F VA
de saint francois 183
les avaient accompagnés, ils Y construisirent une pauvre cellule de branches d'arbres. Ils acceptèrent donc, au nom de Dieu, la montagne de l’Alverne, prirent dès lors possession de l'endroit qu'ils y avaient choisi et retournèrent vers saint François.
A leur arrivée, ils racontèrent qu'ils avaient trouvé sur l'Alverne un lieu très propre à l’oraison et à la contemplation ; le bienheureux Père en fut comblé de joie, rendit grâces à Dieu et dit à ses frères, d’un visage radieux : «Mes enfants, voici que nous approchons de notre Carême de saint Michel Archange, je crois que la volonté de Dieu est que nous la passions sur la montagne de l’Alverne qu'ilnou ccorde dans sa libéralité. I] faut que, par la pénitence, nous méritions la consolation de consacrer cette montagne à l'honneur et à la gloire du Sauveur, de sa glorieuse Mère la Vierge Marie et des saints Anges. Alors il choisit pour compagnons Frère Massée de Marignan d'Assise, homme fort intelligent et d’une grande éloquence ; Frère Ange Tancrède de Rieti, qui avait été chevalier lorsqu'il était encore dans le monde, et qui avait reçu une éducation très distinguée ; enfin Frère Léon, qu'il affectionait singulièrement à cause de sa grande simplicité et de sa pureté de cœur. Puis il se mit en prière avec eux, et, après avoir recommandé aux frères qui restaient de prier aussi Dieu pour le succès de leur voyage, il se mit en route pour la montagne de l’Alverne.
Pendant le trajet, il appela Frère Massée et lui dit: « Frère, vous serez dans.ce voyage, notre Gardien et notre Prélat; je veux, tant qu'il durera et que nous serons ensemble, que tous nos usages soient conservés, nous réciterons l'office, nous nous entretiendrons de Dieu, nous observe-
184 Considerations sur les Stigmates
rons la règle du silence, et nous ne nous inquiéterons de rien av sujet de notre nourriture et de notre sommeil. Seulement, quand viendra l'heure de chercher un logement, nous achète:ons un peu de pain, et nous prendrons notre repos là où Dieu nous conduira.» A ces paroles du Père, les trois compagnons inclinèrent la tête, firent le signe de la croix et poursuivirent leur route.
La première nuit se passa dans un couvent de l'Ordre; mais le lendemain, retardés par le mauvais temps et la fatigue, ils ne purent gagner ni couvent, ni château, ni village, et ils furent obligé: de chercher un abri dans une vieille église abandonnée. Pendant que ses frères s’y trouvaient endormis, saint François, resté seul en prière, vit bientôt une grande multitude de démons se précipiter vers lui avec un bruit et un fracas épouvantables ; tous ensemble se mettent à l’attaquer et à le harceler de mille manières, le poussant, le tirant en tous sens et l’accablant de menaces et de reproches. Mais tous ces efforts des esprits mauvais pour le distraire de sa prière étaient impuissants : Dieu était avec lui. Quand il eut supporté quelque temps les assauts que lui livraient les démons, ii cria à haute voix : «O esprits maudits ! vous ne pouvez rien que par la permission de Dieu ; mais je vous le dis de sa part, faites sur moi tout ce qu’il vous permettra, et je recevrai tout de bon cœur, car je n’ai pas de plus grand ennemi que mon corps : vengez-vous donc, pour moi, de ce cruel ennemi, c’est le plus grand service que vous puissiez me rendre.» A ces mots, les démons se ruent avec fureur sur saint François, 12 saisissent, le traînent dans l’église et lui font essuyer des traitements plus indignes encore qne la première fois. Mais le saint, au milieu de ces tortures, se contentait de s'écrier: «© mon Sauveur Jésus-Christ! Je vous rends
de Saint Francois 185
grâces de l'honneur et de la charité que vous me témoignez ; oui, je le sais, les châtiments que vous infligez à vos serviteurs, en punition de leurs fautes, sont un gage de votre bonté à leur égard ; car c'est pour leur faire éviter les peines de l'autre vie que vous les Éprouvez ainsi sur la terre. Punissez. moi donc de mes péchés ; faites tomber sur moi toutes les adversités, et je suis disposé à les supporter toutes avec joie, èn expiation de mes crimes. » Vaincu par tant de constance, les démons se rctirèrent confus. Aussitôt, dans la ferveur qui l'embrasait, saint François sort de l'église, --1 se mettre en Prière dans un bois qui se trouvait tout près, et là, se frappant ia poitrine et versant d'abondantes larmes, il s’efforçait de rappeler en jui l'Epoux et le Chéri de son âme. Enfin il le retrouva dans le’secret de son cœur, et alors, tantôt 1] lui parlait comme à son Sei. Sneur, tantôt il lui répondait comme à son Juge, tantôt il le priait comme son Père, tantôt enfin il s’entretenait avec lui comme un ami avec son ami.
En ce moment, les frères s'étant rendus dans le bois pour y chercher leur Père, ils le trouvèrent baïigné de larmes et implorant la divine miséricorde pour les pécheurs ; ils l’entendirent aussi pousser des plaintes lamentables sur la Fassion du Christ, iet on aurait cru qu'il ;la voyait se renouveler sous ses Yeux, tant sa douleur était vive. Cette nuit encore ils l’aperçurent, pendant sa prière, tenant les bras en croix, et assez longtemps, suspendu, soulevé au-dessus de terre et environné d’une nuée resplendissante, Ce fut ainsi que saint François passa toute la nuit sans prendre un instant de repos.
Le matin, voyant qu'après tant de fatigue il serait trop faible pour continuer sa route ‘ jed, ses çr Mpagnons
186 Considerations sur les Stigmates
allèrent au village voisin trouver un pauvre laboureur ét lui demandèrent, pour l'amour de Dieu, de vouloir bien prêter son âne à saint François, leur Père. À ce nom de Frère François dont il avait entendu parler, le paysan dit aux frères :
«Seriez-vous
donc des com-
\ pagnons de ce
frère d'Assise
donton dit tant
de bien?» —
«Il est notre
Père, répondi-
rent les frères,
et c'est pour lui
que nous ve-
nons vous demander votre âne.» Aussitôt le bonhomme s’empresse de le disnoser, le conduit lui-même au Saint, qu'il fait monter av:c mille témoignages de respect ; puis, quand les voyageurs eurent repris leur route, il les accompagna, marchant cerrière son âne. Après avoir ainsi cheminé quelque temps, le paysan dit à saint François: « Frère, dites-moi la vérité, êtes-vous vraiment le Frère François d'Assise ? » — « Je le suis, » répondit le Saint. — « Eh bien!
ajouta le paysan, appliquez-vous donc à être aussi bon que les gens le disent, afin qu'ils ne soient pas trompés dans leur confiance : c’est un conseil que je vous donne.» Loin de mépriser cet avis et de se dire, comme le feraient maintenant bien des orgueilleux portant la cape : Quei est donc cet imbécile qui se mêle de me donner des conseils ? saint François aussitôt se jette à terre, se met à genoux devant
S. Francols
fait jattiir une source pour le Paysan qui l'accompagnait
de saint francois
le paysan, lui baise les pieds et le remercie de son bon et utile avis. Le paysan et les frères le relevèrent respectueusement, le firent remonter sur l'âne, et l’on se remit en route.
Lorsque les frères eurent gravi à peu près la moitié de la montagne, par une grande chaleur et dans un chemin difficile, le paysan, qui les accompagnait toujours, commença à ressentir une soif si ardente qu'il en vint bientôt à murmurer contre le Saint : « Ah! s’écriait-t-il, je meurs de soif ; oui, je vais tomber d'épuisement, si je n’ai rien pour me rafraîchir.» Touché de compassion, saint François descendit de son âne, se mit en prière et resta à genoux, les mains élevées vers le ciel, jusqu'à ce qu'il connût que sa demande était exaucée ; alors il dit au paysan : « Allez, courez vers cette pierre, vous y trouverez une source d’eau vive qui s'en échappe maintenant par la miséricorde de Jésus-Christ. » Le laboureur courut aussitôt, et trouva en effet une fontaine d'eau limpide qui, par la vertu des prières du Saint, jaillissait du rocher le plus dur ; il but copieusement et se sentit fortifié, Une preuve manifeste que cette source fut miraculeusement produite par la puissance divine à l'intercession de saint François, c’est que jamais auparavant on n'avait trouvé d’eau vive en cet endroit, ni même à une grande distance de là, et qu'on n’en retrouva plus jamais dans la suite. Le Saint, ses compagnons et le Paysan ren. ‘èrent Dieu de la faveur qu’il venait de leur accorder, puis ils continuèrent leur route,
Lorsqu'ils furent arrivés au pied du rocher même de l’Alverne, saint François voulut se reposer un peu sous un grand chêne qui se trouvait sur le chemin, et de là il contemplait le magnifique Paysage qui se déroulait sous ses
188 Considerations sur les Stigmates
yeux. Mais voici qu’en ce moment arrivent de divers points unc multitude d'oiseaux qui témoignaient leur joie par leurs chants ct leurs batteinents d'ailes: ils voltigeaient tous autour du Saint; les uns se posaient sur sa tête, les autres sur scs cpaules, et d'autres sur ses bras, sur sa poitrine et sur ses picds.
Les compagnonsde saint François et les payrans contemplaient ce spectacle avec ravissement, et le Saint lui-même, émerveillé de ce prodige, disait tout joyeux : « Je crois, mes bien-aimés frères, qu'il plaît à Notre-Seigneur Jésus-Christ que nous habitions sur ce mont solitaire, puisque nos petites sœurs et nos petits frères les oiseaux témoignent tant d'allégresse à notre arrivée.» Les frères se levèrent, et ils continuèrent à gravir la montagne jusqu'à ce qu'ils fussent arrivés à l'endroit qui avait été choisi d’abord par leurs compagnons. Voilà ce qui regarde la première considération.
Seconde COnsidération sur les sacrés et saints sStigmates,
seconde considération doit être faite sur les entretiens de saint François avec ses compa-
&nons, lorsqu'ils furent arrivés sur la montagne, Orlando éprouva une vive satisfaction quand il apprit tet ses trois frères étaient venus se fixer sur l'Alverne. Le lendemain
de leur arrivée, il alla Jui.
même les visiter, et leur
Porta une abondante pro-
vision de toutes sortes de
nourriture. Il trouva les Pieux ermites en prière, les abor-
da et les salua avec bonté. Saint F rançois se leva, reçut
avec une joie pleine d'affection Orlando et sa compagnie,
et ils s’entretinrent ensuite quelque temps. Le Saint re-
mercia Orlando de la Sénérosité avec laquelle il Jui avait
cédé l’Alverne, et de ‘a visite dont il l’honoraît ; puis il Je Le 1
190 Gonsiderations sur les Stigmates
pria de lui faire construire une petite cellule au pied d'un beau hêtre, dans un lieu très recueilli, très propre à l'oraison,et situé à peu près à un jet de pierre de l'endroit où se trouvaient ses frères. Son désir fut immédiatement satisfait. Comme le soir approchait et qu'il fallait repartir, saint François dit quelques paroles et bénit la petite troupe. Âu moment du dernier adieu, Orlando prit à part saint François et ses frères, et leur dit : « Mes bien chers frères, je ne veux pas que sur cette montagne sauvage vous souffriez aucune nécessité corporelle qui vous empêche de vous livrer entièrement à la contemplation ; je veux, et je vous le dis à présent pour toujours, je veux que vous veniez chercher dans ma maison tout ce qui vous est nécessaire; si vous faites autrement, j'en aurai beaucoup de peine. » Après cela, Orlando et sa compagnie retournèrent au château.
Alors saint François fit asseoir ses compagnons et les instruisit sur le genre de vie qu'ils devaient mener, eux et tous ceux qui veulent vivre en solitaires. 11 leur imposa l'observance de la sainte pauvreté, et leur dit : « Ne vous appuyez pas trop sur l'offre charitable du seigneur Orlando; prenons garde de blesser notre profession de pauvreté. Soyez sûrs que, si nous sommes de vrais pauvres, le monde aura compassion de nous ; si nous embrassons bien étroitement la pauvreté, il nous donnera libéralement ce qu'il nous faut pour vivre. Dieu, qui nous a appelés dans la sainte religion pour le salut du monde, a fait ce pacte avec nous : nous devons [donner au monde de bons exemples, et le monde doit fournir à toutes nos nécessités. Persévérons donc dans notre pauvreté, parce qu’elle est la voie de la perfection et le gage des richesses éternelles. » Le Saint
de saint grancois 191
donna encore à ses frères en finissant : « Voilà donc
tenir dans la solitude, me recueillir en Dieu et pleurer mes péchés en sa divine présence. Frère Léon,
me demanderaient, » Ayant dit ces mots, saint François bénit ses Compagnons et se retira dans sa cellule, au Pied du hêtre ; et Jes trois frères prirent e résolution de se conformer aux règles
que leur Père leur avait imposées,
Quelques jours après, le Saint, considérant, de sa cellule, la disposition de la montagne, et contemplant avec étonnement les larges fentes et les grandes Ouvertures des énormes rochers qui l'environnaient, il lui fut révélé de Dieu que ces fentes s'étaient ouvertes miraculeusement à l'heure de la Passion du Christ, au moment où, selon ce que rapporte l'Evangile, les Pierres se fendirent. Dieu avait voulu que ce Prodige s’opérât d'une manière plus frappante sur la Montagne de l'Alverne, Parce que là de.
sa cellule et s'y recueilli, dans l'attente du mystère qui allait s'accomplir, Dès lors, la prière continuelle à laquelle il se livra lui fit éprouver plus fréquemment encore les douceurs de la divine contemplation ; aussi, très souvent
il se trouvait tellement ravi en Dieu, que ses compagnons le voyaient corporellement élevé au-dessus de terre, et dans une extase qui le mettait hors de lui-même. Dans ces sublimes contemplations, Dieu lui révélait non-seulement l'avenir, mais encore les secrètes pensées et les inclinations de ses frères. Frère Léon, son compagnon, en fut convaincu par sa propre expérience. Se trouvant tourmenté par une tentation de l'esprit, il lui vint en désir de posséder quelque pieuse pensée écrite de la main du Saint ; et il espérait qu’une fois qu'il l'aurait obtenue, la tentation disparaîtrait, au moins en partie. Depuis quelque temps déjà, il nourrissait ce désir, et toujours il se sentait retenu par la honte et le respect. Mais l'Esprit-Saint révéla à saint François ce que son compagnon n'osait lui confier. Aussitôt il le fait appeler, lui demande ce qui est nécessaire pour écrire, et traçant à la louange de Jésus- Christ quelques lignes qu'il signe de la lettre Zaw (1), il les remet au frère, en lui disant : « Recevez ce papier, mon très cher frère, et conservez-le toute votre vie. Que Dieu vous accorde sa bénédiction, et qu'il vous protège contre les tentations. Que s’il permet que vous les éprouviez, ne vous en troublez pas ; plus vous serez tenté, plus je vous regarderai comme le véritable ami et serviteur de Dieu, plus je vous chérirai ; car je vous le dis en vérité, personne ne doit s'estimer parfait ami de Dieu qu'il n'ait aupara-
SPP SE SC
1. Voici les lignes de cet écrit dont nous avons vu lautographe dans le trésor de la basilique patriarcale d'Assise :
« Benedicat tibi Dominus et custodiat te; ostendat faciem suam tibi et misereatur tui ; convertat vultum suum ad te et det tibi pacem, » —« Dominus benedicat te, Frater Leo. » T.
« Que le Seigrieur te bénisse et qu'il te garde ; qu'il te montre sa face et qu’il ait pitié de toi ; qu’il tourne son visage vers toi et qu’il te donne la paix. » — a Que ie Seigneur te bénisse, Frère Léon. sT.
abs û
ES 0 nm
Esenller taillé dans une gorge de l’Alverne
peine s'il pouvait encore | i que faisait -le bon frère quand le Saint n'était enco * la hauteur d’un homme? I] allait doucement SOUS à, sui baisait les pieds, les arrosait de ses
ce billet étaient tracés Ses mots: « Ici se trouve la grâce de Dieu.» Le frère eut le: temps de Je lire, et il le vit ensuite remonter vers les cieux.
Sous l'impression de cette grâce divine qui le remplis. sait, saint François n'était Pas seulement ravi en Dieu par la Contemplation, souvent aussi ‘il était fortifié Par la visite
194 Considerations sur les Stigmates
des Esprits célestes. Un jour qu'il pensait à la mort et à l'état de son Ordre, quand il n'y serait plus : « Seigneur Dieu, disait-il, que deviendra, après ma mort, votre pauvre petite famille ? Vous aviez daigné, dans votre bonté, la confier aux soins d’un misérable pécheur; après lui, qui est-ce qui l’encouragera ? qui est-ce qui corrigera ses défauts? qui est-ce qui, enfin, priera pour elle? » En ce moment, un Ange envoyé de Dieu lui apparut et lui dit: k « Je l’assure de la part du Très-Haut, la profession de ton Ordre durera jusqu’au jour du Jugement. Il n'y aura personne, si grand pécheur qu'il soit, qui ne trouve miséricorde devant Dieu, s’il y est sincèrement attaché ; personne non plus qui puisse vivre longtemps, si, par malice, il vient à le persécuter. Enfin, les grands coupables qui y entreraient et qui ne se corrigeraient pas seront bientôt rejetés de son sein. Ne te contriste donc pas si tu vois dans ton Ordre des frères qui n'observent pas la Règle comme ils devraient : ne crois pas, pour cela, qu’il doive s’affaiblir, car il y en aura toujours un grand nombre qui suivront parfaitement la vie évangélique et qui observeront les règles dans toute leur pureté. Ceux-ci, après leur mort, iront droit à la vie éternelle sans passer par les flammes du Purgatoire. Il y en aura d’autres qui suivront aussi cette vie évangélique, mais avec moins de perfection ; ceux-là, avant d'entrer en Paradis, devront se purifier dans le Purga ‘re; mais c’est à toi aue Dieu confiera le soin de régle. - temps de leur expiation. Enfin, pour ceux qui ne tiendront aucun compte de la Règle. je te le dis, de la part de Dieu, ne t'en tourmente pas, car lui-même ne s’en met pas en peine.» À ces mots, l’Ange disparut, et saint François demeura fortifié et consolé.
change, qui commence le jour de cette solennité : donc Frère Léon et lui dit :
frères, tenez.
; et lorsque
«Mon fils, cherchons un
ne puissiez m'entendre
Puis continuant leur recherche
rtie méridionale de la montagne,
et parfaitement disposé selon les
désirs du Saint; mais il fallait, pour Y arriver, traverser l'immense et. effra Cette difficulté n'a
de Dieu, je ment et sans
vous viendrez pain et d'eau; Puis, dans fois vers l'heure de Ma-
196 Considerations sur les Stigmates
tines. Alors vous vous approcherez en silence, et quand vous serez arrivé à la tête du pont vous me crierez : Domine labia mea aperies ; si je vous réponds, vous viendrez jusqu’à ma cellule pour y réciter Matines avec moi ; sinon, retournez aussitôt au couvent.» Saint François l’exigeait ainsi, parce qu’il était quelquefois tellement ravi en Dieu qu'il n'entendait plus rien et qu'il n’éprouvait plus aucune sensation corporelle. Il donna donc sa bénédiction, et ses compagnons se retirèrent.
Le jour de l'Assomption étant arrivé, le Saint commença son Carême; dès lors il se réduisit à une sévère abstinence, macéra rudement son corps, fortifiant en même temps son esprit par de ferventes prières, des disciplines et des veilles. C'était en pratiquant ces saints exercices que, croissant de vertus en vertus, il disposait son âme à recevoir les divins mystères et les divines splendeurs, et son corps à soutenir les violents assauts des démons avec lesquels il avait souvent à combattre sensiblement.
Une fois, entre autres, dans la ferveur qui l’animait, il sortit de sa cellule et se mit en prière près d'un rocher entr'ouvert et qui formait un précipice d’une profondeur effrayante. Tout à coup, au milieu d’un bouleversement et d’un fracas épouvantable, survint le démon sous une forme terrible ; il frappe le Saint et le pousse pour le faire tomber dans l’abîme. Ne voyant aucun moyen d'échapper, et ne pouvant soutenir l'aspect horrible de l'esprit mauvais, saint François se retourne avec précipitation, étreint le rocher de tous ses membres, se recommande à Dieu, et cherche, en tâtonnant, quelque saillie du roc où il puisse s'accrocher. Dieu ne permet jamais que ses serviteurs soient tentés au-dessus de leurs forces ; en ce moment, le
de saint Francois
rocher se creusa miraculeusement sous le corps du Saint, qui s’y enfonça comme dans une cire molle, en y imprimant la forme de son visage et de ses mains @). Et c'est ainsi qu'aidé du secours de Dieu, il parvint à échapper à la fureur du démon.
Quelques années après la mort de saint François, l'esprit infernal renouvela ses tentatives, au même endroit, sur un de ses pieux frères, et pensa devoir être plus heureux. Un jour que ce religieux disposait des pièces de bois sur l’abime, afin qu'on pôt y aller sans danger vénérer la mémoire du Saint et le miracle dont il avait été l'objet, le démon choisit l'instant où il avait sur la tête une de ces pièces qu'il voulait placer, et le poussa dans l'abime avec son fardeau. Mais Dieu, qui n'avait pas permis que le Saint y fût précipité, préserva encore, en faveur de ses mérites, le pieux frère du péril de sa chute. Au moment où il roulait dans le précipice, il se recommanda, plein de confiance et avec de grands cris, à saint François, qui, lui apparaissant aussitôt, le prit et le déposa douce. ment au bas du rocher, sans qu'il eût reçu ni secousse, ni lésion. Cependant, à ses cris, les frères accoururent : déjà ils le croient mort, déchiré par les pointes du rocher; et, tout en pleurs, ils prennent un cercueil, et descendent la montagne pour aller chercher les lambeaux de son corps et les inhumer. Mais quelle n’est pas leur surprise, lorsqu’arrivés au pied de la montagne,ils le rencontrent portant encore sur la tête la pièce de bois avec laquelle il était tombé, et chantant à haute voix le 7e Deum ! Ils n’en pouvaient croire leurs yeux ; mais bientôt tout leur fut
nd 1. Wadding cite 1. n auteur mort dans le quinzième siècle, qui dit que l'on voyait dans le rocher l'impression des poings du Saint. Ad ann. 1224, 0. 8.
198 Considerations sur les Stigmates
expliqué; le frère leur raconta comment saint François
l'avait préservé dans sa chute, et tous ensemble revinrent
au couvent chantant encore le 7e Deum et remerciant Dieu
d’avoir sauvé mira-
culeusement, par
les mérites de leur
saint Père, l’un des
frères de son Ordre.
Saint François
continuaitdonc son
Carême. Au milieu
des fréquents as-
sauts qu'il avait à
essuyer de la part
du démon, souvent
aussi il était favo-
risé des consola-
tions divines et de
l'apparition des
À Anges, et parfois il
était visité par les oiseaux. Ainsi pendant ce Carême, un
faucon, qui avait fait son nid près de sa cellule, venait l'y
trouver toutes les nuits, quelque temps avant Matines, le
réveillait par ses chants et le battement de ses ailes et ne se
retirait qu'après son lever. Le Saint se trouvait-il fatigué
ou souffrant, l'oiseau, en serviteur charitable et discret, se
présentait et chantait plus tard. Un tel réveille-matin plai-
sait beaucoup à saint François ; car, outre que sa sollici-
tude le préservait de toute paresse et l’excitait à l’oraison,
de temps en temps encore dans le cours de la journée, le faucon venait familièrement le trouver.
de saint Francois 199
infinie, -u honheur des Bienh
et il supplia Dieu de lui en
IL priait encore, ndeur, lui apparut un A gauche *
seconde considération,
Bb bb t Et dE bé pt,
Troisième Considération sur les sacrés et saints stig-
US en sommes à la troisième considération, c'est-à-dire à l'apparition séraphique et à l’'im- Pression des sacrés et saints Stigmates.
La fête de la très sainte Croix du mois de septembre approchait, Une nuit, que Frère Léon était parti, à son ordinaire, pour réciter Matines avec saint F: rançois, il arrive à la tête du Pont et crie les parcles d'usage: Domine labia “mea apertes. Le Saint ne répond pas. Le frère avance
200 Gonsiderations sur les Stigmates
cependant en toute simplicité ; il traverse le pont, entre doucement dans la cellule, et n'y trouvant pas saint François, il va droit au bois et l'y cherche, sans bruit, à la clarté de la lune. Bientôt il entend sa voix, il s'approche, et le trouve priant à genoux, les mains et les yeux tournés vers le ciel. « Qui êtes-vous, Ô mon Dieu, mon très doux Seigneur, s'écriait-il brûlant de ferveur ; et qui suis-je, moi ? un véritable vermisseau, votre inutile serviteur.» Et il répétait continuellement ces mêmes paroles. Frère Léon, étonné, lève les yeux, regarde, et il voit descendre du ciel une flamme d'r- - clarté éblouissante qni vint se poser sur la tête du Saint. De cette flamme sortait une voix qui lui parlait; mais Frère Léon ne pouvait distinguer les paroles. A la vue de ce prodige, se croyant indigne de demeurer si près dulieu même où ' «'opérait, craignant d’ailleurs d’affliger saint François ee !: troubler dans sa contemplation, s’il venait à l'apercevoir, le bon frère s'éloigna doucement et se contenta de regarder de loin.
Alors Frère Léon vit le Saint étendre trois fois les mains à la flamme, qui, après s'être arrêtée longtemps sur lui, finit par remonter vers le ciel. Le bon Frère se félicitait de n'avoir pas été remarqué, et déjà il reprenait le chemin de sa cellule, ravi d'avoir pu contempler le prodige ; mais en ce moment, saint François entendit le froissement de ses pieds sur le feuillage, et lui ordonna de s'arrêter. Le frère obéit tout tremblant, et tellement troublé, comme il le racontait ensuite à ses compagnons, qu'il aurait mieux aimé voir la terre s’entr'ouvrir sous ses pieds que d'attendre alors le Saint qu'il croyait avoir mécontenté, C'est qu'en effet, Frère Léon évitait, avec tout le soin possible, ce qui pouvait blesser le saint Père, dans la crainte de se
Rocher de la Stigmatisation à l'Alverne
gné de sa Compagnie, Cependant
saint François le rejoint : — « Qui êtes-vous ? » lui demanda.
t-il, — « Mon Père, répond le frère avec embarras, je suis
+ # — « Pourquoi donc es-tu venu ici? O frère!
ma chère petite brebis, reprit le Saint, ne t'avais-je pas
recominandé de ne Pas observer ainsi mes démarches ? Mais, réponds-moi maintenant,
répéter plusieurs fois : Qui êtes-vous, 6 mon très doux Seigneur ? et moi, qui suis-je ? un misérable vermisseau, votre inutile serviteur, »
Alors, Frère Léon
le pardon Saint de lui expliquer
Prodige qui venait de s'opérer, où d'en avoir révélation, saint François consentit à le satisfaire,
“Vous, Ô mon très doux Sei.
Sneur ?» j'étais dans une lumière de contemplation qui me
faisait découvrir l'abîme de l'infinie bonté, de Ja sagesse et
de la puissance de Dieu. Et quand je disais: « Qui suis-
je? un misérable Vermisseau, » j'étais dans une lumière de
202 Considerations sur les Stigmates
ot PM St 2 Se RS contemplation qui me faisait découvrir la triste profondeur de ma bassesse et de mes misères ; et c'est pourquoi je répétais: «Qui êtes-vous donc, Seigneur, Dieu d'une sagesse et d'une bonté infinies, pour daigner me visiter, moi qui ne suis qu'un misérable et vil insecte?» Dans cette flamme que tu apercevais se trouvait Dieu lui-même ; c'est lui qui me parlait sous cette forme, cumme il avait fait autrefois à Moïse. Il me demandait que je lui fisse trois dons ; et moi je lui répondais: «Mon Seigneur, tout ce que je possède est à vous ; vous le savez bien, je n’ai que ma tunique, ma corde et mes vêtements de dessous ; et encore tout cela vous appartient ; que puis-je donc présenter à Votre Majesté?» Alors Dieu me dit: « Cherche dans ton sein, et offre-moi ce que tu y trouveras.» Aussitôt j'y portai la main et j'y trouvai une petite. boule d’or que j'offris au Seigneur ; et je fis ainsi par trois fois, selon qu'il m'avait été ordonné. Et puis, trois fois aussi, je me prosternai, bénissant Dieu et le remerciant d'avoir bien voulu me donner quelque chose que je pusse lui présenter. En ce moment, une lumière intérieure me fit comprendre que ces trois dons que j'avais faits signifiaient la sainte obéissance, la sublime pauvreté et la splendide chasteté ; vertus que, par la grâce de Dieu, j'ai pratiquées avec tant de fidélité, que ma conscience ne me reproche rien. En même temps que tu me voyais porter la main à mon sein pour offrir les trois vertus signifiées par les boules d’or qui m'avaient été données, le Seigneur m'accordait encore la vertu de louer et d'exalter, de bouche et de cœur, la très sainte bonté qu'il m’a témoignée en me comblant de tant de faveurs et de tant de grâces. Voilà quelles furent les paroles que tu as entendues au moment où tu me vis lever
de saint francois 203 te
les mains Par trois fois. Mais, je te le répète, frère, chère petite brebis, ne viens plus observer ainsi toute mes démarches, retourne à ta cellule avec la bénédiction du ciel et Prends toujours bien soin de me procurer ce qui m'est nécessaire, Oui, car bientôt Dieu doit opérer sur cette montagne des prodiges si grands et si merveilleux que tout le monde en demeurera dans l'étonnement, et que jamais ‘aucune créature n’en aura vu de si extraordinaires. » Saint François apprit, par révélation, qu'en ouvrant par trois fois le livre des Evangiles, Dieu lui ferait connaître les désirs qu'il avait sur lui ; ilse fit donc apporter ce Livre sacré, et, s'étant mis en Prière, au nom de la Très Sainte Trinité, il le fit ouvrir trois fois par Frère Léon. Dieu permit qu'à chaque fois il tombât sur le récit de la Passion de Jésus-Christ. Le Saint comprit par là que, comme il s'était rendu conforme au Sauveur dans les actions de sa vie, il devait encore, avant de mourir, le suivre dans les afflictions et les douleurs de sa Passion. Dès lors, il eut la consolation de goûter et de sentir, avec plus d'abondance, la douceur dela divine contemplation et des célestes apparitions, Un jour, il en reçut une qui devait le Préparer immédiatement à l'impression des sacrés Stigmates. C'était Ja veille de la très sainte Croix du mois de septembre. Au moment où il était seul et en prière dans sa cellule, l’Ange de Dieu lui apparut et lui dit : « De la part du Très-Haut, je viens t'avertir de te disposer, avec humilité et patience, À recevoir ce qu’il lui plaira de t'en- VOyer. » — « Je suis prêt à Supporter avec résignation tout ce qui me viendra de mon Seigneur, » répond t saint François. L'Ange disparut. Le lendemain, jour de la très sainte Croix, le Saint, avant le lever du soleil, se mit en
204 Gonsiderations sur les Stigmates
prière à la porte de sa cellule, tourné vers l'Orient, et il disait : «O mon Sauveur Jésus-Christ! je vous en prie, accordez-moi deux grâces avant ma mort: faites que je ressente, autant qu’il est possible, dans mon âme et dans mon corps, cette douleur que vous avez éprouvée, ô mon doux Seigneur ! à l’heure de votre cruelle Passion ; et puis, que je ressente aussi, autant que le peut une créature, cet amour excessif qui vous embrasait, vous, le Fils de Dieu, et qui vous a porté à souffrir volontiers pour nous, pauvres pécheurs, tant d’horribles tourments. »
Saint François persévéra longtemps dans cette prière, et il connut que Dieu l’exaucerait, et qu'il lui serait donné d’éprouver, autant «qu’il était possible à l’homme, ce qu'il avait souhaité. Dan: cette conviction, il se mit à méditer pieusement sur la Passion du Sauveur et sur son infinie charité ; et, alors, la ferveur de la dévotion s’accroissait si prodigieusement en lui, qu’il demeurait entièrement transformé en Jésus-Christ par l'amour et la compassion. Il était dans l’ardeur de cette divine contemplation, quand soudain, il vit descendre, du haut des cieux, un Séraphin qui avait six ailes éclatantes et toutes de feu. Il se précipitait d’un vol rapide vers lui; et bientôt le Saint put voir, entre ses ailes, la figure d'un homme crucifié, Ses ailes étaient disposées de telle sorte qu'il en avait deux sur la tête, deux autres lui servaient à voler, et les deux dernières lui couvraient tout le corps. A la vue de ce Séraphin, saint François demeura saisi d’étonnement ; une joie mélée de tristesse et de douleur se répandit dans son âme. La douce contemplation du Christ qui lui apparaissait si familièrement et qui daignait jeter sur lui de si tendres regards le remplissait de joie ; mais le douloureux
de saint francois 205
spectacle de son crucifiement le pénétrait de compassion, et il en avait le cœur transpercé comme d’un glaive. Il admirait surtout profondément que l'infirmité des souffrances du Sauveur parût sous la forme d’un Séraphin, sachant bien qu’elle ne s'accorde pas avec l'état de gloire et d’immortalité Mais bientôt le Séraphin lui-même lui apprit que Dieu l'avait permis ainsi, pour lui faire connaître que ce n'était pas Par le martyre de la chair, mais par l’embrasement de l'amour, qu'il devait être transformé tout entier en une parfaite ressemblance avec Jésus-Christ crucifié.
Alors, toute la montagne de l’Alverne parut comme embrasée par une flamme immense et resplendissante, qui s'étendait jusqu'aux montagnes etaux vallées d’alentour. On aurait dit que le soleil était descendu sur la terre. A cette vue, les bergers qui veillaient % dans les campagnes voisines furent remplis d'épouvante, et ils racontèrent plus tard aux frères que cette flamme avait brillé sur la montagne pendant plus d'une heure. Trompés par cette clarté qui pénétrait jusque dans les hôtelleries de la contrée, des muletiers, qui se ren-
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daient en Romagne, croyant que le jour était venu, se levèrent, disposèrent leurs mules et se remirent en route ; ce ne fut qu'après avoir cheminé quelque temps, qu'ils virent la lumière di-paraître et le soleil se lever.
Dans cette apparition séraphique, le Christ lui-même daigna communiquer à saint François des choses secrètes et mystérieuses qu'il ne voulut jamais rapporter pendant sa vie; ce ne fut qu'après sa mort qu'il en fit la révélation. Or, voici quelles furent les paroles du Christ: « Sais-tu, disait-il au Saint, le prodige que je viens d'opérer en toi? Pour que tu sois mon gonfalonier, je t'ai donné les Stigmates qui sont les marques de ma Passion. Et, de même que, le jour de ma mort, je suis descendu aux Limbes, et qu'en vertu de mes plaies, j'en ai retiré toutes les âmes qui s’y trouvaient pour les introduire au Paradis, quand tu auras quitté la terre, tous les ans, le jour de l'anniversaire deta mort, je t’accorde aussi de pouvoir descendre au Purgatoire, et, en vertu des Stigmates, d'en retirer toutes les âmes de tes trois Ordres, des Mineurs, des Sœurs et des Continents, et même de tous les autres qui auront eu pour toi une grande dévotion et que tu trouveras dans ce
lieu d'expiation. Tu les introduiras toi-même au Pa-adis ; et c'est ainsi qu'ap'ès m'avoir été conforme pendant ta vie, tu le seras encore après ta mort.»
Après un long et mystérieux entretien, l’admirable vision disparut, laissant dans le cœur du Saint une ardeur excessive et la flamme de l'amour divin, et sur son corps l'image merveilleuse et les traces de la Passion de Jésus- Christ, Alors ses pieds et ses mains furent transpercés par des clous semblables à ceux qu’il avait vus dans les mains et les pieds du Christ qui venait de lui apparaître. Les
de saint Francois
têtes de ces clous, qui étaient rondes et noires, se trouvaient daus le creux des mains et au-dessus des pieds, et les pointes ressortaient du côté opposé, recourbées et rivées de manière qu'on aurait pü sans peine y passer le doigt comme dans un anneau. Au côté droit du Saint apparut aussi une plaie rouge, comme s’il eût été transpercé d'une lance, et souvent elle jetait un sang sacré qui trempait sa tunique et ce qu’il portait sur les reins. Avant de connaître le prodige dont leur Père avait été l'objet, les frères remarquèrent qu'il ne découvrait plus ni les pieds ni les mains, et qu'il ne pouvait même plus poser à terre la plante des pieds ; ils trouvèrent ensuite, lorsqu'ils voulurent laver ses habits, que sa tunique et son vêtement de dessous étaient couverts de sang, et ces marques leur firent soupçonner dès lors qu'il portait aux mains, aux pieds et au côté, l'image et la ressemblance de Notre-Seigneur Jésus-Chuist crucifié.
Malgré tous les efforts qu'il faisait pour cacher ses sacrées et glorieuses plaies, voyant qu'elles étaient trop manifestes pour n'être pas aperçues par ceux qui l'approchaient plus familièrement, et craignant d'ailleurs de publier indiscrètement les mystères de Dieu, saint François douta s'il devait révéler la vision séraphique et l’impression qu'il avait reçue sur son corps. Dans sa perplexité, il fit appeler quelques-uns des frères avec lesquels il était plus intimement lié, et leur ayant proposé sa difficulté en termes généraux, il demanda leur avis. Parmi les frères qu’il consultait, il s'en trouvait un, d'une grande sainteté, appelé Frère Illuminé ; cet homme, vraiment éclairé de Dieu, jugeant que saint François devait avoir vu quelque merveille, lui dit: « Frère François, sachez que ce n'est pas seulement pour vous, mais pour les autres, que Dieu
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vous découvre quelquefois ses secrets : c'est pourquoi vous devez craindre d’être repris d’avoir caché le talent, si vous ne faites point connaître ce qui doit servir à l'édification de plusieurs.» Touché de ces paroles, le Saint rapporta, avec une grande crainte, à ses compagnons, les détails de l'apparition que nous venons de raconter ; mais il ajouta que Jésus-Christ lui avait dit certaines choses qu'il ne répéterait jamais durant sa vie.
En même temps que les sacrés Stigmates, que le Christ avait imprimés sur lui, remplissaient l'âme de saint François d’une vive joie, son corps en ressentait des douleurs extrêmes. Il se vit obligé de se confier à Frère Léon, celui de ses compagnons dans lequel il reconnaissait plus de simplicité et de pureté ; il ne lui'cacha plus rien, lui laissa voir, toucher et panser ses plaies. Le bon frère faisait tout ce qu'il pouvait pour calmer les douleurs du Saint ; il essuyait le sang qui découlait de ses Stigmates, changeaïit les linges quand les souffrances étaient plus vives ; et même par la suite, tous les jours, excepté depuis L jeudi soir jusqu’au matin du samedi: car saint François ne voulait qu'aucun secours humain vint adoucir les douleurs de la Passion du Christ qu'il ressentait en son corps, dans le temps où le Sauveur avait été, pour notre salut, livré et crucifié, dans le temps où il était demeuré mort et enseveli. Un jour qu'il se faisait détacher les linges sanglants de la plaie du côté, dans la douleur qu'il en ressentit, il fitun mouvement, posa la main sur la poitrine de Frère Léon, et ve frère en ressentit dans son cœur une douceur de dévotion si suave, qu'il pensait tomber évanoui.
Après avoir terminé le carême de saint Michel Archange, saint François fut inspiré de Dieu de retourner à Sainte-
de saint Francois
Marie-des-Anges. 11 fit donc appeler Frère Massée et Frère Ange, leur donna plusieurs avis, et leur recommanda surtout avec toute l'autorité qu’il avait sur eux, de garder soigneusement la sainte montagne de l'Alverne. Il leur annonça que, pour lui, il devait la quitter et retourner à Sainte-Marie-des- Anges avec Frère Léon ; puis, cédant à leurs prières, il leur fit voir, toucher et même baiser ses mains très saintes sur lesquelles étaient imprimés les sacrés Stigmates ; et les ayant bénis, au nom de Jésus crucifié, il descendit de la montagne et les laissa remplis de consola-
nts
Stigmates.
RSQUE le pur et divin amour eut transformé complètement saint François en Dieu aussi ‘ bien qu'en la véritable image de Jésus crucifié,
cet homme évangélique, ayant terminé, en l'honneur de saint Michel Archange, un carême de quarante jours sur l’Alverne, descendit de cette sainte montagne avec Frère Léon. Il se vit encore obligé de recourir alors à l'âne d’un bon paysan ; car, depuis qu'il portait aux pieds les clous sacrés, il ne marchait plus que difficilement. Cependant le bruit de sa sainteté s'était répandu dans tout le pays. Les bergers avaient raconté comment la montagne de l’Alverne leur avait apparu tout enflammée ; et ils assuraient que c'était là une marque certaine que Dieu avait opéré quelque miracle signalé en faveur du Saint! Lors donc qu'il descendit de la montagne, le peuple
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instruit de son passage, s'empressa d'accourir pour le voir : hommes, femmes, vieillards, enfants, tous s’efforçaient de toucher et de baiser ses mains. Saint François ne pouvait résister à de si pres” 1tes instances ; toutefois il enveloppait avec soin, dans les manches de sa tunique, ses mains déjà couvertes de linges, et il ne laissait baiser que l'extrémité de ses doigts. Pendant qu'il prenait ainsi tous les moyens de cacher le mystère de ses plaies sacrées, pour échapper à la gloire des hommes, Dieu résolut d'opérer plusieurs miracles par leur vertu. Il les fit éclater spéciale. . ment dans ce voyage de l'Alverne à Sante-Marie-des- Anges; puis ensuite, pendant la vie et après la mort du Saint, dans les différentes parties du monde. 11 voulait, par des prodiges éclatants et certains, manifester la vertu secrète et merveilleuse des Stigmates de son serviteur, ainsi que l'excessive charité et la miséricorde dont il s'était plu à le favoriser. Nous allons rapporter ici quelques-uns de ces miracles.
Près d'un village situé sur les confins d’Arezzo, une femme vint, toute en pleurs, trouver saint François, lui présenta son fils qu'elle tenait entre ses bras, et le supplia de prier pour lui. Cet enfant, âgé de huit ans, était hydropique depuis quatre ans, et son mal avait déjà pris de si grands accruissements que, lorsqu'il était debout, il ne pouvait plus voir ses pieds (1). A cette vue, touch# de compassion, le Saint se met en prière; et, posant ses mains sur l'enfant, l'enflure disparut aussitô: . : le malade demeura parfaitement guéri. La mère reprit son enfant, toute LPS LS PRPRR SSL PIS PPPPPPPRP PPPPPPPRPRPPRPPAMPPE
1. Ed era si é-conciamente enfato nel ventre, che stande ritte non si potes riguardare à piedi.
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de saint francois zu
transportée de joie, et le reconduisit à sa maison en rendant grâces à Dieu et à saint François ; et depuis, elle se faisait un plaisir de le montrer à ceux de la contrée qui venaient chez elle pour le voir.
Le même jour, saint François passa par le bourg de Saint-Sépulcre. Lorsqu'il fut près de Castello, les habitants de cette ville et ceux des pays d'alentour accoururent à sa rencontre ; un grand nombre portaient à la main des branches d'olivier, et ces cris: « Voici le Saint ! voici le Saint !» retentissaient dans toute la foule. Mais, tandis qu'excité Par la vénération qu'il inspirait, chacun s'empressait confusément autour de lui pour le toucher, le Saint, au milieu d'un si grand tumulte, l'esprit toujours ravi en Dieu par la contemplation, restait complètement indifférent et insen.sible à tout ce qui se faisait ou se disait autour de lui, ne remarquant même pas le pays qu'il traversait, Cette insensibilité fut telle que, revenant à lui, comme d'un autre monde, il demanda, à la porte d’un hôpital de lépreux, et lorsque la foule se fut retirée, si on arriverait bientôt au bourg de Saint-Sépulcre. Ilen était éloigné déjà d’un mille. C'est qu'en effet l'âme de ce contemplateur céleste avait été tellement ravie qu’il n'avait plus éprouvé aucune sensation terrestre, et qu'il n'avait remarqué ni les chemins qu'il avait parcourus, ni le temps qui s'était écoulé, ni les personnes qui s'étaient empressées autour de lui. Ses com- Pagnons virent ce prodige se renouveler plusieurs fois encore.
Arrivé lesoir au couvent de Mont-Casale, saint F rançois Y trouva l'un des frères dans les accès d'une si terrible mala…. die et si horriblement tourmenté, que son état paraissait Plutôt une véritable possession du démon qu’une infirmité
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212 Considerations sur les Stigmates
naturelle. Ce malheureux se jetait quelquefois à terre avec un tremblement effrayant et l'écume à la bouche ; d'autres fois ses nerfs se contractaient, s'étendaient, se repliaient et se tordaient tour à tour ; d'autres fois encore sa tête venait toucher aux pieds, et il s'élançait de toutes ses forces pour retomber ensuite étendu par terre. Le Saint prenait son repas quand il entendit parler de ce frère si misérablement attaqué d'une maladie que l’on disait sans remède. Il en fut vivement touché; il prend alors un morceau du pain qu'il mangeait,le bénit, avec ses saintes mains stigmatisées, par un signe de croix, et l'envoie au malade, Ce frère le mangea et se trouva parfaitement guéri, sans que jamais depuis il se ressentit du même mal.
Le lendemain, dèsle matin, saint François fit partir deux de ses frères de Mont-Casale pour aller habiter l’Alverne, et avec eux, il renvoya le paysan quüi lui avait prêté son âne et qui l'avait suivi jusqu'au couvent. Les deux frères se inirent aussitôt en route. Lorsqu'ils furent sur les terres du comté d’Arezzo, quelques habitants qui les aperçurent de loin, croyant que le Saint se trouvait avec eux, en éprouvèrent une grande joie. Une femme du comté qui était en mal d'enfant depuis trois jours était sur le point d’expirer, et l’on espérait une prompte délivrance si le saint était là pour lui imposer les mains. Mais bientôt on s’aperçut avec douleur qu'on s'était trompé. Toutefois la vertu de saint François vint suppléer à sa présence et répondre à la confiance des habitants d’Arezzo. Au moment où la femme expirante laissait déjà voir la mort sur ses traits, les frères demandèrent quelque objet touché par le Saint ; ils cherchèrent eux-mêmes, et ne trouvant que la bride de l'âne sur lequel il était revenu de l’Alverne,
Dès qu’on y fut insune foule d'habitants accoururent audevant de lui et chacun le suppliait de délivrer une femme depuis longtemps Possédée du démon, et qui, par ses hurlements plaintifs, ses cris affreux'et ses aboiements, jetait le trouble dans toute la contrée. Saint François se mit en Prière, et faisant le signe de la croix sur la possédée, il commanda au démon de se retirer. L'esprit malin disparut, et la femme demeura Parfaitement saine de corps et d'esprit. Lorsque le bruit de ce miracle se fut répandu dans le peuple, une autre femme, animée d'une grande confiance, vint aussi trouver le Saint, lui présentant son fils qu’une plaie dangereuse avait réduit à un état de grave maladie, et elle le priait de faire sur lui le signe de Ja croix. Touché de sa foi, saint François prend l'enfant, retire les linges qui couvraient la plaie, la bénit en Y faisant trois fois le signe de la croix ; puis, de ses Propres mains, il remet les € malade à sa mére. I] était soir, cette femme mit son enfant au lit, et quand le lendemain elle revint le trouver, elle le vit débarrassé de ses linges, et aussi parfaitement guéri que s’il n'avait jamais eu aucun mal. Seulement, à l'endroit de la Plaie, s'était élevée, plutôt comme un témoignage du miracle que comme un reste de sa maladie, une excroissance de chair qui avait la vermeille. L'enfant la Conserva toute sa
214 Considerations sur les Stigmates
vie; et,en la voyant, il sentait sa dévotion se renouveler pour le Saint qui l'avait guéri.
Cédant aux pieuses instances des habitants de Castello, saint François consentit à demeurer un mois au milieu d'eux ; et il opéra beaucoup d’autres miracles. Ensuite il partit pour Sainte-Marie-des-Anges avec Frère Léon et un bon paysan qui lui prêtait son âne. Un jour qu'ils avaient eu à parcourir des chemins fort mauvais, et par un froid très rigoureux, il leur fut impossible de gagner le soir aucun endroit où ils pussent se reposer, et ils se virent contraints de se retirer dans le creux d’un rocher pour s’y abriter contre la neige et y passer la nuit. Le paysan, qui était mal couvertet qui ne trouvait rien pour faire du feu, sentait vivement le froid et ne pouvait dormir ; déjà il commençait à se désoler, à se plaindre et même à murmurer contre saint François qui l'avait engagé dans une si pénible situation. Le Saint fut touché des plaintes de ce pauvre homme ; dans sa ferveur, il étendit sur lui ses mains embrasées et percées par le feu du Séraphin. O merveille ! à peine le paysan eut-il été touché, que loin de ressentir encore le froid, aussitôt il éprouva à l’intérieur et à l’extérieur une chaleur aussi vive que s'il avait été à l'ouverture d’une fournaise ardente. Ainsi ranimé, il prit tranquille. ment son sommeil ; et il rapporta lui-même que le repos qu’il avait pris cette nuit au milieu des rochers et exposé à la neige avait été si paisible et si doux, que jamais il n'avait si bien dormi dans son lit. Le lendemain, les voyageurs poursuivirent leur route pour Sainte-Marie-des- Anges.
Lorsqu'ils furent près d'y arriver, Frère Léon, levant les yeux, aperçut dans la direction du couvent une croix magnifique qui portait la figure de Jésus crucifié. Cette
de saint francois.
croix qui suivait exactement tous les mouvements du Saint brillait d’une si vive splendeur, qu'elle éclairait non seulement son visage, mais encore tout le chemin où il se trouvait. Elle ne disparut qu'au moment où il entra à Sainte Marie-des-Anges. Ce fut avec une joie pleine d’affection que les frères le reçurent, lui et son compagnon, et dès lors ils eurent la consolation de le posséder presque toujours au milieu d'eux jusqu’à sa mort.
Quoique l'humble saint François employât tous les moyens pour cacher aux hommes les grâces et les faveurs dont Dieu le comblait, quoiqu'il se considérât toujours comme le plus grand des Pécheurs, le bruit de sa sainteté se répandait de plus en plus dans son Ordre et dans le monde entier. Frère J.4on ne Pouvait comprendre une humilité si parfaite, et il se disait un jour dans sa simplicité: « Voici un homme qui fait l'admiration de tout son Ordre, Dieu le comble des plus insignes faveurs, et il dit à tout le monde qu'il est le plus grand des pécheurs, Cependant jamais il ne s'accuse de péchés contre la sainte vertu. . .aureit-il donc conservé son innocence première ?» Et dès lors le bon frère éprouva un vif désir 4e savoir la vérité sur ce point. N'osant en parler au Sai.: lui-même, il eut récours à Dieu et le pria de lui faire connaître ce qu’il souhaitait avec tant d'ardeur. En faveur de sa per- Sévérance dans la Prière et des mérites de saint François, ses vœux furent exaucés et une vision vint l’assurer que le Saint avait vraiment conservé sa première innocence, Dans cette vision, Frère Léon aperçut saint François sur le sommet d'une montagne très élevée et inaccessible ; et il lui fut révélé que cette prodigieuse hauteur signifiait, en son bicnheureux Père, l'excellence de la virginité. qui
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convenait si bien à un corps qui devait être honoré des sacrés et saints Stigmates de Jésus-Christ.
Cependant, voyant que, par suite de ses plaies, ses forces diminuaient de jour en jour, et qu'il allait devenir incapable de diriger son Ordre, le Saint‘ se hâta de convoquer un Chapitre général. Lorsqu'il le vit rassemblé, il s'excusa humblement, en présence des frères, sur limpuissance où il se trouvait de se charger désormais comme Général du gouvernement de son Institut. Il ajouta qu'il ne renonçait cependant pas encore à son titre, parce que l'ayant reçu du Pape lui-même, il ne dépendait pas de lui de le déposer sans sa permission expresse ; mais il établit comme son Vicaire Frère Pierre de Catane, et lui recommanda, à lui et aux Ministres Provinciaux, de donner à l'Ordre leurs soins les plus vigilants. Alors fortifié en esprit, et levant les mains et les yeux au ciel, il s'écria : a C'est à vous, à Dieu, mon Seigneur ! c'est à vous que je recommande cette famille qui est la vôtre et que vous m'avez confiée. Vous le savez, ô mon très-doux Sauveur! infirme comme je le suis, je ne puis plus maintenant en porter moi-même tout le fardeau. Je la recommande aussi aux Ministres Provinciaux ; si, par leur négligence, leurs mauvais exemples ou leur dureté, un seul frère venait'à se perdre, qu’ils en répondent devant vous au jour du jrgement, & mon Seigneur. » En ce moment, Dieu permit que tous les frères qui assistaient au Chapitre cmprissent que les sacrés et saints Stigmates étaient l'infirmité dont parlait leur saint Père, et tous versaient des larmes d’attendrissement.
Dès lors saint François se reposa sur son Vicaire et les Ministres Provinciaux du gouvernement de son Institut, et il disait : « Maintenant que mes infirmités m'ont obligé
de saint Francois
de renoncer à l’administraion de l'Ordre, il ne me reste Plus qu'à prier Pour sa prospérité et à donner le bon exemple à mes frères. Je suis certain d’ailleurs que si Dieu me rendait la santé, le plus grand service que je pourrais rendre à notre religion, ce serait encore de supplier la divine bonté de la défendre, de la Souverner et de la Conserver. »
avons déjà dit,
sacrés et saints
er avec un plus grand soin Ja plaie du côté, il ne Pouvait cependant empêcher que bien des frères ne remarquassent et même ne touchassent ces glorieuses cicatrices. Ainsi, un fière qui le servait l'ayant un jour prié, Par une pieuse ruse, de retirer sa tunique Pour en secouer la Poussière, pendant que le Saint s'en dépouillait, il eut le loisir de remarquer la plaie du côté ; ilse hâta même d'y porter la main, la toucha de trois doigts, et put ainsi mesurer sa largeur. Peu de temps après, Frère Pierre de Catane se servit aussi de ce moyen Pour voir cette plaie. Mais Frère Rufin fut celui de tous qui put le mieux s'assurer de l'existence des sacrés Stigmates. Ce frère était d’une haute contemplation, et c'est
ane = RSR Sp Se
Custode des Capucins de Norwandie, as.
il e le 7 juin 1726, de Lorette, cette
après qu'il eut
218 Considerations sur les Stigmates
de lui quesaint François disait qu’il n'y avait point d'homme plus saint au monde ; aussi avait-il pour lui une affection toute particulière, et il ne savait rien lui refuser. Frère Rufinse convainquit de trois manières de la réalité des plaies du Saint.
Le séraphique Père portait sur les reins un vêtement qui montait assez haut pour couvrir la plaie du côté. Lorsque Frère Rufin le lavait, il l'examinait avec soin, et toujours il trouvait toute sanglante la partie qui posait sur le côté, signe manifeste de la plaie qui s'y trouvait. Quand saint François s’apercevait que le Frère examinait ainsi son vêtement, il le reprenait doucement de sa curiosité. Le second moyen qu'employa Frère: Rufin pour se convaincre fut, un jour, d’enfoncer les doigts dans la plaie du côté ; le Saint en ressentit une si vive douleur qu'il ne put s'empêcher de s'écrier:« O Frère Rufin! Dieu vous pardonne le mal que vous venez de me faire éprouver ! » Enfin, un jour que ce frère priait instamment Saint François d'échanger sa tunique contre la sienne, le bon Père, quoiqu'un peu malgré lui, consentit à le satisfaire, et pendant qu'il retirait son vêtement pour prendre l’autre, Frère Rufn eut encore le temps d'examiner parfaitement la plaie du côté.
Frère Léon, lui aussi, et plusieurs autres Frères eurent la consolation de voir les sacrés Stigmates de saint François pendant sa vie. Toutefois, malgré leur sainteté et la confiance que méritaient leurs paroles simples et sans art, pour donner une certitude entière de ce qu’ils rapportaient, ils en firent le serment sur le saint livre des Évangiles. Plusieurs cardinaux, qui étaient dans l'intimité du Saint, virent aussi ses Stigmates, et ils composèrent de pieuses Hymnes, des Antiennes et des Proses en témoignage de
de saint Francois 219 ne, leur respect Pour ces signes sacrés, Le Pape Alexandre lui-
même, préchant devant un auditoire où se trouvaient tous les cardinaux, et Parmi eux le saint Frère Bonaventure, affirma qu'il avait vu, de ses propres yeux, les plaies de saint François lorsqu'il vivait encore. Jacoba de Settensoli G) l'une des dames romaines les plus distinguées de son temps et qui avait pour le Saint une grande dévotion, eut aussi la consolation de voir ses Stigmates pendant sa vie, et de les baiser après sa mort. Instruite par une révélation, que saint François était sur le Point de mourir, elle se hâta, comme nous le raconterons tout à l'heure, de venir à Assise pour le voir une dernière fois.
Quelques jours avant sa mort, le Saint se trouvait à Assise, au palais de l'évêque, avee quelques-uns de ses compagnons, et là, malgré les infirmités dont il était accablé, souvent il chantait les louanges de Jésus-Christ. Un jour, un de ses frères lui dit : « Père, vous le savez, les habitants de cette ville ont une grande confiance en vous, ils vous regardent comme un saint ; afin donc de ne pas leur donner occasion de croire qu’ils se sont trompés, vous devriez maintenant penser à la mort et pleurer, bien loin de chanter ; car enfin vous êtes dangereusement malade, et sachez bien que vos chants et ceux que vous nous commandez sont entendus par les gens du palais et par les hommes armés qui se trouvent au dehors pour vous
= PSS esse.
1. Wadding, ‘n'ayant pas trouvé de trace d’une famille de ce nom, croit que la dame était ainsi nommée du quartier de Rome, où elle demeurait que Baronius dit que ce lieu était entre
rus : et qu'il y avait Jà plusieurs rargs
sept trônes qui paraissaient comme
Considerations sur les Stigmates
der (1) : veillez donc à ne pas leur donner mauvais exemple. Pour moi, ajouta le frère, je crois que nous ferions bien de retourner à Sainte: Marie-des- Anges ; nous ne sommes pas convenablement dans ce palais, ily a trop de séculiers autour de nous. » — «Mon bien-aimé frère, répondit saint François, vous savez qu'il y a deux ans, lorsque nous étions à Foligno, Dieu vous a fait connaître le moment de ma mort ; il m'a révélé encore, il y a quelques jours, que je devais mourir de la maladie dont je suis atteint maintenant, et dans cette révélation, il m'a donné l'assurance de la rémission de tous mes péchés et de la béatitude au paradis. Jusque-là, je pleurais à la pensée de la mort et de mes fautes ; mais depuis, je suis inondé de joie et je n’ai plus de larmes à verser. Je chante donc et je chanterai toujours ce Dieu qui m'a comblé de ses grâces, et qui m'a donné la certitude du bonheur et de la gloire des cieux. Cependant je consens volontiers à quitter ce palais ; mais cherchez le moyen de me transporter ; car, infirme comme je le suis, je me sens incapable de marcher. »
Aussitôt les frères prirent dans leurs bras leur saint Père et l'emportèrent, et une foule d'habitants d'Assise les accompagnait. Lorsqu'il se vit près d’un hôpital qui se trouvait sur le chemin, saint François pria ceux qui le portaient de le déposer à terre et de le tourner vers la ville. Alors il appela sur Assise une grande abondance de bénédictions : « Soyez bénie du Seigneur Dieu, cité sainte, s’écriait-il, soyez bénie parce que beaucoup d’âmes seront
PPPPPPPE SRE SSSR
1. Dès qu'on sut, dans Assise, que le saint homme était près de mourir,
les magistrats mirent des gardes autour du palais épiscopal, avec ordre de
faire une exacte sentinelle nuit et jour, de peur qu’on n’enlevât son corps dès qu'it aurait expiré et que la ville ne fût privée d’un trésor si précieux.
de saint Francois 221
sauvées en vous et Par Vous ; un grand nombre de serviteurs du Très-Haut demeureront dans l'enceinte de vos murailles, et, du nombre de vos citoyens; beaucoup seront choisis pour le royaume de la vie éternelle. » Ayant dit ces mots, le Saint ordonna de continuer la marche, et l'on arriva bientôt à Sainte-Marie-des- Anges, Lorsqu'il eut été conduit à l'infirmerie, il fit appeler un de ses compagnons et lui dit: « Mon cher frère, Dieu m'a révélé Je jour de cette maladie où je dois mourir ; Vous connaissez le dévouement dela dame Jacoba de Settensoli pour notre Ordre ; Vous savez aussi quels seraient ses regrets si ma mort arrivait sans qu'elle y fût présente ; faites-lui donc savoir que, si elle veut me trouver encore en vie, elle se hâte d’ar-
river ici.» — « Père, répon-
dit le Frère, vous dites
bien : cette dame a pour Vous une si grande vénération, qu'il est vraiment convenable qu'elle assiste à vos derniers moments. »
— « Allez donc,
reprit saint
François, appor- |
tez-n.… le l'en.
cre, du papier
et une plume, et
vous écrirez ce —
Que je vais vous dicter.» Le frère obéit, et le Saint lui dicta la lettre suivante :
222 Considerations sur es Stigmates
« À la dame Jacoba, servante du Très-Haut, Frère François, pauvre petit serviteur de Jésus-Christ : salut et communication du Saint-Esprit en Jésus-Christ Notre-Seigneur.
« Sachez, ma bien chère sœur, que le Christ à jamais béni m'a fait la grâce de me révéler le terme de ma vie, qui doit arriver bientôt : c'est pourquoi, si vous voulez me voir encore, partez dès que vous aurez reçu cette lettre et hâtez-vous d'arriver à Sainte. Marie-des-Anges. Apportez avec vous de l'étoffe, ou plutôt un cilice pour ensevelir mon corps et de la cire pour mon enterrement. Je vous prie aussi d'apporter de ces pâtes que vous me faisiez prendre à Rome quand j'étais malade... »
En ce moment, le Saint ayant connu par révélation que la dame Jacoba venait le trouver, qu'elle était déjà près du couvent et qu'elle apportait tous les objets qu'il lui demandait, il dit au frère de ne plus écrire et de mettre sa lettre de côté, parce qu'elle n'était plus nécessaire, Chacun s'étonnait de cette conduite : mais voici qu'un instant après on entend frapper vivement à la porte ;. saint François envoie le portier ; on ouvre: c'était la dame de Settensoli elle-même qui arrivait avec deux de ses fils, Sénateurs de Rome, et une nombreuse escorte d'hommes à cheval. On les fit entrer, et la dame Jacoba se rendit droit à l'infirmerie pour y voir saint François : sa joie fut extrême lorsqu'elle le trouva vivant encore et qu'elle put lui parler ; et le Saint lui-même, en la voyant, ressentit une grande consolation. La pieuse dame lui raconta comment Dieu, au moment où elle était en prière à Rome, lui avait révélé qu'il touchait au terme de sa vie et qu’il devait lui demander les. objets qu'elle avait apportés. Puis elle lui
de saint Francois see = présenta les pâtes qu'il avait souhaitées, et le Saint se sentit fortifié lorsqu'il les eut prises, Après cela, la dame de Settensoli tombe à genoux près de lui, saisit avec un saint empressement ses pieds ornés des Stigmates du Christ, les baise avec respect et les arrose de ses larmes. A ce tou. Chant spectacle, les frères croyaient voir Madeleine aux pieds de Jésus-Christ, et ils ne pouvaient arracher la pieuse ‘ dame des pieds de leur Père. Enfin, lorsque sa dévotion eut été pleinement satisfaite, ils la tirèrent à l'écart et lui demandèrent comment elle avait pu venir si à propos et munie de tout ce qui était nécessaire à saint François. La dame répondit qu'au moment où elle était en prière à Rome, une nuit, elle entendit une voix du ciel qui lui dit : « Si tu veux encore voir le Saint, hâte-toi de partir pour Assise ; porte ce que tu as coutume de lui Présenter quand ilest malade et tout ce qui est nécessaire Pour sa sépul. ture,» Voilà ce qui m'a été prescrit, ajouta la dame, et j'ai aussitôt obéi. Jacoba resta dans le couvent jusqu'à la mort de saint François ; elle rendit ensuite, elle et tous ceux qui l'accompagnaient, les plus grands honneurs à sa sépulture, et voulut faire elle-même toutes les dépenses nécessaires en cette circonstance. Puis elle revint à Rome, où elle mourut peu de temps après en odeur de sainteté, Par dévotion pour le Saint, cette noble dame, avant sa mort, avait demandé qu'on la transportât et qu’on l'inhumât à Sainte-Marie-des-Anges ; ses dernières volontés furent remplies (1).
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1. Elle mourut l'an 1230, et fut enterrée à Assise, dans l'église bâtie en l'honneur de saint François. Ses deux fils y eurent aussi leur sépulture. Wadding, ad ann. 1235, n. 24, et ad ann. 1239, n. 14.
Considerations sur les Stigmates
Comment le chevalier Jérôme vit et toucha les plaies de saint François, auxquelles il ne croyait pas auparavant.
APRES la mort de saint François, la dame de Settensoli, ses fils et les gens de sa suite ne furent pas les seuls qui virent et baisèrent ses sacrés et glorieux Stigmates ; un grand nombre d'habitants d'Assise eurent aussi cette consolation. Parmi eux, se trouvait un chevalier de grande réputation appelé Jérôme, Cet homme, comme saint Thomas à l'égard de Jésus-Christ, avait jusque-là refusé de croire aux plaies du Saint. Pour s'en assurer et pouvoir en assurer les autres, il se permit un jour, en présence des frères et des séculiers qui se trouvaient près du corps du bienheureux, d'agiter les clous des mains et des pieds et de palper la plaie du côté. Depuis, il devint un témoin constant de la réalité des Stigmates, jurant même sur le Livre sacré qu'il les avait vus et touchés. Sainte Claire et ses sœurs, s'étant rendues à Assise pour les obsèques de saint François, eurent aussi le bonheur de voir et de baiser ses glorieuses et sacrées plaies.
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Du jour et de l'année de la mort de saint François.
E glorieux confesseur du Christ, saint François, passa
de cette vie à la gloire des Bienheureux en l'an de Notre-Seigneur 1226, le samedi 4 Octobre, et il fut inhumé le dimanche suivant. Il était alors dans la quarante-cinquième année de son âge, dans la vingtième de sa conversion c’est-à-dire du temps où il était entré dans les voies de la pénitence, et il y avait deux ans qu'il avait reçu l'impression des sacrés et saints Stigmates.
de saint Francois 223
De la canonisation de saint François
al T François fut ensuite inscrit au nombre des
saints en l'an 1228, par le pape Grégoire IX, qui vint lui-même à Assise Pour la solennité de cette Canonisation. Voilà ce qui regarde la quatrième considération.