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LA BANQUE NATIONALE

DE LA RÉPUBLIQUE D'HAITI

Ces jours-ci va être constituée la Société anonyme française qui, sous le nom de Banque Nationale de la République d'Haïti, prendra la suite du privilège de la Banque National© d'Haïti.

Le nouvel établissement est constitué par un groupe financier ayant à sa tête la Banque de l'Union Parisienne et comprenant MM. Thalmann et G^ L. Hirseh et C« ; les maisons américaines Hallgarten, Ladenburg Thalmann, I Speyer et C° ; la National City Bank, de New- York, et la Berliner Handelgesellschaft, à Berlin. Il serait prématuré d'entrer dans des détails complets sur une -entreprise qui ne sera définitivement constituée que dans quelques jours.

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Il est -oependant intéressant de caractériser dès maintenant ses attributions.

La 'Banque Nationale de la République d'Haïti aura le privilège exclusif de l'émissionl des billets de banque et de la monnaie divi-]| sionnaire, et prêtera son concours au Gouvernement pour l'établissement d'une nouvelle unité monétaire à base d'or.

La Banque sera chargée exclusivement, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, du service de la trésorerie d'Etat et fera tous ses payements, y compris le service des intérêts et amortissements de la datte publique. Enfin elle pourra effectuer toutes les opérations de banque en général.

On voit que ce programme, vaste et précis, permettra à la nouvelle Banque Nationale de la République d'Haïti d'exercer une influence considérable sur le relèvement économique et fmancier d'un pays dont les éléments de prospérité sont de premier ordre et ne demandent qu'à être mis en œuvre.

Il répond aux vues nettement exprimées par le Gouvernement haïtien. C'est ainsi que, dans son exposé de la situation pour l'année 1910 communiqué aux Chambres, le ministre des flnances, constatant que les ressources natu-

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relies d'Haïti sont inépuisables au point que cette affirmation est devenue un lieu commun, ajoutait que le pays devait se mettre résolument en état de tirer parti de ces ressources, donner une activité intensive à Texploitation agricole, et s'appuyer, pour y réussir, sur une puissante institution de crédit.

Il annonçait, en même temps, que le Gouvernement, d'accord avec la Banque Nationale d'Haïti, s'occupait de réaliser les moyens financiers propres à faciliter l'évolution économique de la République.

La création de la Banque Nationale de la République -d'Haïti est le résultat de cette politique. Si Ton réfléchit par surcroît aux perspectives qu'offre, dans cette région, fouverture désormais prochaine du canal de Panama, on peut dire que la fondation de cet établissement marque ie comimencement d'une ère nouvelle et la France doit d'autant plus s'en féliciter qu'elle doit garder dans la nouvelle Banque, une part d'influence prépondérante. (Du 17 février 1911.)

L'action Banque Nationale d'Haïti est à 713 francs ; la deuxième assemblée constitutive de la Banque Nationale de la République d'Haïti a approuvé l'apport de la Banque de l'Union

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Parisienne et nommé les administrateurs et les commissaires des comptes.

Les résolutions suivantes ont été adoptées à l'unanimité par la deuxième assemblée constitutive qui a eu lieu le 9 février, sous la présidence de 'M', le marquis de Reverseaux :

1° L'Assemblée générale après avoir entendu la lecture du rapport de M. Bergeaud, commissaire, adopte les conclusions de ce rapport et en conséquence elle approuve l'apport fait à la Société par la Banque de l'Union Parisienne et les conditions de cet apport ainsi que les avantages stipulés aux Statuts, tel que le tout résulte de ces Statuts ;

2'* L'Assemblée générale nomme comme premiers administrateurs dans les termes de l'article 21 des Statuts :

MM. Bieber Otto, Bousquet Henri, Serres P.-E., Girod Pierre, Mallet Ernest, Poirson C'harles, marquis de Reverseaux Al. ^C, Roberts Samuel, Sehuster Richard, Thalmann^ Ernest, Treitel Ludwig ;

3"" L'Assemblée générale nomme M. Gaston de Casteran et «M. Henri Tarbagayre, commissaires avec faculté d'agir conjointement ou séparément pour faire un rapport à l'Assemblée générale sur les comptes du premier exercice

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social et sur la situation de la Société, conformément à la loi.

ËVÊCHÉ DES CAYES

Lettre pastorale' de Mgr l'Evêque des Caybs

A L.\ population DE SA VILLE ÉPISCOPALE.

Au lendemain de ce terrible incendie qui a ruiné notre chère ville, la voix unanime du peuple proclame que la principale cause qui ait déchaîné le fléau de la colère divine, c'est la superstition. Et le peuple est bon juge, quand il nous répète que la magie ne s'étalerait pas d'une façon si osée, si insolente, au seuil même de nos églises et au cœur de notre ville, avec ses pratiques abhorrées, si elle ne s'appuyait sur la complicité plus ou moins secrète de nombreuses iamiiles de la classe dirigeante ellemême.

La tolérance coupable des hommes instruits, influents, qui par leur intelligence et leur caractère sont tout désignés pour entraîner leurs concitoyens dans la voie de la véritable

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liberté des enfants de Dieu ; la terreur qui paralyse ia masse du peuple exploitée par une poignée de devins et des prêtres des^ idoles, nous les avons senties se dresser devant nous comme des barrières infranchissables toutes les fois que nous avons cherché à pénétrer les fonds des croyances et des pratiques superstitieuses que nous avons mission de combattre de la part de Dieu.

Au lendemain de Notre arrivée en Haïti, en 1876, une des premières autorités de Jacmel, par crainte du danger, refusait de Nous conduire à une assemblée nocturne où nous aurions vu les choses de nos yeux.

A Notre arrivée aux Gayes, en 1885, Nous fûmes menacés des tribunaux pour avoir saisi des Oraisons et Colliers maldive, exposés sur un plateau h 1 entrée de la Cathédrale, et le poursuivant était un officier de la place.

En iS9Q, un de nos premiers actes comme évêque faisait appel aux autorités e.t à la population aux fins de prohiber de concert la vente des objets de superstition. Dix-huit ans ont passé et les objets superstitieux se vendent publiquement sur le marché, au port, au portail, sous les yeux indifférents de toutes les classes de la société.

Faut-îi rappeler les scènes, encore récentes, qui se sont déroulées dans les campagnes de Port-Salut et au chef-lieu paroissial des Anglais ?

Sans nous attarder à la citation des faits passés, arrivons à celui qui, aujourd'hui, émeut douloureusement notre cœur de Pasteur : un crime inouï a été commis dans le cimetière public des Cayes, peu de jours avant la catastrophe qui vient d'anéantir les Cayes. Une troupe de bandits s'est donné rendez-vous pour des orgies nocturnes, à une cinquantaine de mètres de la Croix qui domine et protège les tombes de nos défunts sous un arbre que les adeptes du Vaudoux regardent comme sacré. A 'leur festin digne de l'enfer ils ont consommé, comme pièce principale, un porc rôti, entremêlant leurs bacchanales de libations et de rites cabalistiques. Ce fait n'est parvenu à notre connaissance que par hasard, lorsque déjà il était notoire dans la ville et les personnes les plus voisines du cimetière, quand Nous les avons interrogées étaient au premier abord sous l'empire d'une telle frayeur qu'elles prétendaient ne rien connaître. Bientôt cependant, réunies en groupe autour de Nous, elle se sont enhardies à parler.

Se taire en pareil cas, N. T. C. F., n'est-ce pas de la complicité ! Qui pourra dire que nous ne méritons pas d'être châtiés par une verge de fer ? Y a-t-il, après le cannibalisme, un crime plus affreux que celui de profaner la sainteté des tombeaux par des saturnales qui auraient excité, en pareil lieu, Thorreur des plus païens ? Fort souvent, amis et ennemis de TEglise nous demandent : Que faites-vous donc contre la superstition ? Où est votre action ? Quels sont vos résultats ?

Population des Gayes, aujourd'hui pour la centième fois, Nous crions au secours et avec vous. Nous pensons que la présence d'un Evêque serait inutile au sein de votre ville, s'il devait vivre encerclé par les étalages de plats marassa, de colliers, d'oraisons ; si, à deux pas de la demeure épiscopale, sous nos fenêtres mêmes, continuaient à se dérouler publiquement, au son des tambours, les sacrifices offerts aux divinités païennes.

La ville entière se doit à elle-même de protester énergiquement contre l'outrage fait à ses morts. M. le 'Magistrat Communal a été, Nous en sommes eonvaincus, l'interprète du scandale, il a décidé de raser l'arbre maudit, afin d'en abolir jusqu'au souvenir, si c'était possible.

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Pour notre part, Nous, invitons les fidèles de la Cathédrale €t du Sacré-Cœur à une procession de réparation et de pénitence qui partira aujourd'hui, après vêpres, de l'église du Sacré- Cœur, pour se rendre au cimetière, au chant du Miserere.

Nous vous demandons d'y assister en foule, pour bien accentuer le respect que vous gardez à ia mémoire de vos défunts, et la réprobation unanime que soulève le fétichisme.

Nous bénirons de nouveau la Croix et le champ des Morts. Si cette cérémonie d'expiation ne revêtait pas le earactère public et solennel qu'elle comporte, ou si elle ne suffisait pas à empêcher le retour de faits semblables, nous nous verrons dans la nécessité d'interdire I0 cimetière.

Donné aux Cayes, le 4 mars 1911.

jBAN^MiARIE,

Evêque des Cayes.

PARIS

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