CHAPITRE NEUVIÈME
Fior d*Aliza reprit la place qu'elle avait laissée, et continua en regardant sa tante.
— Je partis à pied avec cette lettre, et en promettant à mon père et à ma tante de revenir ainsi de Livourne tous les samedis pour leur rapporter tout ce qui serait nécessaire à leur vie, et pour passer avec eux le dimanche à la cabane, seul jour de la semaine oii les galériens ne sortent pas pour travailler dans le port ou pour balayer les grandes rues de Livourne.
4h I que de larmes nous versâmes en nous séparant au pied de la montagne ! N'est-ce pas, ma tante et mon père ? Mais enfin ce n'étaient plus des larmes mortelles, et nous avions l'espoir de nous revoir toutes les semaines, et de ramener enfin Hyeronimo libre et heureux auprès de nous.
CGLXVI
Je marchai du lever du soleil jusqu'à son coucher, mon mezaro rabattu et refermé sur mon visage pour que les passants ne m'embarrassent pas de leurs rires et de leurs mauvais propos sur la route, pensant en eux-mêmes, en me voyant si jeune et si seule, que j'étais une de ces filles mal famées de Lucques qui vont chercher à Pise et à Livourne les bonnes fortunes de leurs charmes auprès des matelots étrangers.
CEUYB. COHPL. — ZLl 35
Il était nuit quand j'arrivai à la ville, je me glissai à travers la porte à la faveur tf un groupe de familles connues des gardes de la douane qui rentraient, avant les portes fermées, dans la ville, sans être vue au visage, ni fouillée, ni interrogée ; j'en rendis grâce à la Madone dont la statue dans une niche, sous la voûte de la porte, était éclairée par une petite lampe.
Je demandai un peu plus loin l'adresse de la supérieure des religieuses qui soignaient les galériens. On me prit pour la sœur d'un galérien et on me l'indiqua avec bonté. Je sonnai : la sœur portière ne voulait pas m'ouvrir si tard ; mais, à la vue de mon visage innocent, qu'elle entrevit à travers mon mezaro^ quand je fus obligée de l'écarter pour chercher la lettre de la duchesse, elle me fit entrer et porta la lettre à sa supérieure.
La supérieure était une femme âgée et sévère, qui, après avoir lu la lettre, descendit au parloir pour me voir et m'interroger. Quand elle m'eut regardée un moment et interrogée sur mon état de grossesse, qui rendait ma présence au couvent suspecte et inconvenante, sa figure se rembrunit :
c Non, dit-elle, mon enfant, la duchesse n'y a pas pensé 1 Nous ne pouvons vous recevoir dans une sainte maison