‹ Fior d'AlizaChapitre 194 sur 197 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

l'innocent plaisir d'écouter les airs de leurs montagnes, et de causer, tout ie temps qu'ils ne travaillent pas, librement avec leurs parents, leur femme, leur fiancée, s'ils en ont, à travers les barreaux de fer de leurs cages qui prennent jour sur leurs cours , ni même de s'entrelacer leurs doigts dans les doigts de celles qu'ils aimaient pendant qu'ils étaient libres.

11 dormait encore; je m'étendis sur les dalles de la cour, sous le rebord de sa loge, qu'on m'avait indiquée en entrant, et je jouai l'air que nous avions inventé ensemble, au gros châtaignier, avant notre malheur. J'entendis un bruit; il bondit de sa couche et s'élança vers les barreaux.

— Fiord'Aliza, est-ce toi? s'écria-t-il.

La zampona m'échappa des mains, et sa bouche fut sur ma joue.

Ce que nous dîmes, monsieur, et ce que nous j^e dîmes pas, je n'en sais rien; le venl même ne le pourrait pas dire, car il n'aurait pu passer entre ma bouche et la sienne. Nous restâmes une partie de la matinée à parler tout bas ou à nous taire en nous regardant. Je lui demandai pardon de l'avoir voulu tromper, et je lui promis de ne pas le quitter, excepté la nuit, pour l'aider à porter ses chaînes.

Les autres galériens, punis pour des fautes légères,

avaient horreur de s'approcher de lui. Les sbires de Lucques, dont il passait pour avoir tué le chef par trahison, l'avaient recommandé aux sbires des galériens comme un monstre de méchanceté. De sorte que ses compagnons, par flatterie pour les gardiens, affectaient la répugnance et rhorreur pour lui, afin de se faire bien venir d'eux.

Les samedis de tous les mois, j'allais, comme je l'avais promis à mon père et à ma tante, au châtaignier leur porter des nouvelles de leur enfant, et lui rapporter des châtaignes, et leur porter à eux la nourriture et les petites gouttes de rosolio que j'avais gagnées pour Hyeronimo et pour eux, et je revenais la nuit, sans peur et sans honte, à Livourne, passer la journée dans la cour, auprès de la loge de mon sposOj l'écoutant gémir de la fièvre, et veillant quand il dormait.

Que de mois, monsieur, nous passâmes ainsi : lui, tou* jours plus languissant, moi, toujours vaillant^ I

Un soir, cependant, le chagrin me saisit tellement dans la nuit, que les douleurs me prirent. La concierge, du couvent alla chercher la sage-femme ; mais, quand elle arriva, j'avais déjà un bel enfant sur mon sein. Le même soir je me levai et je le portai embrasser à son père. Huit jours après.

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