‹ Fior d'AlizaChapitre 182 sur 197 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

Donc il faut le tromper pour le sauver ; je lui dirai : Fuis, je t'en ai préparé les moyens pour la nuit où tu seras mis seul en chapelle et je vais te rejoindre ; ce n'est pas même un mensonge, car, morte ou vivante, je le rejoindrai bientôt. Puis-je vivre sans lui? puis-je même mourir sans que mon &me vole sur ses pas et le rejoigne comme la colombe rejoint le ramier quand il meurt ou quand il émigré de la branche avant elle?

Il fut donc décidé que je le tromperais pour ne pas tromper le bargello et sa femme.

— Quand il sera libre, continua la voix, tu revêtiras le froc et le capuchon des pénitents noirs qu'il aura laissé tomber de la fenêtre en s'enfuyant, et tu reviendras dans son cachot , avant le jour, prendre sa place, pour que les sbires te mènent au supplice, en croyant que c'est lui qu'ils vont fusiller pour venger le capitaine ; tu marcheras en silence devant eux, suivie des pénitents noirs ou blancs de toute la ville qui prieront pour toi ; et quand tu seras arrivée au lieu du supplice, tu mourras en prononçant son nom, heureuse de mourir pour qu'il vive!

Voilà, monsieur, voilà exactement ce que l'ange me dit. Je ne l'aurais pas inventé, en toute ma vie, de moi-même.

J'étais trop simple et trop timide, mais Fange de Tamour conjugal en invente bien d'autres, allez I Je Tai bien compris quand je fus sa femme I

Après ce miracle, je m'endormis comme si une main divine avait touché ma paupière et calmé mon pauvre cœur.

Ma résolution était prise d'obéir, sans lui rien dire qu'au moment où le prince qu'on attendait dans Lucques serait arrivé, et qu'il aurait ou ratifié ou ajourné l'exécution. C'était notre dernier espoir.

Hélas ! il fut trompé encore ; le lendemain à mon réveil, le bargello me dit négligemment^ comme je passais pour mon service dans le préau, que le prince venait d'écrire à son ministre qu'il ne fallait pas l'attendre et qu'il était retenu en Bohême par les chasses.

Tout fut perdu ; mes jambes me manquèrent sous moi ; mais le bargello ne s'aperçut pas de ma p&leur, parce qu'il ne faisait pas jour encore dans le vestibule grillé du préau. 11 crut que je dormais encore à moitié, ou que le retour du prince m'était indifférent comme l'ajournement du supplice du meurtrien

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