fr. les Courrières de 3,000 francs à 2,375 francs ; les Liévia, de 2,720 francs à 2,256 francs ; les 'Vicoigne, de 27,000 francs à 24,200 francs, etc.

Les valeurs métallurgiques ont presque toutes donné cett« année des dividendes plus élevés que l'exercice précédent. Après un nouveau mouvement de hausse pendant les premiers mois de l'année, elles ont reperdu non seulement la nouvelle plus-value acquise, mais ont fléchi au-dessous de leurs cours du 31 décembre dernier. Ainsi, les Firminy ont baissé de 3,500 francs à 3,305 fr ; les Saint-Etienne, de 1,950 francs à 1,760 francs ; les Chatillon-Commentry de 1,220 francs à 990 francs après avoir valu 1,400 francs ; l'Aguilas, de 400 francs à 390 francs après 525 francs ; l'Escombreyra, de 1.280 francs à 1,100 francs après 1,700 francs ; les Pennaroya. de 2.850 francs à* 2,460 francs. Les Aciéries de France, de Longwy, les Forges du nord et de l'est, les Aciéries de la marine, ont baissé de 150 francs à 300 fr. sur leurs cours du commencement de l'année.

Cette baisse s'explique d'une part, par les réalisations d'acheteurs qui ont voulu s'assurer une parties des bénéfices que les hauts cours cotés leur faisaient entrevoir et, d'autre part, par le mouvement de recul, sauf sur le cuivre et l'argent, de presque tous les métaux.

Une baisse non moins importante, qu'il faut attribuer à la crise intense qui a sévi en Russie et aussi à l'influence générale de la baisse des affaires de même nature sur toutes les places européennes, a frappé les entreprises industrielles russes, charbonnages, métallur-

Baisse des valeurs métallurgiques et des litres à revenu variable.

gie et autres. On peut en juger par le court relevé sui-. vant :

Au 31 décembre dernier, la Huta-Bankowa valait 4,550 francs, elle est au moment où nous écrivons à 2,500; les Donetz ont baissé de 1,185 francs à 750; la Dniéprovienne de 4,125 francs à 2,850; la Briansk de 1,255 francs à 650; la Tangarog de 1,560 francs à 840; rOural-Volga de 545 francs à 30; la Nicolaïeff de 985 fr. à 295; les Constructions mécaniques du midi de la Russie de 820 francs à 520; le Kfivoï-Rog de 3,000 francs à 2,050.

Les valeurs de traction et de tramways, « introduites » sur le marché ou admises à la cote, perdent considérablement sur leurs plus hauts prix; leur baisse a entraîné les actions d'anciennes compagnies, car la baisse est contagieuse. Les Est-Parisien qui ont valu 768 francs ont baissé à 400 francs; TOuest-Parisien qui a valu 650 francs a fait moins de 400 francs; la Traction, après avoir valu 345 francs, a fait 150 francs. La Thomson-Houston dont la situation, de même que celle des sociétés de son groupe, est bonne et saine, valait fin décembre dernier 1,440 francs : elle est à 1,260 francs; la Compagnie générale française de tramways, après avoir valu 1,260 francs ne fait plus que 680 francs; la Compagnie générale parisienne de tramways, après avoir haussé jusqu'à 550 francs n'est plus qu'à 340 francs. L'Omnium lyonnais, après avoir valu 140 francs et émis ses nouvelles actions à 114 francs, a baissé à 65 fr. sans autre cause que l'influence déprimante de tous les titres de même nature. La Société parisienne électrique a valu 375 francs et est à 260 francs. Le Métropolitain, après de nombreuses fluctuations, est seul en hausse : il s'est élevé ces jours derniers presque aux plus hauts cours qu'il ait encore faits, 600 francs, bien que pendant l'année il se soit négocié à 425 francs au plus bas.

Les questions de chemins de fer ont, comme toujours, ^^ J^^' chemin» été agitées. On s'est occupé du rapport de l'honorable M. Bourrât, tendant au rachat par l'Etat des grandes compagnies. Le rapport de M. Plichon sur les chemins de fer, celui du rapporteur général, M. Guillain, sur le budget, le vote de la commission de ce budget, le silence de la Chambre, ont montré clairement que le parlement n'était pas disposé à faire courir à nos finances publiques des aventures aussi dangereuses. On oublie trop souvent que les compagnies sont des associées de l'Etat et que l'actionnaire qui perçoit les plus gros bénéfices est le Trésor, l'Etat lui-même. Le congrès con-rès imoiinternational des valeurs mobilières dont le succès a été leure^mobiiK-n^. si complet, a mis cette vérité en évidence une fois encore, de même qu'il a prouvé les charges 'énormes que le fisc prélève sur les sociétés de crédit, sur les titres mobiliers. Les rapports que nous avons reçus, pour ce congrès, des grandes compagnies de l'Est, Lyon, Orléans, Midi, et qui ont été publiés (1), montrent les progrès énormes réalisés par les compagnies au profil du commerce et de l'industrie, au profit du public, de l'Etat et, en somme, les maigres bénéfices que perçoivent les actionnaires.

Les compagnies ont fait de grands efforts pour mettre ^ *'■*"«' <«"

. —, tout près du pre-

la France au rang qu'elle doit occuper dans le monde

inierranj

(1) Voir les publications du Congrès des valeurs mobilières, 5 voL in-8* 1930-1901 : T. I. Documents du congrès. Procès- verbaux d-îs séances du congrès. Rapport général de M. Alfred Neymarck. — T. II et III. Mémoires, notes et monographies sur les questions de statistique. — T. IV. Mémoires, notes et monographies sur les questions d'économie politique. — T. V. Mémoires notes et monographies sur les questions de législation civile et fiscale.

Dans le tome II figurent les mémoires que nous avons doonés au congrès sur La dette publique de l'Allemagne. — La statistique interna tionale des valeurs mobilières. — Les capitaux français en Italie. — Let capitaux français en Russie. — Les valeurs à lots. — Dans le tome iv a été insérée notre étude sur Les obligataires et leurs dtoiU.

au point de vue des voies ferrées. Elle se tient maintenant, en Europe, tout près du premier rang; chez nous, les trajets sont les plus rapides et le meilleur marché. A l'étranger, — nous avons cité plusieurs fois ces opinions venues du dehors, — la France est citée comme un modèle à suivre pour l'exploitation de son réseau ferré, pour la commodité, la vitesse et le bon marché Congrès inter- dc SCS voyagcs. Au cougrès international des chemins mins de fer. dc fer, Ics étrangers n'ont pas tari d'éloges sur nos chemins de fer et nos grandes compagnies. En France, nous sommes trop enclins à penser et à dire le contraire; les pouvoirs publics, eux aussi, ne sont pas aussi justes qu'ils devraient l'être envers elles; ils sont prodigues de critiques et bien avares d'éloges.

Rappelons, enfin, à propos des chemins de fer, l'ouverture du métropolitain dont le succès près du public est très grand. Le bon marché et la facilité du parcours sont des* plus appréciés. Ce mode de traction est appelé à se développer et à révolutionner tous les moyens de transport en commun à Paris.

Le métropolitain.

Les fonds d'Etal étrangrers.

Après avoir sensiblement baissé pendant les cinq premiers mois de l'année sur leurs cours de 1899 qui étaient déjà en forte baisse sur ceux de 1898 et de 1897, les divers fonds d'Etat étrangers se relèvent. Les fonds danois, norvégiens, suédois sont en reprise marquée sur leurs plus bas cours de l'année; ils suivent l'impulsion et la marche des titres à revenu fixe et de la rente française.

Les rentes russes notamment, dans lesquelles notre épargne a de gros intérêts et qui n'ont, malgré tout, qu'un marché étroit à Paris, ce qui est fort regrettable, ont regagné et même dépassé pour quelques-unes le.° prix de fin décembre 1899. Il serait à désirer que le même mouvement se produisît sur les valeurs industrielles : la baisse de ces titres a été profonde à Paris et

à Saint-Pétersbourg. La Russie a traversé une crise économique, commerciale et industrielle qui n'est pas encore terminée, mais qui ne paraît pas devoir durer longtemps ; il faut à cet immense pays dont les richesses du sol sont considérables, des capitaux importants pour les mettre en valeur.

Les fonds espagnols sont en hausse sur leurs cours du commencement de l'année. Nous n'avons pas à rappeler les vives discussions auxquelles le convenio, aujourd'hui voté par les Cortès, a donné lieu. L'Espagne a le plus grand intérêt à ménager et à développer son crédit à l'étranger, mais en adoptant et en suivant une politique agressive contre les sociétés industrielles, financières, les compagnies de chemins de fer, qui l'ont aidée de leurs capitaux, elle finirait par s'aliéner des sympathies et des concours qui, en France surtout, ne lui ont jamais fait défaut. C'est en observant une sage et prudente ligne de conduite financière qu'elle agira le plus efficacement pour améliorer ses budgets el, comme conséquence, le change, la plaie de ses finances comme celle de tout Etat.

En 1898, la moyenne du cours du change sur Paris pal^)?^^ avait été de 53 fr. 89; en 1899, de 24 fr. 80. En ce moment le change dépasse 33 %. Cette situation cause de grosses pertes aux compagnies qui ont des paiements à effectuer à l'extérieur, comme les Andalous, le Nord de l'Espagne, le Saragosse. Les deux premières, après de nombreuses difficultés, ont pu proposer à leurs obligataires un convenio qui a été accepté. Le Saragosse s'est imposé de lourds sacrifices pour payer régulièrement en or l'intérêt et l'amortissement de ses obligations, il a pu commencer, l'an dernier, à donner un dividende de 9 pesetas à ses actionnaires; mais la perte au change, s'ajoutant aux nouvelles taxes que le gouvernement espagnol a établies, impose à toutes les compagnies des charges excessives. Quand le change est à 33 %, par exemple, c'est comme si les recettes nettes étaient diminuées du tiers. Puisque le gouvernemeai

espagnol étudie le remaniement des tarifs, ne voit-il pas que le meilleur remaniement serait l'amélioration du change? Le jour où, au lieu de perdre 33 %, le change serait à 15, 10, 5 % ou au pair, les compagnies pourraient apporter les plus grandes améliorations et accorder de nombreuses concessions, alors qu'aujourd'hui le change leur fait perdre des sommes énormes sans profit pour personne, ni pour le Trésor, ni pour elles, ni pour le public. L'excès de la circulation fiduciaire de la Banque d'Espagne cause en grande partie tout le mal.

Au commencement de 1897 cette circulation était de 1,034 millions; elle atteignait 1,307 millions au commencement de la guerre d'Amérique; elle s'élevait à 1,500 millions en 1899; elle a atteint 1,582 millions le 24 novembre dernier et oscille aujourd'hui encore, à quelques millions près, aux environs de 1,480 millions. Le gouvernement espagnol a une grande part de responsabilité dans cet état de choses auquel il est urgent d'apporter un prompt et énergique remède.

Kmiasions pu- L'augmcntatlon du capital du Crédit lyonnais de 200 à 250 millions a été réalisée avec un plein succès; les actions nouvelles émises à 925 francs se négocient maintenant comme les actions anciennes aux environs de 1,100 francs. Le Comptoir national d'escompte a également porté son capital de 100 à 150 millions ; les nouvelles actions ont été émises à 575 francs. Les actionnaires anciens ont usé avec un réel empressement du droit de préférence qui leur était accordé. Parmi les valeurs diverses, l'émission des actions nouvelles de la Compagnie générale française de tramways, trop rapidement effectuée sans que les actionnaires aient été avertis assez à l'avance pour permettre à tous de souscrire en temps opportun, a indisposé les porteurs de titres. Leur mauvaise humeur s'est traduite par la baisse

des actions anciennes et nouvelles. Celle de l'Omnium lyonnais a été bien accueillie; de môme aussi celle de- Tramways de Paris et du département de la Seine ; mais le plus grand succès d'émission a été obtenu par MM. de Rothschild frères avec les 100,000 obligations Lombards 4 %, émises à 448 fr. 75 libérées et qui valent maintenant 490 francs. Les conditions d'émission et de répartition peuvent servir de modèles; elles ont permis de satisfaire tout à la fois aux grosses et aux petites souscriptions et de contenter tout le monde.

Le Crédit lyonnais, de son côté, a placé avec succès à ses guichets ei dans sa clientèle de province plus de 100,000 obligations 4 % des Chemins autrichiens et un lot important d'obligations de la ville de Paris, de la Banque foncière de la noblesse et de diverses sociétés.

Les principales émissions publiques qui ont eu lieu sont les suivantes :

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