CHAPITRE CINQUIÈME
une fille perdue et mal déguisée, qui cherche à se rejoindre à son amant où à son complice.
Et je pleurai encore, muette, devant la lucarne où il n*entrait plus du dehors que la sombre et silencieuse nuit. Les chouettes seulement s'y battaient les ailes en jetant de temps à autre des vagissements d*enfants qu'on réveille.
Vous me croirez si vous voulez, monsieur, eh bien I je leur portais envie ; oui, j'aurais voulu être oiseau de nuit pour pouvoir déployer mes ailes sur ce gouffre et jeter mes cris en liberté dans ce silence I
Tout en marchant ça et là dans la tour, je ne sais comment cela se fit, mais je posai par hasard le pied sur ma zampogne, qui avait glissé du lit sur le plancher, au moment où je m'étais levée en sursaut pour aller écouter à la lucarne.
La zampogne n'était pas encore tout à fait désenflée du vent de la noce ; elle rendit sous mon pied un reste d'air ni joyeux ni triste, mais clair et perçant, semblable au reproche d'un chien qu'on écrase, en marchant par mégarde sur sa patte endormie.
Ce cri me fendit le cœur, mais il m'inspira aussitôt une
idée qui ne me serait jamais venue, à moi toute seule, sans -elle.
Je ramassai la zampogfie avec regret et tendresse, comme.
-si je lui avais fait un mal volontaire en la foulant sous mon
;pied, je Tembrassai, je la serrai sous mon bras comme une
personne vivante et sentante, je lui parlai, je lui dis en
pleurant : Yeux-tu servir ceux qui t*ont faite? tu as été le
gagne-pain du père, sois le salut de sa malheureuse fille.
On eût dit que la zampognc m'entendait, elle se gonfla comme d'elle-même au premier mouvement de mon bras, et le chalumeau se trouva, sans que j*y eusse seulement '.pensé, sous mes doigts.
Je me rapprochai de la lucarne ouverte et je me dis : Là où ma voix ne parviendrait jamais, ou bien où elle ne pourrait parvenir sans trahir qui je suis aux oreilles du bargello et de ses prisonniers, le son délié de la zampogne parviendra de soi-même et ira dire à Hyeronimo, s'il est là et s'il reconnaît Tair que lui et moi nous avons inventé et joué seuls : (X C'est Fior d'Aliza I ce ne peut être un autre ! On veille donc sur toi là- haut, là-haut dans la tour ou dans quelque étoile du firmament ! »