‹ Fior d'AlizaChapitre 43 sur 197 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

tiers que des spectacles de vie pastorale , de félicité rustique, de sécurité et de paix. Des paysages de Léopold Robert t des moissonneurs, des vendangeurs, des bœufs accouplés ruminant à Tombre, pendant que les enfants chassaient les mouches de leurs flancs avec des rameaux de myrte ; des muletiers ramenant aux villages lointains leurs femmes qui allaitaient leurs enfants, assises dans un des paniers; de jeunes filles dignes de servir de type à Raphaël , s'il eût voulu diviniser la vie et Tamour, au lieu de diviniser le mystère et la virginité ; des fiancés, précédés des pi fferari (joueurs de cornemuse), allant à l'église pour faire bénir leur félicité ; des moines , leur rosaire à la main, bourdonnant leurs psaumes comme l'abeille bourdonne en rentrant à la ruche avec son butin ; des frères quêteurs, le visage coloré de soleil et de santé, le dos plié sous le fardeau de pain, de fruits, d'œufs, de fiasques d'huile et de vin , quMIs rapportaient au couvent ; des ermites assis sur leurs nattes au seuil de leur ermitage ou de leur grotte de rocher au soleil, et souriant aux jeunes femmes et aux enfants qui leur demandaient de les bénir : voilà les spectacles de cette nature; il n'y avait là rien pour la tristesse et la mort. Qu'est-ce qui me ramena donc à cette pensée? Je n'en sais rien ; j'imagine que ce fut précisément le contraste, Tétreinte de la volupté sur le cœur qui le presse trop fort , et qui en exprime trop complètement la puissance de jouir et d'aimer, et qui lui fait sentir que tout va finir promptement, et que la dernière

goutte de cette éponge qui boit et qui rend la vie , est une larnne. Peut-être cela fut-il simplement la vue d'un de ces beaux cyprès immobiles se détachant en noir sur le lapis éclatant du ciel, et rappelant le tombeau.

Quoi qu'il en soit, j'écrivis les premières strophes de cette harmonie au son de la cornemuse d'un pifferaro aveugle, qui faisait danser une noce de paysans de la plus haute montagne sur un rocher aplati pour battre le blé, derrière la chaumière isolée qu'habitait la fiancée; elle épousait un cordonnier d'uir^hameau voisin, dont on apercevait le clocher un peu plus bas, derrière une colline de châtaigniers. C'était une des plus belles jeunes filles des Alpes du midi qui eût jamais ravi mes yeux ; je n'ai retrouvé cette beauté accomplie , à la fois idéale et incarnée, que dans la race grecque ionienne, sur la côte de Syrie. Elle m'apporta des raisins, des châtaignes et de l'eau glacée pour ma part de son bonheur ; je remportai , moi, son image. Encore une fois, qu'y avait-il là de triste et de funèbre? Eh bien ! la pensée des morts sortit de là. N'estce pas parce que la mort est au fond de tout tableau terrestre , et que la couronne blanche sur ces cheveux noirs me rappela la couronne blanche sur un linceul ? J'espère

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