‹ Fior d'AlizaChapitre 13 sur 197 · CHAPITRE PREMIER. â · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. â

Il s'arrêta quelques mois à Rome avant de rentrer dans son royaome, pour laisser aux Autrichiens et à son fils, son lieutenant général, l'odieux et les embarras de sa restau** ration. Elle ne fut, du reste, que plaisante et non sanglante. Tout fut liquidé et soldé par quelques exils promptement révoqués. Il y avait eu peu d^excès, il n'y eut pas de longue vengeance. Le Pape, selon Tusage, lui donna à dîner en grande cérémonie au Vatican le jeudi saint. Par une faveur tout inusitée, le cardinal Consalvi m'invita à cette table de pape, de rois et d'ambassadeurs. C'était contre Tétiquelte, mais les rois passent par-dessus et les poêles par-dessous.

Peu de jours après, j'eus un fils qui fut baptisé à Saint- Pierre de Rome, et tenu sur les fonts de baptême par une belle Vénitienne, devenue une grande dame polonaise, la comtesse Oginska. Cet enfant, né sous les plus heureux auspices, échappa comme ma fille, en mourant jeune, à sa triste destinée. L'un ne vit que mon aurore, et l'autre que mes jours de fêtes. Je les pleurai sincèrement tous les deux, mais quand je me regarde maintenant, je suis tenté de ne pas les plaindre. Les malheurs d'un père, obligé à travailler jusqu'à satiété pour vivre et pour faire vivre ceux qui se sont compromis pour lui et pour leur patrie, sont

un triste héritage à recueillir. Mieux vaut la paix du ciel, où nous nous retrouverons tous, consolés, les uns d'être morts, les autres d'avoir vécu !

Les nouvelles circonstances politiques où se trouvait le royaume de Naples après le retour du roi ne permettant guère au ministère français d'y employer avec convenance les mêmes agents qui avaient eu à traiter avec la révolution, je reçus un congé indéfini pour rentrer en France. J*en profitai au printemps, et je revins lentement à petites journées par cette belle route de Terni et de Narni, toute ondoyante de forêts et toute ruisselante de cascatelles, qui conduit en Étrurie, comme dans un jardin du monde planté, taillé et arrosé pour le peuple-roi.

Nous nous arrêtâmes quelques jours à Florence. Le prince de Carignan, devenu depuis le roi Charles-Albert, repentant de son apparente complicité dans la révolution militaire de Turin, était venu y cacher sa faute chez son beau-frère, le grand-duc de Toscane, dans une retraite du palais Pitti ; son écuyer, Sylvain de Costa, un de mes amis les plus injjmes et les plus loyaux, me découvrit dans mon hôtel, annonça à son prince mon arrivée, et revint de sa part me demander une entrevue secrète chez moi.

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