‹ Fior d'AlizaChapitre 189 sur 197 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

cier et armés de leurs carabines, chargèrent leurs armes devant moi, et se rangèrent, leur fusil enjoué, pour atten* dre le commandement de tirer.

Eh bien I monsienr, dans ce silence de tout un peuple qui retient son haleine en attendant la voix qui doit commander la mort d'un homme, vous me croirez si vous voulez, mais je ne crois pas avoir pâli, la joie de Tidée qu'en mourant je mourais pour lui me possédait seule, et j'attendais le commandement du feu avec plus d'impatience que de peur I

— Soldats ! s'écria d'une voix de commandement Tofficier, préparez vos armes I

Les soldats me mirent en joue ; à ce moment, le bourreau, qui était derrière moi, un peu à l'abri par un angle du mur, se jeta tout à^^oup sur moi, et, m' arrachant d'une main rapide et violente le capuchon et la robe de pénitent jusqu'à la ceinture, me découvrit presque nue aux yeux des soldats et de la foule. Ma chemise entr'ouverte laissa mon sein à demi nu, et mes cheveux, dont le cordon avait été détaché par le geste du bourreau, roulèrent sur mes épaules.

Je crus que j'allais mourir de honte en me voyant ainsi demi-nue devant cette bande de soldats étonnés; ils restaient suspendus comme devant un miracle, car mes mains liées derrière le dos m'empêchaient de recouvrir ma poitrine et mon visage.

Ah ! mon Dieu, la mort n'est pas si terrible que ce que

je souffris dans cette minute I Un silence de stupeur empêchait de respirer toute la foule.

Un cri partit en ce moment du côté de Tescalier qui menait au rempart. Un bomme s*élança en fendant le rang des soldats. Arrêtez I arrêtez I c^est moi I et il tomba inanimé à mes pieds ; le ciel s'obscurcit, la tête me tourna et je me sentis évanouir dans les bras de mon époux. Nous mourûmes tous deux sans nous sentir mourir I

C'était Hyeronimo qui , entendant les cloches du supplice, et en ne me voyant pas arriver sur ses pas sous Tarche du pont, s'était défié enfin de quelque chose, était rentré dans Lucques, avait volé à la porte de la prison, et, apprenant là par le picdnino que les sbires me menaient mourir à sa place, avait volé comme le vent sur mes traces, et venait réclamer à grands cris son droit de mort, s'il était encore temps.

Depuis ce moment, je ne vis plus rien, j'étais dans un autre monde. Quand je m'éveillai, j'étais dans un vrai paradis, au milieu d'un appartement tout d'or, de peintures, de glaces et de statues, qui toutes semblaient me regarder, entourée des belles suivantes de la duchesse, qui me faisaient respirer un flacon d'odeur délicieuse, et

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