‹ Five o'clock tea; dialogue pour l'enfanceChapitre 1 sur 2 · LUGE, MARIE · texte numérisé non relu

LUGE, MARIE

LUGE, entrant, allant saluer sa poupée.

Bonjour 1 c'est moi! Pardon! je suis tout essoufflée!

Elle s'assied sur le canapé, à gauche des poupées. Je viens du Bon Marché; Dieu! quel horrible temps!

MARIE, entrant, s'adressant aux poupées et à Luce.

Bonjour, chère! Bonjour, Luce! quelle journée! Vraiment, je n'en puis plus!

Elle s'assied à droite des poupées.

J'arrive du Printemps\

C KIVK O CLOCK TKA

Vous iiiinez le Printemps?

MARIE

Un magasin modèle, Ma chère, on ouvre tout, on fait tout déplier Et on n'achète pas, si l'on veut. Pleins de zèle, Les commissont charmants, puis, c'est dans mon quartier.

LUGE

Jo vais au Bon Marché, moi, c'est la môme chose.

MARIE

Chacun son goût!

C'est vrai!

MARIK

Qu'avez-vous acheté ;'

LUGE

Une robe! Un bijou! C'est une étoffe rose

Et qui fera fureur, à coup sûr, cet été.

On se l'arrache! — Mais c'est cher! Je me ruine!

MARIE

Moi, j'ai pour mes Ijùbés pris de la grenadine, C'est simple, c'est léger, et puis très bien porté!

LUGI-:, à la poupée qui est près d'elle. Comme nous, avez-vous fait des achats, maduiiie.^

FIVE O'CLOGK TEA

Non?... Car vous êtes sage et vous avez raison. Vous ne vous laissez pas prendre par la réclame Et vous savez tenir très bien votre maison. Vous dites?... Un gâteau f... Ma foi, je vous avoue Que je meurs de faim, j'accepte avec plaisir.

Elle se lève et se regarde dans la glace en passant, et ensuite elle prend dans sa poche une bonbonnière de poudre de riz et s'en sert.

Ah! remettons un peu de poudre sur ma jouel C'est cela!... Moi, le froid me fait toujours rougir!

A Marie.

Accompagnez-moi donc, Marie?

Marie se lève et la suit au ga éridon. — Ah! de la crème!

C'est divin! Ces nougats sont-ils assez tentants? Et ce flan? — Les gâteaux! d'abord moi, je les aime A m'en faire mourir!... mais je m'arrête à temps I

MARIE, s'asseyant.

Tant mieux !

LUGE, assise et mangeant des gâteaux.

Un jour, avec mon grand cousin Emile, Nous avons parié d'en manger chacun dix. Dix! des gros! j'ai gagné! —J'en aurais mangé mille! Mon cousin n'est pas allé au delà de six; Encore le dernier, c'était vraiment comique De le voir s'escrimer dessus ab hoc, ab hac!

FIVK O'CLOGK TEA

Si c'est ainsi que l'on mange à Polytechnique, Nos généraux futurs ont bien piètre estomac!...

MARIE

Nos généraux futurs, je les en félicite, Ont l'estomac moins grand que le cœur!

LUGE

Sur ma foi, Un solide mangeur a pour moi du mérite I

MARIE

Un grand cœur a bien plus de mérite pour moi!

LUGE, offrant des gâteaux.

Encore un "^

MARIE

Non ! merci, je n'ai plus faim, ma chère ! Vivement, avec répugnance.

Ah! ces gâteaux!

LUGE

Quoi donci

MARIE

Rien.

LUGE

A quoi pensez-vous?

FIVE O'GLOGK TE A

MARIE

Te pense aux malheureux qui font si maigre chère! Tandis que le bien-être existe autour de nous.

LUGE

Que voulez-vous? Chacun ne peut pas être riche.

MARIE

C'est vrai ( Mais je voudrais alors que l'homme heureux Envers les pauvres gens ne fût pas aussi chiche, Et que sa large part fût séparée en deux.

LUGE

Vous voudriez alors que ma femme de chambre Comme moi prît son thé, dépensât comme moi, Eût comme moi son linge avec un parfum d'ambre Et fit...

MARIE, l'interrompant.

Vous vous moquez, Lucette, je le voi ! Non ! Mais je vais parfois, avec ma bonne mère. Dans les taudis, sans air l'été, — l'hiver sans feu; J'y vois de pauvres gens flétris par la misère Sans forces, sans espoir, attendant tout de Dieu !

LUGE

Ce n'est pas gai f

MARIE

C'est vrai ! Pourtant quelle est ma joie»

Quand après un secours donné discrètement,

J'aperçois tout à coup leur œil sec qui se noie

De larmes, quand j'entends leur doux remerciement,

Quand je vois se nourrir la famille affamée,

— La mère ayant servi tout d'abord chaque enfant

Et quand ensuite, — après la porte refermée,

Ma mère sur moi jette un regard triomphant!

LUGE, cessant de manger.

J'ignore ce bonheur, moi qui n'ai pas de mèrel

MARIE

Mais venez un beau jour avec moi !

LUGE

Je n'ai pas le cœur dur, croyez-le.

MARIE

Prenons jour, voulez-vous?

LUGE

Nous verrons

Je l'espère!

Une farce 1

Qu'est-ce que nous ferons?

MARIE

LUGE

J'en suis!

MARIE

Mais une farce honnête!

FIVE O'CLOGK TE A .11

LUGE

Bien entendu 1 D'abord est-il sûr qu'on rira?

MARIE

J'en réponds I — Dans huit jours, de Noël c'est la fête: Si vous voulez m'aider, voici ce qu'on fera.

LUGE

J'écoute!

MARIE

Mais d'abord, il faut que je vous dise Qu'il faudra ce soir-là, — car ce sera le soir! — N'avoir pas un accès subit de gourmandise...

LUGE, malignement.

Je tâcherai I... Pourtant on ne peut pas savoir!

MARIE

Non, non! promettez-moi...

LUGE

Soit I Que faudra-t-il faire?

Vous me faites languir ! Allons, vite I abrégez !

MARIE

Ecoutez ! A minuit ! C'est l'heure du mystère ! Vous m'accompagnerez chez mes chers protégés. Vous mettrez une robe blanche, une couronne De papier doré.

Bien 1 jo me déguiserai, Ça va I

MARIE

Vous ne direz pas un mot, — à personne !

LUGE

Mon rôle est déjà su.

MARIE

C'est moi qui parlerai.

Vous tiendrez à la main un panier plein de choses De toute espèce : bas, tricots, joujoux, gâteaux. Bonbons, linge; le tout orné de faveurs roses Et bien caché, car nul ne doit voir nos cadeaux. Alors, toutes les deux, nous ferons nos visites. — Il nous faudra monter parfois tout près du ciel, Gomme aussi pénétrer dans de bien tristes gîtes ! • Et là, j'annoncerai : — « La mère de Noël I » Oui, du petit Jésus l'on vous croira la mère 1 Et vous verrez alors les yeux tristes et doux De ces pauvres enfants, martyrs de la misère, Avec étonnement se diriger sur vous.

Ensuite je dirai ce que Noël leur donne; C'est là que nous rirons en voyant leur gaîté!

LUGE

Vous êtes, ô Marie, une bonne personne;

veux iii'associer à votre charité !

Oui I ce plaisir nouveau, je saurai le comprendre l

MA.RIE, regardant sa montre et se levant. ijiioil sept heures déjà? Le temps passe eu goûtant.

LUGE^ se levant.

C'est l'heure où mon cocher doit revenir me prendre. Venez-vous avec moi?

MARIE

Merci, le mien m'attend I Elles se dirigent vers les poupées.

LUGE, à sa poupée.

Adieu, madame !

MARIE, même jeu.

Adieu, madame!... Je vous prie.

Ne vous dérangez pas!

LUGE

Demeurez I — Vous savez, Je reçois le mardi...

MARIE

Moi, le jeudi!

LUGE, à la porte, embrassant Marie.

Marie!

Je vous aime ! Vous êtes bonne !... Allons, venez !

Elles sortent.

1 'i FlYE O'GLOCK ÏEA

LUC li, rentrant.

Du projet de Marie encor toute frappée^ Je rentre... Car enfin il est bien naturel Qu'au fond de mon panier je glisse ma poupée, Puisque c'est moi qui suis la mère de Noël I

Elle prend sa poupée et sort.

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