‹ Fioretti, petites fleurs de S. François d'Assise [microforme]Chapitre 9 sur 75 · Sermon sur l'Exaltation de la sainte Croix · texte numérisé non relu

Sermon sur l'Exaltation de la sainte Croix

Sntroduction

Jésus-Curisr crucifié, voilà donc le terme de toutes les œuvres de Dieu, Mais Jésus-Cuusr, dit l'Apôtre, c'est le Verbe abrégé ; il faut le développer, le commenter : or, c'est à l'Eglise qu'est confiée cette mission, et c’est Par le moyen de ses saints qu’elle y parvient, Une foule d’intelligences sont arrêtées en présence de ces développements et de ces Commentaires ; dans l'impuissance où elles voient de les pénétrer, elles blasphè.

elles accusent d’incohérence et d’abus dignes de leur respect ; mais c’est d'abord le texte fon u'une énigme impé.

qui sont allés demander humau pied de la croix, un rayon d'en haut des- Cend sur eux, et tout leur Paraît esprit et vie, C'est donc à cette Clarté que nous devons étudier François d'Assise :

volonté, faire 3; il y met six jours, et il se re v98e le septième, Aussi bien, pouvait.il donner tout d’abord À vive splendeur : mais il veut encore suivre ils’

aussi,

passé ï rentes phases que traversent les autres sociétés humaines, L'Eglise a commencé Par l'enfance ; et, elle a vu son berceau nager dans le sang ; librement son radieux étendard, et la croix

zième siècle,

doute,

vaisseau qui la por

des tempêtes, Pressaient semblaient présag ieu des élans et des transpor:s les hommes qui composaient alors la s nt peut-être oublier leur

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sublime origine. Possesseurs assurés d'une indépendance qui leur avait coûté si cher dans les premiers temps, ils semblaient s'y complaire ; ils étaient impatients d'en faire usage et d’en jouir dans toute sa plénitude. Déjà le travail s’opérait en eux, on les voyait tressaillir et s'agiter. . . Mais non, Dieu voulait épargner cette épreuve à son Eglise ; voici que les Bernard, les François d'Assise et les Dominique se lèvent au milieu des peuples ; des milliers de prodiges attestent leur sainteté 3 leur voix puissante retentit par tout le monde ; et le vaisseau de l'Eglise vogue plus majestueux que jamais ; et, dans son sein, la justice et la paix se confondent plus étroitement encore dans leurs mutuels embrassements. *

Parmi les hommes que Dieu daigna susciter alors pour opérer cette réaction, saint François d'Assise apparaît chargé d’une mission plus spéciale et plus imposante : c'était lui qui devait rénouveler avec éclat, à la face du monde, le mystère de sa rédemption ; et voilà la raison et l'explication de tous ses prodiges. Et, en effet, que voyons-nous dans sa vie ainsi que dans celle de ses Piemiers compagnons ? Ce que le monde avait vu, onze siècles auparavant, dans la personne de Jésus-CHrisr et de ses Apôtres : l’homme affranchi des liens de la nature, l’homme pénétrant dans les secrets mystérieux de la nature, l’homme, enfin, dominant la nature et la ramenant à Dieu ; et tout cela, par le seul moyen de la croix.

François d'Assise a saisi dans ses bras la croix de son Maitre : il la presse amoureusement sur son cœur et ne veut pas d’autre partage ; dès lors, tout le reste lui devient étranger. Il voit autour de lui la foule insensée des voluptueux qui s’enivrent à la coupe des plaisirs sensuels, et qui ne trouvent au fond que la déception et le remords ; il voit des hommes avides qui s’épuisent pour amasser des richesses dont ils se font les esclaves quand iis ont pu se les procurer ; il voit enfin les ambitieux qui poursuivent, avec une incroyableactivité, un fantôme de gloire quileur échappe dès qu’ils croient l'avoir saisi. A ce spectacle, il lève les yeux et jette un regard sur sa croix ; il voit JÉsus-CHrisr devenu le Rédempteur du monde par l’effusion de son sang ; il voit un Dieu pauvre, triomphant de tous les riches de la terre ; il voit le Sauveur couronné d’épines, abreuvé de moqueries et d’outrages ;

Pour châtier et

3 il foule aux pieds unique héritage ;

; et, comme l’Apé.

Sa Sagesse et sa puis-

&ence de la nature, la fin générale de to Plus, dans tous les <s moyens établis pour arrinature, se coordonne et s’harilleux, tout s'explique, et la devient un emblème et porte sa signification.

Aussi, voyez F\ rançois d'Assise, cet amant passionné de la croix 5 c'est Jésus, son bien-aimé Jésus, qu'il voit Partout et toujours. Il s’en va Parcourant les forêts, il l'appelle, il le demande aux arbres eux-mêmes, en les serrant dans ses bras. Et puis, rien n’est plus étranger pour lui dans la nature; les oiseaux, ce sont ses petits frères ; le soleil, c’est son frère aussi, Et certes il disait vrai, cet homme de Dieu, car enfin, c’est bien aussi pour glorifier le Maître du monde que les animaux et les astres ont été tirés

; et, malgré l’infériorité de leur nature sur celle de l’homme, ils n’en sont Pas moins associés à lui pour former, en l'honneur de leur Commun Auteur, un concert d’adoration et d'amour.

Enfin, un troisième privilège que saint François d'Assise trouva dans la croix, c’est la domination sur la nature, Lorsque Jésus, Pendant sa vie, commandait aux éléments, enchaînait les tempétes, affermissait les flots sous ses pas, et qu’il voyait ses disciples demeurer saisis d’étonnement, il leur reprochait !-ur peu de foi et les assurait qu'ils n’avaient qu’à croire en lui Pour opérer des choses plus merveilleuses encore. Et, en effet, voici qu'après plus de onze cents ans, un pauvre moine s’abandonne à lui sans

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partage, ne recherchant, comme lui, que les souffrances et les ignominies de la croix ; et la nature lui devient soumise. Il avait dit au Seigneur avec le Psalmiste : « Me voici, mon Dieu, pour faire votre volonté (1) ;» et Dieu lui donne le change ; il se met luimême à son service, lui promettant de faire la volonté de ceux qui le craignent (2),et lui disant avec une bonté toute paternelle : « Mon fils, vous avez toujours été avec moi, tout ce qui est à moi vous appartient (3). »: Qu'on ne cherche pas ailleurs le secret de . la puissance merveilleuse de saint François sur les créatures : l'arme puissante, la seule arme dont il se soit servi pour dompter la nature, c’est la croix ; et, pour que personne ne s'y méprenne, c’est presque toujours en vertu du signe de la croix qu'il vpèr ses prodiges. :

Et maintenant, pour ceux que ces raisons ne convaincraient pas encore, il nous reste une dernière réponse, un dernier mot, etce mot devrait être compris, c? s'adresse au cœur. Vous me demandez la raison de cet attrai, «cessif pour l’abnégation et la pauvreté, de ces épanchements affectueux à la vue des beautés de la nature, et de cette domination sur les êtres créés ; et moi je vous réponds qu’elle se trouve dans l'amour divin qui dominait le cœur de saint François d’Assise, L'amour divin, ah ! nos âmes froides et languissantes sont loin de comprendre tout ce qu'il a de puissant et de suave ; mais ils le sentaient bien, ces hommes qui pensaient voir les liens de leurs corps se dissoudre par l’ardeur et limpétuosité des flammes qui les consumaient. C'était cet amour qui faisait oublier à notre Bienheureux les souffrances auxquelles il s’astreignait ; car il n’y a plus de peine quand on aime, «Sitôt que quelque rayon de cette première beauté commence à paraître sur nous, dit saint Basile, notre esprit, transporté par une ravissante douceur, perd aussitôt la mémoire de toutes ses autres occupations ; il oublie toutes les nécessités de la vie. Nous aimons tellement cet amour bienheureux et céleste, que nous ne pou as plus sentir d’autres flam-

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