II. A M) Kl
Fio. 93. — Les Tuts Hiciits llFtuE».
Le C0UR0:(NEMEflT DE Mahie.
(Chanttlly) iCAUM Herthaud f
•on travail au duc Jean dr licrri. ctcndu sur um lit (fiK. 94). Ix's visaKcs lont expressifs, la couleur ««-''x'riilc'ment très montée. Dans les branches dont la pa^e est enjçuirlandtfe niclient une nuée d oisillons d'un travail incomparable. La miniature n'a nen produit de plus précieux.
Les ducs de Bourgogne héritèrent du fondateur de leur dynastie son goût passionné pour les manuscrits enluminés. Le Livre d'heures du British Muséum (Harl. 2897) fut exécuté pour Jean Sans Peur. Différents artistes y collaborèrent, Flamands pour la plupart. Nous en détachons une feuille :
David agenouillé devant Dieu et menacé par Satan (fig. 96).
C'est un travail dune élégance raffinée ; le long des marges rampent des branchages mmces comme des cheveux. dont jaillissent des feuillets pointus :
dans le texte, des lettrines bnllent comme des joyaux encastrés dans de l'or. Les figures des miniatures ne sont pas fort artistiques : 1 artiste n'est pas un créateur, c'est un décorateur de génie qui sème ses pages de perles et les borde de fils d'or. Le Bntish Muséum possède un second li%Te d heures fait également pour Jean Sans
(Le Petit Livre dheures du duc de Berri.t p^^j. (^ 333 | 3)^ Jq^j ^^35^ ^^^ (Paris. Bibliothèque Sationale, 18104 ) , , a» • 1 1 i j
rable. Mais le plus rervent de
Fig. 04. — Le .Miniaturiste faisant hommage de son œivre.
tCliché Berthjud.i
MINIATURES
FiG. q5. — Le duc Jean de Berry
ENTRE Saint Jean et Saint André.
(Livre ci Heures du duc de lierry.)
(liruxclles, iioGo.)
(Ciiché Van bavune.)
ces augustes amateurs d'enluminures fut bien Philippe le Bon, petit-Rls de Philippe le Hardi et arrière-neveu du duc de Berri, qui régna sur nos provinces de 1419 à 1467. La Bibliothèque Royale de Bruxelles, dont la section des manuscrits s'intitule encore Bibliothèque de Bourgogne, possède nombre d'ouvrages remarquables provenant de ce prince. Son bréviaire en deux tomes (9026-95 1 I ) fut exécute' en France probablement par des artistes flamands.
Nous lui empruntons une Descente du Saint-Esprit (fîg. 97) et une 7 oussaint (fig. 98). La facture est aussi parfaite dans un morceau que dans l'autre. Les couleurs sont éclatantes et variées ; l'ensemble
révèle le désir de plaire ; tout y brille et chatoie comme Témail. La Bibliothèque Royale de La Haye possède un autre livre d'heures exécuté pour Philippe le Bon. Les miniatures en sont
du même goût que celles des Conquestes de Charleniagne de la Bibliothèque de Bruxelles, dans lesquelles on veut voir la mciin de Jean le Tavernier.
Nous empruntons à ce livre d'heures une Adoration des Mages. Cette grisaille, à peine rehaussée d'un peu de brun, est d'un travail délicieux. Les physionomies sont insignifiantes, mais la scène est traitée à ravir (fig. 99). Bientôt les manuscrits de caractère historique et littéraire vont
foisonner. Le plus ancien connu Fig. o6. — David en adoration. j .^ r//- , .
,,....". vu V r ,. . "ciris ce genre est \ Histoire
{Lti'rc d Heures de Jean sans l'cur.) vit'i > /n
(Hrii. Muséum, :;S'jy. îiari.) d Helainemcre de Saint Martin^
FLANtyUI
Fio. g7. — La PejitkcAte.
(liré^iairc de Philippe te hom.) (HruxctUt. ijSii.) HlHche pan Itamme I
<^crilr r\\ 1448 par Jean
Vauqurlin (\\m. \m) r\
qui appartient .i l.i liiLlio-
tlic()Ur l^oyaicdr Hruxcl-
lrs(')^)()7). Simon Norkart
(de Mon», en Hainaut)
traduisit en français, pour
n.ilippr le Bon. I7/m-
toirc liti I lainaut, écnle
en latin par Jacques de
Guisc. Ce manuscrit.
conserve à la Bibliothèque
Royale de Bruxelles
(n"' 9242. 3. 4) compte
parmi les prcxiuctions les
plus achevées de l'art de
la miniature. Il est l'œuvre
de plusieurs artistes. Louis
ou Loyset Lie'det (de Bruges) fut l'un d'eux. 11 habita d'abord a
Hesdin, puis a Bruges, où il se trouvait en 1466. lorsqu'il travaillait à 1 Histoire des princes de Haynnau " et où il mourut en
1478. Guillaume de Vrelant ou W yelant. qui faisait déjà partie
, en 1434 delà gilde des pein-
tres a Bruges et qui mourut dans cette Mlle en 1 48 1 , y collabora. Les figures de la première partie sont minuscules et le dessin anguleux. Quelques-uns des sujets empruntés à la Fable présentent ces accessoires d'architecture si chers a nos peintres des W' et W'I' siècles. L ne des scènes nous montre Saturne dévorant ses enfants (hg. 101). Dans une autre miniature, représentant le roi Bavon s'em- FiG. q8. — La Toussaint. l » 1 T
/«^.*,.rr.-. V. ni./- .^ I i> . barquant avec les 1 rovens,
(Rreviaire de Philippe le BohJ ^ . '^
(liruxelles. 9026.) iCliché vati hammej icS Dgures SOnt traitées à
MINIATURES
FiG. 99. — Adoration des Mages.
(Livre d'Heures de Philippe le lion.)
(La Haye, liibliotliùqiie Royale, AA J'i.)
(Cliché Stcinmct'.;,.)
la perfection, mais encore dépourvues de grâce (fig. 102). La seconde partie (9243) comporte q uantitë de grandes miniatures dont nombre de scènes de batailles (fig. 103). De la troisième partie nous extrayons une petite composition, qui nous montre comment le château de Douai e'chut par un mariage au comte de Flandre.
Le cortège arrêté à la porte de l'église est reçu par 1 évêque et le magistrat qui vont procéder à la célébration du mariage (fig. 104). La couleur a de la consistance à défaut de brillant, les visages sont remarquables d'agrément, les formes élancées et sans raideur ; le tout est d'une exécution alerte. Cette troisième partie, composée en 1449, est sans doute aussi l'œuvre de Louis Liédet.
Aux manuscrits remarquables exécutés pour Philippe le Bon, il nous faut ajouter : les Chroniques et Conquestes Je Charlemagne (Bruxelles, 9066),
illustrées en 1 460 par Jean le Tavernier d'Audenarde, qui travaillait déjà en 1454 pour le duc. La plupart de ces miniatures représentent des batailles ; les autres, des scènes de la vie féodale. Dans celle que nous reproduisons, on voit l'enlumineur faire hommage de son œuvre au duc.
Fig. 100. — Bataille navale.
(Histoire d'Ihiaine.) iliruxellcs, 00^7)
(Cliché pan l)ammc.)
hLASDHt
Vu,. loi SaTLRNE OF.VORA>T ses EJtrAXTS.
(Histutre du llainaulj (Hruxelle*. 9^4».)
(t.licht van hamme)
La facture fie ce morceau e»t fort originale. Let con- Ifiuri ionl Ifê» accut^ft. I oute la iccnc c»l maintenue dans une deliaeuKr teinte de grisaille rehaussée d un ton brunâtre
(fig. 105).
Le 7 rai le da
louanges de la I^ Verge (Bruxelles, 9270) fut offert en 1461 à r^hilippe le Bon par Jean Mielot. chanoine du chapitre de Lille. L'ouvrage s'ouvre par une superbe miniature, l' Annonciation de la Vierge (fig. 106). Le duc. agenouillé sur son prie- Dieu, assiste a la scène. L'attitude et le mouvement sont particulièrement réussis : la couleur relevée de traits et d'agréments d'or demeure néanmoins un peu opaque. L'année suivante, en 1462. David Aubert de Hesdin offrit au duc un manuscrit intitulé : la Composition de r Ecriture, qui appartient aujourd'hui a la Bibliothèque Royale de Bruxelles (9017). Il ne contient que quelques miniatures teintées de bleu gris et relevées d'or. La plupart àçs figures sont longues
et un peu gourmées , rappelant celles de Thierry Bouts : dans d autres comp>ositions, les personnages trapus et mal équarns trahissent une autre main.
Mais ICI encore le travail est absolument merveilleux.
Le roi Bavon s embar^lant t^ , ,
AVEC LES Troïens. ^^"^ ^"^ ^^ne de
(Histoire du Haittaut.) (BruxeUes 934s.) (Cliché van Damme.) Toumoi (fig. 1 07),
FiG. 102.
FiG. io3. — La défaite de H loues, COMTE DE Cambrai.
(Histoire du llainaul) (liruxelles, 0248.) ((Uiclic ran Damme.)
Nous l
Ml\" ATURES
les chevaliers sont bien campes sur leurs chevaux. Si l'artiste ne par-' vient pas encore à rendre un drame dans toute son intensité, du moins apporte-t-il tout son soin à en montrer les préliminaires et les accessoires.
Le tapis du fond est une ve'ritable broderie au pinceau.
L'année suivante, en 1463, un second ouvrage lui fut présenté par l'auteur David Aubert dans sa ville de Bruges, actuellement à la Bibliothèque de La Haye. C'est un
manuscrit très haut en couleur avec de riches paysages empruntons un Saint Hubert sauvant les naufragés (fig. 108).
Un autre ouvrage dédié à Philippe le Bon par son copis!e, Jean Mansel de Hesdin, s'appelle la Fleur des Histoires et servit de livre de lecture aux enfants de la famille du prince (Bruxelles, 9231-9233).
Il se divise en trois parties, dont l'une (9232) contient de superbes miniatures, enluminées avec un goût et une opulence rares et comptant parmi les chefs-d'œuvre du genre. L'une représente un champ de bataille (fig. 109), où les chevaux ^'i^'- ^04. — Comment le Comte de Flandre sont traités à la perfec- .^°"'^'''' ''^ ^"ateau de Douai.
] , • (Histoire du Hciinaut.) (Bruxelles, 9244.)
tlOn ; mais plus réussi (CUché van Damme)
ous lui
f l 4 SI) Kl
WÊÊÊÊfM
J^ftlf^' i^9Vn^f^ff
Ltt II II
FiG. io5. — Jean le Tavernier
TAISANT HOMMAGE DE SON fKLVRK.
Il.cs «luiiquestes de Charlemcicne )
(liriixcllcs, 'ji>4'i6.) (Cliché van Ifamme )
encore c«t le paysage entourant (le trois c^tët le théâtre de carnage avec lequel let a*f>cct»
riants cl pauiblet prcM-nlent la plus saisissante aniillicsr. I^ Xlariaf^c du roi C hurles V nous transporte dans un tout autrr milicu(fiK. I 10). L évct^uc rc<;oit le couple royal sous le p<jrche de I église. Une tonalité radieuse enveloppe le paysage. Un peu d hésitation çà et la atteste seule rincxpéricnce dans ce chefd'œuvre d'élégance et de venté.
En 1463-1465. David Aubert écrivit l'Histoire de Charles Martel, que Liédet illustra de 1470 k 1478. Les batailles y sont abondantes. Nous choisissons celle où le duc de Mes vient demander secours au roi Pépin (fig. 111). Le manuscrit se trouve à Bruxelles (6-9).
C'est pour Charles le Téméraire que fut enluminé un des plus beaux manuscrits parvenus jusqu à nous. Les Faits et Gestes d'Alexandre le Grand (Pans, Bibl. .\at., Fr. 22547). A la fin de cet ouvr£ige on lit : ' Explicit le 1 X* livre de Quinte- Curce Rufe des Histoires du grant Alexandre de Macédoine translaté de latin en français au château de Nieppe l'an mil
un ixiii (lisez 1468)."
En 1 470, on paya à Louis Liédet, à raison de 20 sous la pièce, 86 enluminures destinées à illustrer une histoire d'Alexandre le Grand. C'est le nombre de miniatures que renferme notre manuscrit.
Fig. 100. — L'Annonciation de la > iebge.
(Les Louanges de la Vierge./ (Bruxelles. 9270.)
(Cliché van Damme.f
MINIATURES
tiG. 107. — Un Tournoi.
(Composition delà SKiinte-Hcriture.) (liruxeltex. (joiy ) (Cliché van Damme.)
Nous nous trouvons en présence de véritables tableaux, d'un coloris étonnant, tant il joint Tharmonie et l'éclat. La couleur est relevée d'or. Les figures au geste un peu raide et de physionomies trop uniformément béates se meuvent cependant librement dans un vaste espace baigné d air et de lumière. La figure I 12 montre : comment on
mit les Maures en terre et comment Alexandre vint devers les dames et les devises qu'il eut à la mère du roy Daire ".
Les monuments de grande envergure n'étaient pas seulement au
XV^ siècle un luxe de rois et de princes ; la haute noblesse et le haut clergé commandèrent, eux aussi, de précieux volumes aux artistes. Louis de Bruges, sire de Gruuthuse, né vers 1426, mort en 1492, un des plus puissants seigneurs de Flandre, se distingua parmi ces amateurs. Quelques-uns de ses manuscrits exécutés entre 1480 et 1492 sont allés à la Bibliothèque Nationale de Pans. Retenons deux de ces ouvrages. Le premier porte ce titre : Boethius deConsolatione Philosophiœ (M. S. Néerlandais 1). Texte latin avec traduction néerlandaise. A la fin du manuscrit, on lit que Jean Van Kriekenborch acheva ce travail pour le sire de Gruuthuse, le 16 Mars 1491 (1492 nouveau style). Plus tard, ce manuscrit échut au roi de France, dont les armes furent substituées à celles du premier propriétaire, figurées en plusieurs endroits de l'ouvrage. Les miniatures représentent différentes
^^^^^^^^hûi ' ^0^^ jk-i JH
FiG. 108. S.MNT IIlBKHI"
SAUVK DES NAl'KRAOKS.
(La Haye, liibliolhùque Royale.) (Cliché Steinwe!.:)
/ /,.! -. IJKI.
Fio. 109 — Une bataille.
iLa Fleur dea Histoire». 1 (Hruxelles. JJJ».;
((IhcUe i>an Damme.)
ftcènct darit Icvju'll'i
|i<^'rr cntrtXnC Vil |>l»»-
l'>v,j,(,K-. 1^ minuturc rcprtxJuilc ta, le monirc a^^sis dans utn fauteuil, '•ntourc de Iroi» fcrnmci.
^ ♦tic œuvre d'un art mur et d'une grande nche»»c d'imagination (fig. I I 3).
comprend les plus parfaites miniatures qui aient orne un manuscnl écrit en néerlandais. L'enlumineur de ce manuscrit est Alexandre Bcnning, un des plus généreusement doués de la glorieuse plialange qui travailla pour le duc de Bem. Il passa la plus grande partie de sa vie a Gand. ou il fut reçu en 1469 dans la corporation des peintres, il mourut en 1318 ou 1319; sa manière est tout autre que celle des frères de et la facture de telles de ses pages évoquent Jean \ an Eyck. notamment la Jour Je Babel, montrant l'édifice gigantesque au faîte tronqué entouré de travailleurs microscopiques, comme le grand maître flamand les a traités en une grisaille au Musée d Anvers.
Un second ouvrage important, exécuté pour Louis de Gruuthuse. est un Tournoi destiné à commémorer celui qu'avait organisé son père Jean de Bruges en 1392 (Bibl. Nat.
Paris. Fr. 2692). Il représente plusieurs scènes de joutes en champ clos et aussi quelques
Limbourg. Le sujet
FiG. 110. — Le mariage du roi
Charles V.
(La Fleur des Histoires } (Bruxelles. giSs.)
(Cliché van Dammet
MINIATURES
Fia. m. — Le duc de Mes rkci amant l'assistanck
DU ROI Pkpin.
lllistuirede (^harles-MarielJiHruxeliea, 6-(j.) {Cliché van Dantnic )
coutumes usitées dans ces fêtes (fig. 114). L'auleur est sans doute le même que celui de Boethius, c'està-dire Alexandre Bennmg, le meilleur de nos miniaturistes.
Raphaël de Marcatillier, bâtard de Philippe le Bon et abbé de Saint-Bavon, à Gand, fit confectionner au XV' siècle quantité de manuscrits, dont le Monotessaron, soit la Concordance des quatre évangiles, appartenant à la Bibliothèque de l'Université de Gand (n"462), est le principal. Nous en détachons le Christ enseignant ses disciples. La composition est sobre, les couleurs ont de l'éclat (fig. 115). La Bibliothèque de Bruxelles possède une Histoire de la Toison d'Or (9028) exécutée pour Guillaume de Fillastre, évêque de Tournai. En tête se trouve une miniature représentant le chapitre de l'Ordre tenu à Bruges en 1 468 sous la présidence de Charles le Téméraire et dans lequel Guillaume de Fillastre reçoit le serment des chevaliers. L'œuvre manque de l'élégance, de la finesse et du
réalisme aimable qui ca- .
ractérisent les grands mimaturistes de l'époque
(fig. 1 16).
Toujours à la Bibliothèque Royale de Bruxelles, on admire une Légende Dorée (9282) commandée par Philippe, duc de Cleves, qui vécut de 1459 à 1529. L'un des meilleurs morceaux en est la Résurrection du Christ (fig. 117).
Encore un ravissant
Fi(3. 112. — Alexandre kt la .mère de D.vuirs.
(Faits et frcstes d'Alexandre ) (Hibliothùque Sationale, Fr 2254-.) (Cliché licrlhaudf
hL/ir» hr i
FlG. Il3. — Bo'bcE et le* rtCELLE».
flit^thiui de Contolatioiu f
(Pari*, Bibliothèque Salinnale t (Fond* SéerlandaU-f
(Clicht Herthaui )
manuscrit du XV* ku-ilr.
\v ( (il/ioluon de Saint
AuKustin. copitf cl enlu-
nunr .1.- I4HI à I4H4
dans la ( liartrcusc de la
Vallée royale et ennchis-
lant aussi la Bil)liothè(ju'
de Bruxelles (9121-4).
La série des enluminure >
s'ouvre par un petit tableau : un moine en tram
de tailler sa plume, que
son éclairage discret, son
intimisme simple et élégant
classent parmi les plus réus-
fisde ce genre (hg. I 18).
F.n divers endroits il porte
les armes des Van der
Moere, une famille dar-
listes gantois, dont un
membre. Jean Van der Moere, fut reçu en 1483 dans la gilde des
peintres à titre d'enlumineur. Il vécut dans cette ville jusqu'en 1499. et c'est à lui probablement qu'est dû le travail en question.
La miniature avait connu un premier âge d'or a la tin du Xl\' siècle, sous le patronage du duc Jean de Bem ; une seconde période de prospérité date du milieu du X\' siècle, sous Philippe le Bon ; une dernière flo-
FiG. 114. - Le dlc de Bretagne devant le roi raison lui était résenée
d'armes de Bourbon. au commencement du
.n '.^J?"T''''l""'^'fT'^. X\r siècle. Déjà, au
(Pans. Bibliothèque Nationale. Fr. 3603.) . 10
(Cliché Btrthjud) tcmps du duc de bem,
MINIATURES
FiG. ii5. — Le Christ et les Pharisiens.
iMonutessaron.) Bibliothèque de Gand.)
(Cliché d'Iloy.)
les miniaturistes de la Flandre avaient conquis un rang supérieur dans leur arl ; ils y excelleront de plus en plus, et, au xvr siècle, ils seront presque les seuls à le cultiver encore avec éclat dans le Nord-Ouest del'Europe. Les conditions dans lesquelles ils travaillent avaient subi un profond changement. Le livre imprimé remplace le livre écrit ; le manuscrit ne s'adresse plus qu'aux fervents de la forme ancienne et du goût archaïque ; il était fatalement condamné à périr ; mais, avant de disparaître tout à fait, il jettera encore un suprême éclat.
Parmi les enluminures du XVr siècle, citons d'abord un livre
d'heures appartenant à la Bibliothèque du Vatican (n" 3769) et portant en plusieurs endroits les armes d'un gentilhomme flamand, Jean de Pallant, et de sa femme, Anne de Culenburgh, qu'il épousa vers 1 500. C'est un joyau inestimable, enluminé de la façon la plus riche et la plus variée.
Cet ouvrage flamand est dû à plusieurs collaborateurs. Le premier de ces miniaturistes se distingue par beaucoup de délicatesse, une facture recherchée et de brillantes couleurs rehaussées d'or ; il enlumina les Psaumes (fig. 1 20). Un autre, de style plus rude, illustra la vie de Jésus ;
FiG. Il6. — Le (IIAPITRE
DE LA Toison dOr.
(Histoire de la Toison d'Or.)
(Rruxcllcs. [io-jS) (('lichi^ van Dammc.)
I LAsnnr
Fio. 117. — La Resi'iiiirctio!* du Chkisi iLa Uffcnde dorée » iHruxelln. gtia > (Cliché t'a H iKimme )
un troisicmr comimsa de»
sccnr» viKourcuscf et (lramati(|urs pour le calendrier (li^. I 19) ; un fjua- Irurnc illustra les I .vanilles avec un soin qui U\sc la rniisMiardisc.
Parmi les merveilles (jue ])r()duisil l'art des miniaturistes dans les derniers temps, on compte divers manuscrits aj)partenant au British Muséum.
L un est un bréviaire ayant appartenu à Isabelle, reine d'Espagne (1504) et qui lui fut offert par son très humble serviteur François de Royas. écrit par des Espagnols, mais illustré par des Flamands. Plusieurs mains y ont travaillé; le dessinateur des figures est moins habile ; mais les fleurs, les oiseaux, les insectes dont, à la manière flamande, sont jonchées les marges dorées, sont d'une exécution exquise et bnllante sans pareille. Le second est un livre d'heures (n 15677) comprenant un calendrier orné de scènes de la vie domestique flamande et des marges, qui, par la richesse de ses ornements, se rapproche de très
près du précédent.
L n troisième manuscrit appartenant à la même collection (n' 17280) est celui qui a été fait pour Philippe, le beau-fils de Mane de Bourgogne et de Maximilien d'.Autriche (1478-1506). Il est de format in- 16. tandis que la plupart des autres codex sont de format in-4.
Les figures des petites compositions historiées sont d une correction
FiG. 118. — Le Scribe taillant sa pll".me.
(Le Catholicon de Saint Augustin.)
(Bruxelles. 9121.) (Cliché pan Damme.)
MINIATURES
feuillets de velin ; pas entièrement
FiG. IIQ. — DÉCFMBRr.
(Livre d'Heures xvi' siècle} (Rome, Bibliollicque du \'aticaii, 3y6Q, Lai.)
remarquable. Une quatrième œuvre du British Muséum (n 12531) contient les miniatures de la dimension la plus grande et en même temps d'une exécution magistrale. C'est la Généalogie des Rois de Portugal représentant les rois et les reines qui ont re'gné dans ce pays et leurs alliances avec les dynasties d'Espagne, d'Angleterre
et de Bourgogne. L'œuvre monumentale se compose de onze énormes elle n'est terminée et a souffert en certaines parties ; mais, telle qu'elle est là, avec ses personnages et les parties décoratives qui les encadrent, c'est un chef - d'œuvre de la miniature, un des derniers et des plus somptueux qui aient été produits. Il a été fait par des artistes flamands pour don Fernand, le troisième, fils de Jean III, roi de Portugal, qui vécut de 1507 à 1534.
Simon Benning est cité comme son auteur principal, et l'attribution paraît parfaitement justifiée.
Un ouvrage de la plus grande valeur est le Livre d'Heures, dit de Notre- Dame de Hennessy, parce qu'il appartint a la famille irlandaise Hennessy, à qui la Bibliothèque Royale de Bruxelles l'acheta. On s'accorde a. croire que les vingt-neuf miniatures qui le composent furent peintes vers 1530 par Simon Benning, fils d'Alexandre, qui naquit a Gand au troisième tiers du XV' siècle, vécut surtout à Bruges et y mourut en I 561 . Guicciardini le proclame un excellent enlumineur. Quel que soit l'auteur du Livre d'Heures de Hennessy, c'est assurément un artiste de
Gi -
FiG. I20. — Le couronnement
i)f ROI David.
il.ivrc d'Heures xvi' siùclc.)
(Rame. Hiblinlhéque
du \'atican, Jj'if), Lai.)
FiG. 121. — l.A CIIASSK Af KAl C«)>
(Les Heures de Henne$ty.) (Bruxelles, II, i!>8.) (Cliché van l>ammc i
prrrnirf r^rdrc. l>r% travaux 'Ir» rnoi» (liK \1\) cl quclf^uc* »ccnc» \a\j\\i\\ivt (fig. \Z1) peuvent UiMXciwt la comparaison avec la meilleure peinture <tur panneaux ; lit sont tauutanl». f](- vente, cl. nnalgrc leur» rJimcnlons recluitet. ils donnent une impression de grandeur et de vie.
Le manuscrit le plus célèbre qu:
soit au monde est le Hrcviairc Cjriinani. C est aussi le plus connu, grâce aux nombreuses reproductions qui en existent. Il fut probablemcn' exe'cute' entre 1508 et 1319. .Marc- Antonio .\lichieli. un e'cnvain l'alien du XVI' siècle, inscrivit en tête du volume : Le célèbre bréviaire
que le seigneur Antonio Siciliano vendit le 9 Octobre 1 520 pour 500 ducats au cardinal Gnmani qui le légua le 26 Août I 523 'a la Bibliothèque de Saint-Marc a Venise fut enluminé par divers maîtres. On y voit des miniatures de la main de Memlinc, cent vingt-cinq de Gérard de Gand. cent
vingt-cinq de Liévin d'Anvers.
Memlinc ne oeut avoir travaillé a ce bréviaire, qui ne fut exécuté j . Mtrrr" "M qu'après sa mort. Gércird de Gand
I II "'' Jyjyy^ *" ' zM ^^^ probablement Gérard Horen-
bout. un miniatunste cité par Guicciardini. méus dont on ne connaît aucun ouvrage. Lié\Tn d'Anvers désigne sans doute Liévin \'an Lathem. sur lequel tout renseignement fait défaut. Ln écnvain de grande compétence, le comte Paul Dumeu. tient Alexandre Bennin2 pour un des enlumineurs. En dehors des encadrements, ce célèbre ouvrage comporte vingt-quatre illustrations du Calendrier, traitant de la vie et des travaux rustiques : soixante
Fig. 122. — Bethsabé et Davio
(Les Heures de Hemiessy.f (Bruxelles:, II, i!^8 ) (Cliché van Uamme.j
MINIATURES
Fio. 123. — Février.
(Bréviaire Grimani.)
(Cliché Hermans.)
autres se rapportent à VHîstoire Sainte et dix-huit sont des figures de saints. Plusieurs présentent une frappante analogie avec les Très Riches Heures du duc de Berri ; d'autres se rapprochent d'une façon saisissante de la manière du Livre d'Heures de Hennessy. Le moii de Février nous détaille par le menu une scène rustique : la mère file près de la porte, le père fume la pipe, le petit garçon relève sa robe, les pigeons remuent la terre, le pourceau cherche sa pâture, le paysan conduit son âne, la bergère se tient près de l'étable. Au loin, se déroule un paysage d'hiver, et la neige est d'une telle transparence qu'elle semble réfléchir l'azur du ciel. Ces tableaux unissent de la façon la plus harmonieuse la prose à la poésie et la réalité au sentiment (fig. 123). Au mois de Mai, nous voyons une joyeuse compagnie se transporter vers le bois printanier. C'est une chevauchée de seigneurs et de dames magnifiquement vêtus. Les cavaliers et les montures sont enguirlandés de feuillage nouveau. Au fond, s'élèvent les futaies d'un vert bleuâtre et les tours de la ville. Le paysage est vu et traité par un artiste de la plus exquise sensibilité (fig. 124).
L'art de la miniature était donc arrivé au terme de sa ccurière et avait atteint son apogée, en dépassant même son but. Dès ce moment, l'enluminure ne correspondra plus à un besoin, mais s'attachera exclusivement à flatter les yeux et à procurer une jouissance d'art.
l'iG. 124. — La plantation du Mai.
(lircv ia ire (i ri tu n n i )
(Cliché Hermans }
F Ht. 120. — SaI.hik <^Atli».»'i>K.
(Horlulu* animjt t (\'iennt.
Hibliothequt Imp^rUle. j--^, ,
tClithe Hernunt /
f LASDRf:
C est le ca» |)<mr le manuMrit fjur
l'on apparente a lK>n droit au lirc-
viairc drimani, tant |>our »on »tyl<-
cjue|)«)ur lii perfection de sa facture :
le I lottiihis Anima de la liiMio-
thè(jue Impériale de Vienne (2706).
11 comj)rend (juatre-vin^ts miniatures
et quarante encadrements par Gérard
Horenl)()Ut et ses successeurs. I Plusieurs s identifient complètement avec
celles du Bréviaire Crimani. Nous
en détachons une Sainte Catherine
(fig. 125). C'est une jeune vierge
priant avec ferveur devant le château
de ses parents. Une preuve de la
concurrence qu'allaient se faire les
manuscrits et les livres imprimés.
aux derniers temps de l'enluminure,
nous est fournie par ce fait que le
Hortulus Animœ est litte'ralement copié d'un livre portant le même
titre et imprimé à Strasbourg en 1510.
, . Enfin, un exemple de la con-
fusion des genres et de la décadence qui allait en résulter pour 1 enluminure est fourni par un très joli missel appartenant à l'église paroissiale de Saint-Jeanl'Evangéliste à Liège, et daté de 1564-1565. Les lettres en sont calligraphiées ou plutôt dessinées avec une fidélité surprenante, d'après les caractères employés par l'impnmeur. Nous empruntons à ce missel une Résurrection du Christ (fig. 1 26), tableautin en miniature, tout à fait dans le mode des peintres de cette époque, mais exécuté avec la délicatesse qui caractérise les anciens maîtres enlumineurs.
Fio. I2Ô. — La Résurrection
DU Christ.
(Missel.) (Liège, Église Saint-Jean-
rÈvangèliste.) (Cliché Janssens.f