CHAPITRE PREMIER. il
nade. Ma fenêtre, dans une chambre de faubourg hors de la ville, était assez rapprochée pour que les sons aigus de rinstrument fussent saisissables à mon oreille et pour que je fisse cadrer mes visites avec Tabsence de celle qui fut, plus tard, ma belle-mère. C'est ainsi que le saint homme servait en conscience un amour naissant, en croyant servir le ciel ; c'est la première fois sans doute que la piété là plus sincère sonnait à des profanes Theure des rencontres.
Je revins à Paris après la saison des bains ; il était convenu que nous profiterions, Tun et Tautre, de toutes les circonstances favorables pour amener, elle sa mère, et moi ma famille, à consentir à un mariage que nous désirions tous les deux très-vivement. Ma mère, comme à Tordinaire, était ma complice.
Ma nomination à Naples, les espérances que cette carrière ouverte donnait à mon père, mon séjour de quelques semaines à Màcon, mes instances auprès de mes oïicles et de mes tantes amenèrent à bien les négociations ; je partis avec Tautorisation de tout le monde et avec des assurances d'héritages, après la mort de grands parents, qui rendaient ma fortune au moins égale à celle de ma femme. Ses démarches auprès de sa mère, et Tinfluence de ses
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amies, mesdemoiselles de La Pierre, avaient triomphé de son côté de tous les obstacles. J'en étais informé par sa correspondance, et, en arrivant à Chambéry, je n'eus qu'à recueillir le fruit d'un an de patience et à emmener avec moi la femme accomplie, que rattachement le plus fidèle et le plus dévoué me destinait pour compagne de mes jours bons et mauvais. Nous fûmes mariés dans la chapelle du château royal de Chambéry, chez le marquis d*Ândezëne, qui gouvernait alors la Savoie. L'illustre comte de Maistre^ tnon allié par le mariage de la plus charmante de mes sœurs, madame Césarine, comtesse de Vignet, avec un neveu du comte de Maistre, me servit de parrain, chargé des pouvoirs de mon père.
Nous partîmes pour Turin où je m'arrêtai quelques jours pour y voir le premier secrétaire d'ambassade, le comte de Yirieu, mon ami le plus intime et presque un frère. Le duc d'Alberg, ami du prince de Talleyrand, y était alors ambassadeur. Il nous accueillit à Rivsalta^ belle maison de plaisance qu'il habitait pendant l'été.
Rien ne semblait annoncer , à Turin , la fermentation sourde d'une révolution prochaine qui couvait sous les sociétés secrètes et dans les conjurations ambitieuses