SCENE If
FLORETTE , seule.
Cric!., crac !.. ça me fait un drôle d’effet tout de même... on dirait d’une prison... Après ça, je n’en ai pas pour longtemps... et en ne flânant pas... (Elle va poser son panier sur le guéridon , met son dé et cherche une aiguille dans son étui.) C’est égal , je ne serais pas fâchée de savoir au juste quelle heure il est. ( On entend sonner l'horloge du château. — Florette , qui allait enfiler son aiguille, s'arrête pour compter l'heure .) Une... doux... trois... quatre... cinq;.. Cinq heures 1 . monsieur Saint-Jean avait raison., mais bah!., la présentation n’est que pour six... et pourvu que la robe soit prête un quart d’heure d’avance... ( Examinant la robe.) Qu’est-ce qu’il yak faire à cette nme?.. Deux agrafes à coudre... une pince à la ceinture... lâcher un peu le corsage... (Regardant le corsage.) Il n’est pourtant pas déjà si mal... ample, ce corsage-là... il y a de la place; mazette !.. Enfin, il paraît qu’il en faut encore plus. .. Tout ça, c’est l’histoire d’une aiguillée de fil et de dix minutes . . toujours en ne flânant pas... mais, quant à ça, il n’y a pas de danger que je flâne... il me tarde trop d’avoir fini pour sortir d’ici. (Cherchant à chasser une mouche qui la tourmente.) Allons, bon!., une mouche!.. Voulez-vous me laisser, mam’selle... il n’y a pas de... (elle imite le bourdonnement de la mouche) Hiin !.. hiin !.. je suis pressée... et quand une fois j’ai le nez sur mon ouvrage, rien ne peut m’en distraire. Eh bien ! voyez la médisance !.. il y a pourtant des gens qui m’accusent d’être bavarde!.. Bavarde, moi !..
Air : Coquette. (La Tonelli. )
Bavarde! (bit).
Qui, moi? Dieu m’engaidet J'aime à jaboter,
Caqueter,
Ragoter!
Bavarde! {bis.)
Qui, moi? Dieu m’en garde!
Contre ce défaut-là, oui, je dois protester.
En tenant l'aiguille,
Souvent on babille :
De ce travers-là
Qui doue ui’accuseraî Sur ce qui se passe,
Sans être jacasse,
Je parle uo peu... mais Ne bavarde jamais !
Bavarde! (bis.) etc.
(La mouche la tourmente de nouveau, Florelle la poursuit.)
Encore!.. attendez un peu !.. ( Ici on entend une marche militaire. Elle court à la fenêtre, quelle ouvre.) Tiens, voilà les mousquetaires qui déülent... j’aime beaucoup ça , moi , le défilé... et les mousquetaires aussi... les rouges surtout... comme monsieur La Violette... Ce pauvre garçon !.. qu’est-ce qu'il va penstr?. . (Elle ferme la fenêtre , retourne près du guéridon et reprend machinalement son aiguille qu'elle cherche à enfiler.) Mais dame, aussi, c’est si drôle ce qui m’arrive!.. Si l’on m’avait dit tantôt : Florelle , tu passeras la soirée à Versailles... j’aurais répondu : Plus souvent! puisque je dois la passer aux Porcherons, à danser la fricassée, apres en avoir mangé une... de poulet avec La Violette, trompette aux mousquetaires... qui m’en avait envoyé un... de poulet, le nia in, pour m’inviter... et c’est si gentil les Porcherons !.. Mais qu’est-ce qu’il va penser, ce trompette y., avec ça qu'il est jaloux... et pas endurant du tout... Je le vois d’ici... tapant à ma porte... rue du Cœur-Volant, n° 7, au cinquième... ( Prenant une grosse voix.) « Mam’selle Florette !... mam’sélle Florelle !.. » (Poix ordinaire.) Naturellement je ne réponds pas, puisque je suis à Versailles. (Grosse voix.) « Mam’selle Florelle, ouvrez!.. » (Poix ordinaire.) Naturellement, je n’ouvre pas, puisque je suis... (Elle rit. — Grosse voix.) « Ouvrez , morbleu! ou je casse tout !.. » (P r oix ordinaire.) C’est son mot , mais il ne casse jamais rien. (Grosse voix.) « Ouvrira-t-on? » (Elle frappe tiès-forl du pied. — Voix de vieille femme.) « Mais on ne peut pas ouvrir, puisqu’il n’y a personne ! » (Voix naturelle.) Ça, c’est madame Reniflard , ma voisine... une vieille espionne... qui a toujours sa port© ouverte, pour voir ce qui se passe chez moi. (Grosse voix.) « Comment, personne?., mais mam’selle Florelle m’a donné » rendez-vous!.. (Rire de vieille.) llin! hin ! hin!.. » (Voix naturelle.) Elle rit comme ça , la Reniflard. (Rire et voix de