CHAPITRE SEPTIÈME
Je lui ai raconté alors le hasard qui fit rencontrer la belle Fior d' Aliza par le sbire en société de son ami Nicolas del Calamayo : la demande, le refus, Tentêtement du sbire, Tobstination de la jeune fille, puis la dépossession, pièce à pièce, par les soins du procureur Nicolas del Calamayo, au moyen d*actes présentés par lui à la justice, actes revendiquant pour des parents, au nom d'anciens parents inconnus dont le sbire avait acheté les titres, tout le petit héritage de vos pères et de vos enfants.
En m' écoutant, le vieux docteur en jurisprudence fronçait le sourcil et se pinçait les lèvres avec un sourire dMncrédulité et de mépris qui montrait assez ce qui se passait dans son âme.
— Avez-vous sur vous ces pièces ? me dit Bernabo,
— Non, répondis-je.
— Eh bien I apportez-les-moi la première fois que vous descendrez du monastère à la ville ; je vous en rendrai bon compte après les avoir examinées, et si elles me paraissent suspectes dans leur texte, comme elles le sont déjà à mes yeux dans leurs circonstances, rapportez -vous-en à moi pour faire une enquête secrète et gratuite chez les prétendus parents ou ayants droit de votre pauvre aveugle. La meilleure charité à faire aux braves gens, c'est de démarquer un coquin comme ce Nicolas del Calamayo avant de mourir, et de lui arracher des ongles ses victimes.
Allez, frère Hilario, et mettez-vous seulement un sceau de silence sur votre barbe ; qui sait si, en sauvant le patri-
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iDoine de ces pauvres gens, nous ne parviendrons pas aussi à découvrir quelque enobûche tendue à la vie du crimineU peut-être innocent, qu*on va juger sous de si vilaines apparences !
Le frère termina son récit en prenant les pièces dans l'armoire.
— Ah ! que nous font les biens, la vigne, le pré, le châtaignier, la maison même, nous écriâmes-nous, ma bellesœur et moi. Qu'on prenne tout, qu'on nous jette tout nus -dans le chemin, mais qu'on nous rende nos deux pauvres innocents !
— Résignez-vous à la volonté de Dieu, quel que soit le sort d'Hyeronimo, nous dit-il en s'en allant ; je monte au monastère pour instruire le prieur de votre angoisse et du motif de mes absences. Je lui demandrai de séjourner à la ville autant que ma présence pourra être utile au prisonnier pour ce monde ou pour l'autre; je remonterai jusqu'ici dès que j'aurai une bonne ou une mauvaise nouvelle à vous rapporter d'en bas ; ne cessez pas de prier.
— Ah 1 répondîmes-nous tout en larmes , si nous cessions de prier nous aurions donc cessé de tfembler ou d'espérer pour la vie de nos enfants, nous aurions bien plutôt coFsé de vivre !