CHAPITRE PREMIER
Le moment était délicat et décisif pour la diplomatie de la France. La question allait se poser entre le système constitutionnel et le régime absolu dans les États d'Italie dépendant de Tinfluence de la maison de Bourbon. Au premier regard , il paraissait évident que Tintérét de la France serait de se poser en médiatrice entre les rois et . les peuples, et d*empêcher les puissances étrangères d'intervenir, comme une haute police armée, à Naples, et bientôt à Turin , pour faire reculer le régime des institutions libres. La France elle-même ayant adopté le régime constitutionnel, il était peu logique à elle de combattre chez les autres ce qu'elle protégeait chez elle-même. Nous devions donc incliner modérément à la cause constitutionnelle à Naples , surtout si cette cause , sincèrement acceptée par le roi et patronnée par l'armée, se préservait des anarchies, des violences où même des excès qui déshonorent les révolutions au commencement.
D'un autre côté , cette révolution , ou plutôt cette explosion inattendue de l'armée, travaillée par la société secrète des carbonari , était un fait d'indiscipline militaire bien plutôt que d'opinion nationale. Calquée sur l'insurrection armée de Cadix et de Riego, en Espagne, elle était un en-
couragement à toutes les turbulences des ambitieux de régiment; enfin, si la Sainte- Alliance, cette mutualité des rois , prenait dans un congrès fait et cause pour le roi de Naples, il était bien embarrassant à nous, gouvernement restauré par la vertu et dans Tintérét de cette ligue de monarchies, de nous déclarer contre elle les soutiens d'une insurrection de troupes et de conspirateurs qui couvait peut-être jusque sous notre propre trône, à Paris. Le bon sens d'un côté, la reconnaissance de Tautre, nous commandaient une extrême circonspection dans ces circonstances.
L'ambassade française à Naples était alors dirigée par le duc de Narbonne, émigré rentré d'Angleterre avec le roi Louis XYIII, mais émigré formé à Londres aux usages du régime constitutionnel , complètement rallié à la Charte française, cette transaction habile et loyale entre 89 et 1815, qui affermissait les rois et qui coîntéressait les peuples libres à la monarchie populaire. C'était un homme modeste, timide, ayant peur du son de sa propre voix, mais plein de bon sens et d'aperçus justes, un de ces hommes qui n'aiment pas à paraître en scène, mais qui ont, comme spectateurs» le sens le plus parfait des situa* tions. 11 joignait à ces dons renfermés de son ftme une