‹ Fior d'AlizaChapitre 186 sur 197 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

n*avait qu*à emprunter le lendemain Tbabit de la conrrérie pour marcher au supplice, où tous les pénitents noirs Taccompagneraient en priant pour son âme.

Cette robe, qu'on mettait par-dessus ses habits, ressemblait à un linceul qui cachait les pieds et les mains en traînant jusqu'à terre ; en abattant son capuchon percé de deux trous à la place des yeux, on voilait entièrement son visage.

Hyeronimo, à qui j'avais fait la leçon, parce que la femme du bargello m'avait raconté cette coutume, accepta l'habit et le déposa sur son lit pour le revêtir le lendemain, et remercia bien les frères de la Sainte- Mort. Il resta seul, et le jour s'éteignit dans la cour. Je m'y glissai sans rien dire avant le moment où le bargello allait fermer.

Il crut que la faiblesse de mon &ge me rendait trop pénible, ce soir-là, la vue d'un homme qui devait mourir le lendemain et dont on entendait déjà l'agonie tinter dans tous les clochers de Lucques et même aux villages voisins. Quant à lui et à sa femme, ils ne se couchèrent seulement pas, les braves gens, mais ils se relayèrent toute la nuit derrière la porte du préau, pour dire en pleurant les psau* mes de la pénitence* Que Dieu le leur rende à leur dernier jour, ils ont bien prié, et pour moi sans le savoir I Mais nous sommes dans un monde où rien n'est perdu, n'est-ce pas, ma tante ?

Moi, cependant, favais promis à Hyeronimo de revenir passer avec lui la dernière nuit, sans crainte d'être découverte, puisque je ne devais plus le quitter qu'après quMl serait sauvé et me dévoiler qu'après être morte à sa place.

En disant cela, ses yeux tombèrent involontairement sur le berceau du charmant enfant que son pied balançait avec distraction sur le plancher et qui dormait en souriant aux anges, comme on dit dans le patois de Lucques.

— A peine me fus-je glissée furtivement dans la loge, qu il éteignit du souffle la lampe, que tout resta plongé dans la nuit.

Nous nous assîmes sur le bord de son lit, la main dans la main, puis il m'embrassa pour la première fois, sans que je fisse de résistance, et la nuit de nos noces commença par ces mots cachés au fond du cœur, qu'on ne dit qu'une fois et qu'on se rappelle toute sa vie.

Nuit terrible, où toutes nos larmes étaient séchées par nos baisers, et tous nos baisers, interrompus par nos larmes. Ah ! qui vit jamais comme moi l'amour et la mort se confondre et s'entremêler tellemenJt , que l'amour luttait avec la mort et que la mort était vaincue par l'amour I Âh I Dieu me préserve de m'en souvenir

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