‹ Fior d'AlizaChapitre 179 sur 197 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

Ce que nous dîmes tous les trois, pendant ces deux heures que le père Hilario fit durer, à sa grande fatigue, le plaisir et la peine, comment pourrais-je vous le redire? Un jour n'y suffirait pas. Jugez donc ce que quatre personnes qui ne font qu'une, et qui sentent le cachot sous leurs pieds et la mort sur leur tête par le supplice prochain d'un seul d'entre eux, prêt à les tuer d'un seul coup, peuvent se dire I

Hyeronimo nous confessa que son bonheur, s'il devait vivre, et son salut éternel, s'il devait mourir, tenait au refus ou au consentement que nous lui donnerions de laisser consacrer avant son dernier jour son union avec sa cousine {sorelta^ comme nous disons , nous) ; sachant combien sa sorella le chérissait de tous les amours et n'ayant pas nousmêmes de plus cher désir que ce mariage, comment aurions-nous pu refuser au pauvre mourant ?

C'était nous qui lui avions donné son idée que les époux sur la terre se retrouvaient dans le paradis I Nous lui aurions donc refusé son paradis à lui-même, si nous lui avions dit non, l'aveugle et moi?

Il nous bénit mille et mille fois de notre condescendance à son amour, et il noas répéta tout ce que le père Hilario

lui avait appris de la condescendance de Tévéque ; outre le souci qu'il avait de nous, en nous laissant dans la misère par son supplice, dans ce supplice il ne semblait redouter qu'une chose, c'est que sa mort ne fût avancée par quelque événement avant que le prêtre eût accompli sa promesse, en bénissant cette union secrète et en consacrant sa passion devant Tautel.

— Oh! pressez-le, nous disait-il les mains jointes, pressez-le de faire ce qu'il a promis pour que je vive en paix mes derniers jours, et que je n'emporte pas mon désespoir ddns l'autre vie I

Nous ne répondîmes que par des larmes, et quand FJor d' Aliza revenait à passer, elles redoublaient tellement dans le cachot que nous en étions comme étouffés pendant sa promenade au fond du cloître.

La dernière fois qu'elle passa devant les barreaux, je ne pus pas me retenir, et je dis à demi- voix, de manière qu'elle m'entendît sans que les autres pussent m'entendre :

— Fior d' Aliza, que veux-tu de nous?

Elle répondit sans se retourner, comme quelqu'uTi qui regarde le bout de ses pieds en parlant.

— Lui, ou mourir avec lui!

Cela fut dit et, cela dit, monsieur, quand nous ressor-

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