FRANÇOIS SNYDERS
existait beaucoup d'affinités entre l'artiste génial et son très habile collaborateur. Le travail commun les rapprocha encore davantage. Jean Breughel avait dû assouplir sa manière pour se mettre en harmonie avec Rubens ; au contraire, Snyders, dont la touche était moelleuse et le coloris frais, s'accorda facilement
FiG. 542. — François Snyders. — L'Office.
iMusi'c de Munich.) (Cliché liruckmaiin.)
avec le métier de Rubans. Dans les œuvres que Snyders peignit seul, et elles sont nombreuses, sa manière est d'une déhcatesse souveraine, d'un coloris doucement radieux ; le pelage touffu de ses animaux évoque des velours argentés que fait chatoyer la lumière. De même le plumage étincelant de ses oiseaux suggère d'éblouissantes pierreries. Mais sa peinture est toujours d'une justesse remarquable et d'une exquise limpidité. N'abandonnant rien au hasard, ne sacrifiant guère à sa fantaisie, il se contente du charme et du prestige de la nature. Parmi ses chefs-d'œuvre, nous citerons l'Office (fig. 542) du Musée de Munich : une abondante lumière est répandue avec la même intensité sur le chevreuil, le chien, le lièvre, les perdreaux et les faisans, et elle leur prêle le même éclat. Un autre chefd'œuvre, les Fruits (fig. 543) du Musée de Copenhague, est maintenu dans une tonalité claire, radieuse et délicate, en opposition avec un fond plus sombre.
L'ordonnance en est on ne peut plus agréablement décorative. Et, encore une fois, quelle vérité dans cette peinture lyrique !
Un autre animalier qui collabora fréquemment avec Rubens est
TiG. 543. — François Snyders. — Fruits. (Musée de Copenhuffue.}
l LA M) KL
Fio. 544. — Paul De Vos. — Chasse au cerf. (Urttxelles, Musée.) (Cliché llermans)
Paul de VoidiuUt I 3'>0 - Anvrrb 1678). II fKrigrat surtout des animaux vivants et c\r% cfjashcs (fig, 544). .Son genre et ses prédilections le destinaient donoencore plus que Snyders a collaborer avec le fougueux dramatique. Mais De Vos diffère aussj beaucoup de Snyders par le métier. 11 n'a ni 1 éclat de sa couleur.
ni la pureté, ni la probité
de son dessin. Il traite ses combats ou ses courses d animaux en un ton gris et s'attache plus à l'ensemble qu'aux détails.
Une grande partie de son œuvre est encore attribuée à Snyders.
D'autres animaliers de mérite ne travaillèrent pas avec Rubens, mais appartiennent pourtant à son école. Le meilleur, Jean byt (Anvers, 1611-1661), un élève de Snyders, surpassa son maître et tous les autres peintres d'animaux ou de natures mortes. 11 adopta successivement deux manières différentes. Dans la première, il reproduit assez fidèlement celle de Snyders : colcns robuste, lumière douce, facture veloutée et polie. Dans la seconde manière, il hausse le ton de sa palette, sa pâte devient plus grenue, sa touche plus fougueuse et plus onginale. Sa peinture prend des aspérités de râpe ; des tons d'un noir d'encre sont appliqués sur des couleurs pâles et claires. Mais quelque audacieuse que soit sa facture et quelques lourdes que soient certaines de ses gammes de tons, ses pinceaux gardent leur assurance, et l'ensemble est toujours
Fig. 345. — Jean Fyt. — Nature morte.
(Musce de Berlin. i (Cliché T'ht. Cesellschafl-J