‹ Fior d'AlizaChapitre 167 sur 197 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

celte chose (ici il hésita et il fallut pour ainsi dire Tarracher parole par parole de ses lèvres), c'était de mourir sans que nous eussions été, lui et moi, mariés ou tout au moins, ne fût-ce qu'un jour, fiancés sur la terre, puisque, selon la parole des moines de la montagne, les âmes qui avaient été unies indissolublement ici-bas par la bénédiction des fiançailles ou du mariage, étaient à jamais unies et inséparables dans le ciel comme sur la terre, dans Téternité comme dans le temps I

En disant cela, il se cachait le visage entre ses deux mains, et on voyait de grosses larmes glisser entre ses doigts et tomber sur la paille comme des gouttes de pluie.

Je ne pus pas y tenir, ma tante, et je collai mes lèvres sur ses doigts qui me cachaient son visage.

— Je ne savais pas cela, mon cousin, lui dis-je, enfin, en lui desserrant ses doigts mouillés du visage pour voir ses yeux ; je ne croyais pas que, quand on s'aimait dans ce monde, on pouvait jamais cesser de s'aimer dans l'autre, lui dis-je en pleurant à mon tour; est-ce qu'on a donc deux &mes ? une pour la terre, une pour le ciel ? une pour le temps, une pour l'éternité? Quant à moi, je ne m'en sens qu'une, et elle a toujours été autant dans ta poitrine que dans la mienne : l'idée de voir, de penser, de respirer seulement sans toi, ici ou là, ne m'est jamais venue.

Il me serra encore plus étroitement contre lui-même.

— Mais, puisque c'est ainsi et que tu le crois, toi qui es plus savant que tnoi, je le veux autant que toi, repris-je,

ŒUYR. COMPL. — XLl. 22

gello de revenir tous les matins dire la messeï et tous les soirs donner la bénédiction au jeune criminel.

CCXXVIII

Quand il fut sorti, j*entrai dans le cachot sous Tapparence de mon service.

Hyeronimo me dit à son aise que le moine ne m'avait pas blâmée de ma ruse, qu'il ne la trahirait pas jusqu'après sa mort ; qu'il avait un faible espoir d'obtenir, non sa liberté, mais sa vie de monseigneur lé duc, si ce prince, qui était à Vienne en Autriche, revenait à Lucques avant le jour marqué dans le jugement pour l'exécution ; mais que si, malheureusement, le duc retardait son retour dans ses États, personne autre que le souverain ne possédait le droit de grâce, et qu'il n'y avait qu'à accepter la mort de Dieu, comme il en avait accepté la vie ; que, dans cette éventualité terrible, le père Hilario le confesserait au dernier moment, lui donnerait le sacrement et ne le quitterait pas même sur l'échafaud, jusqu'à ce qu'il l'eût remis pardonné, sanctifié et sans tache entre les mains de Dieu.

Hyeronimo, en me racontant cela sans pleurer, me dit qu'une seule chose lui coûtait trop pour qu'il pût jamais se résigner à mourir sans désespoir et sans soif de vengeance contre le chef des sbires, son véritable assassin, et que

Page 1