‹ Flavie (volume 2)Chapitre 6 sur 8 · MALCOLM ▲ SA MÈRE · texte numérisé non relu

MALCOLM ▲ SA MÈRE

15 mai.

Ma bonne, chère et meilleiure amie, je revient décidément. Pourquoi laisser partir cette pauvre Ann 7 Qui sait, mon Dieu 7 Je suis décidé à me marier, et, puisque vous aviez rêvé ce mariagelà, pourquoi y renoncez-vous 7

J*ai eu un accès de folie que vous avez pris

trop au sérieux ; mais^ puisque, grâce au (M,

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mademoiselle de K... ne s'en doute pas, qu*Q me soit permis de guérir et de Toublier.

Voilà trois lettres où vous me dites d'abord qu'en ce qui la conœrne je ne dois pas avoir beaucoup d'espérance; puis, que vous n'avez guère d'espérance ; enfin, que nous ne devons presque plus avoir d'espérance.

Excellente mère, je comprends très-bien maintenant que je n'aurais jamais dû en avoir. Comprenez, à votre tour, que je n'ai pas beaucoup de regrets, et même que je n'en ai presque plus.

Cette fille charmante m'avait ébloui comme tant d'autres, qui se sont consolés de ne l'avoir pas fixée. Ce qui me plaisait le plus en elle, à Ronie, c'est que je m^étais imaginé trouver dans 80n caractère et dam ses goftts du rapport avec lès vôtres. Active, courageuse, gde, aimant les voyages et le monde, fédat et la simplicité ; il n'y avait pas jusqu'à l'imprudence de sa tenue et de sa conduite qui ne me semblassent, par

PLAVIE m

moments, mi charme de plus et la preuve d'une âme droite et généreuse.

Mais combien ]e m'étais trompé, et comme De m'est apparue sous un autre jour dès que 10U8 avons vécu près d'elle dans une sorte d'intimité ! Tout ce que vous faites naturellement et pnr véritable besoin ou amour de la chose, elle le fait par afiectation et uniquement pour qu'on sache qu'eHe le fait. Vous aimez les chevaux vifs et les dangers : elle affronte tous les dangers et tous les chevaux ; mais bien plus que la pauvre marquise G*^, dont elle se moque et qui, en somme, ne fait la brave que pour éblouir son imbécile de mari, mademoiselle de K... est poltronne et ne pose Faudace que pour éblouir tout le monde.

Et il «1 est de tout ainsi, car eDe n'anne rien qu'elle-même. Elle affecte de mépriser la petite musique et ne comprend rien à la grande. Elle critique tout à tort et h travers pour se donner

l'air de tout savoir, et qu'est-ce qu'elle sait? J'aime mieux l'ignorance ingénue et avouée de mes petites cousines.

Dans d'autres moments^ il est vrai, elle pose l'ignorance aussi pour faire l'enfant, et c'est à propos de choses qu'elle sait peut-être un peu trop.

Enfin, que vous dirai-je?tout en elle me charmait à Rome ; tout ma déplu à Florence. C'est probablement parce qu'elle a gardé à sa suite le marquis, qu'elle aurait dû éloigner. J'ai cru à Rome qu'elle ne l'aimait pas, qu'elle était loyale, et qu'elle le poussait franchement à épouser la signera Retta

D'où vient qu'aussitôt après le mariage, cette prmcesse l'a souffert à sa cour et retenu par mille mauvaises agaceries, sachant fort bien que sa fenmie en souffrait? Je ne suis pas un ri^ goriste, je me le suis bien prouvé à moi-même en m'éprenant si vivement d'une personne si

entourée; mais je ne pardonne pas à une femme d'être méchante, et j'ai cru voir qu'elle l'était. Si je me trompe, tant mieux pour elle; maïs, si j'ai raison, par hasard, tant mieux pour moi de m'en être avisé à temps.

Donc, quand môme vous ne m'eussiez pas fait partir, je me serais éloigné d'elle après cette promenade à la Chartreuse, où, pour la première fois, j'ai pu l'entendre parler pour moi seul. Elle a dit là, pendant un quart d'heure, autant de paradoxes maniérés et de non-sens révoltants qu'il s'est écoulé de minutes. C'est plus que mon amour n'a pu en digérer.

Consolez- vous donc, chère bonne mère, je reviens lieto et lepido. Je me hâte, parce que je veux retrouver là-bas mon ami Émilius que je vous présenterai, qu'il le veuille ou non, et qui, tout en me disant que FI. est une bonne personne (aimez-vous ce mot-là?), n'a pas Tair d'approuver beaucoup un mariage entre elle et

ISO FLAVIK

moi Jlais où mademolselld de K... a-t-dle pris cela? Je ne crois pas lui avoir donné le droit de m'attadier à sa boutonnière entre le ruban du loarquis et celui de l'abbé.

Au revoir, dans deux jours

Dites aux petites que je leur apporte des flairs séchées, cueillies sur les plus bauts rochers de l'Apennin. Vous me dites qu'elles attr^^^ent, à mon intention^ tous les papillons du jardin. Eh bien, si par hasard il y ena unqui ait ses quatre ailes, ce serai déjà un bon point.

Votre fils qui vous adore.

91ATIB A ROBSaTINB

H mai.

Ma dière, roilà lady Rosemonde partie tout é'un coup, avec son fils et ses nièces, n y a un peu d^aigretir entre nous. Cela devait arrîMÉar.

En sonune, c*est la mère qui a eu tort et mon père aussi, de se faire des ouvertures sans té* fléchir à Tinvraôsemblance du succès.

Mon père, certainement, grille de me voir

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mariée; Je comprends ça. Mais lady Rosemonde ne devait pas être si pressée de marier son enfant, et surtout de me parler de lui. Le ieune homme s'en est douté, et, dès lors, il est devenu exigeant avec moi comme un mari ; et puis il a eu du dépit, et il est revenu la tète haute, les pieds en dehors, fier comme un mattre de danse, et croyant se moquer de moi.

Je me suis amusée à vouloir, pour toute vengeance, le marier avec sa cousine; il m*adit qu'il n'avait pas besoin de moi pour cela; sur quoi, je l'ai traité de ftaftj^. Tout cela dans^ les termes les plus exquis et avec les plus caressants sourires ; mais c'était là le fond des arguments, très-transparents pour tout le monde; si bien que lady*** a reçu, d temps y une lettre qui Ta fait partir pour Venise avec toute sa couvée.

Selon sa coutume, mon père n'y a vu que du feu; ce départ inattendu de nos voisins est tombé sur lui comme une cheminée du haut

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d'un toit, et^ dans son trouble, il a fait Ténormité de mettre Tétiquette de $ylvia subalpina au beC'fin des roseaux. ÉmiHus a pensé en faire une maladie, non pas de notre drame domestique, mais de la distraction de mon père.

Nous voici donc réduits, en tant qu'intimité, à la société du savant; je ne compte pas pour une société celle du dehors. Je m'étais habituée à regarder lady Rosemonde comme une personne de ma famille, n faut donc que je la remplace par cet excellent homme qui est devenu notre hôte î

Pourquoi pas? il y a en lui quelque chose de

grave qui sent l'homme mûr et le père. C'est

peut-être à cause de cet état singulier de l'âme,

tendue et ravie dans les problèmes qui font qu'à

trente-cinq ans il est aussi étranger à la pensée

de l'amour qu'un centenaire. Il y a cela de bon

dans la situation avec lui, que je ne peux pas être

^ fi.

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piquée de son indifiëreiicei rvt (p^wocme femme au rnoode ne ponrradt en troubler l'auguste se* rénité. 21 est encore id pour trois jours ; après quoi, il va à Milan; mais j'espère l'y taire re^ noncer. II plalt à mon père, et il me désennuie de temps en temps. Il a de l'amitié pour moi, et, oomœe c'est un homme amA dépourvu de volonté dans ses actions qu'U en porte dans aes idées, je compta qu'il me laissera cbanger ses projets*

Nous avoQs eu aujourd'hui une sorte d'explication à propos de MalcoInL II parait que, sans en avoir conscience, le bonhonune a ùdt aus^ saa petit cancan dans cette grande affaire* Il a, je crois, &it savoir à ce bel Écossm que j'étais instruite de ses prétentions. U parait aussi qae c'est moi qui ai dit cela «u bonhomme. Je ne m'en souviens pas. Je l'ai grondé de s'en être souvenu et de l'avoir répété.

Sais-tu comment il s'est justifié ?

— Moii Dieu, mt dière. a4-0dit ingAmment, vous arez du d^ contre le bon Malcolm, et TOUS ne savez à qtn Toas «n prendre. Vous ayas le tort de crdre que toqs rendez toos les hommes plus amoureux de tous quTils ne le sont réellement. Yom avez une très-haute idée de vous-même. Certainement, vous n'avez pas tort : vous êtes irè»-Mmy }eune, ridie^ aimable* Mais enfin les honmies qui ont mis tant Soit peu le nez dans le grand et sublime manuscrit de la nature^ comparent les choses de votre monde à des feuillets si mal imprimés, qu'on n'y peut plus lire la signature de Dieu. Croyez-vous donc que ce soit une si grosse affaire que d'être une jolie fille? La plus petite fleur des champs se tient aussi droite et aussi fière auprès de son ruisseau que vous devant votre miroir. Qu'estce que ça fait aux oiseaux des bois que vous ayez une belle dot? Ils n'en seront pas plus pauvres ni plus riches. Les grains n'en pousse roa

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pas plus vtte, ei les mouches n'en vdieront pas moins. Croyez-vous que, quand vous foulez les herbes des prés, les criquets et les sauterelles se soucient de tos petits pieds et de vos bas de soie? Ils sont aussi bien chaussés que vous et leur jambe est aussi bien faite 1

Tu vois bien que je ne peux pas laisser partir un original qui me dit des choses si divertissantes!

t5 maL

n est part! et il ne reriendra pas.

Eh bien, nous irons le trouver ; car il n'est plus temps de se le dissimuler : je l'aime 1

Milan, 8 )nii ittD^.

TrouYe-moi foUel Oui, je le suis, oa tien c'est le contraire. Cest peut-être li raison cpd me vient, tandis que mon état antérieur n'a été qu'une longue divagalioQ. Je voyais faux; à présent, il me semble que je sms dans le vrai absolu. P^ut-étre sois-je dans l'impossiUe cpiani aux choses de ce monde.

Qu'importe ! J'ai bien assez pensé à la vérité depuis que j'existe I j'ai bien assez calculé les chances de mon bonheur, de ma liberté, de mon çlaîsir, de ma vanité ou de mon ambition ! Tout cela s'est envolé comme un rêve. Je suis ab^ sorbée par une idée fixe, et ce n'est plus à moi que je pense, c'est à quelqu'un qui tient ma vie, mon repos et mon orgueil sous ses pieds.

Oh! l'étrange chose! Qui e&t cru cela, que j'aimerais ainsi et que je ne serais pas aimée?

Car il . ne m'aime pas, il m^ l'a dit, et, au lieu de me devenir odieux, il se fait aimer davantage par sa franchise et sa douceur.

Cest qu'il est bon^ lui! d'une bonté d'ange : pas de reproche, pas d'amertume. •• n ne m'aime pas, voilà tout.

Et il a raison, je le sens bien. S'il eût cédé à une passion qu'il ne peut regarder que comme un caprice, je l'admirerais moins, j'aurais moins d'esthne et d'enthousiasme pour son caractère.

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Nous sommes venus ici, mon père sans sa* voir pourquoi, comme tu peux bien le penser.

Nous avons trouré Villemer faisant ses préparatifs de départ pour rAllemagne, où rappellent je ne sais quelles recherches. Ce qui me charme, c'est que je ne sais et ne comprends pas un mot de ces choses abstraites qui le gouvernent et le passionnent.

Les savants qui viennent voir mon père ici et que j'écoute maintenant, parce qu'ils arrivent toujours à parler de lui, ne sont pas d'accord sur rimportance et le sérieux de ses découvertes. Les uns disent que c'est un génie qui transforme toutes les méthodes; les autres, que c'est un enthousiaste qui cherche la pierre philosophale.

Donc, c'est un grand homme ou un fou. Et cela m'est égal, à moi ! Tous l'aiment, l'admirent ou le plaignent. Moi, je ne me moque pas de ce qu'il cherche. Ten suis effrayée ! Il me semble aimer un homme qui s'est adonné à ta

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magâp et gai finira pg ¥oir ies MiggB oa ks démons. C'est peut-être là mé des causes les i^ns irritaates de non amoor. II me [datt de le ^Bsputer à nnconouy à une poisssnoe occrite qui, vérité ou fiction, est une rinle qpie je ne peux ni dédaigner ni liair.

Ce qui dégoûte d'un faonane quand on est fière, c'est de le voir tous pnéférer une laide ou une sotte»

J'aurais peut-être épousé le marquis, si je ne l'eusse vu hésiter entre moi et une bète. le n'aurais pas si vite congédié Makofan, si fs n'eusse vu le papillon de ses rêves. J'aurais pu me figurer que c'était le phénix ùbuleux, le ses* ^abée d'or ou le cheval de l'Apocalypse. Émflins a failli tomber bien bas dans mon estime quand il m'a parlé de rétine et de cornée; mais il a mêlé à cda je ne sais quels mots qui m'ont se]&blé cabalistiques. U y avait du soleil, des wpeo- Ut$, des diamants, des rayons dans ses pandet ^

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et j'ai cm le voir aux pnses avec des légions d'esprits lumineux logés dans les miaoces fu£^ tives de raro-en-<del.

NonI je ne voudrais pas savoir ce qu'il cherche, le charme serait détruitl Je ae veux jamais qu*oa me le traduise eu termes vulgaires.

En arrivant id, nous n'avons pu le voir. Je tourmentais mon père, qui le cherchait partout sans le découvrir*

Enfin, j*ai eu une inspiration. (Al dans Tamour aussi, il y a de la magiel J'ai dit à mon père:

— Allons voir le lac Majeur 1

Nous sonunes arrivés sur les rives de ce beau lac, et la première personne que nous y avons rencontrée, c'était lui. Nous l'avons suivi dans HSL promenade. Il nous taisait ses adieux, il partait le lendemain. J'ai réussi à me trouver seule avec luL Je lui ai dit :

— Vou ne partez pas encore Vous étesseui

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et pauvre Les choses les plus sublimes ne peuvent s'accomplir en ce monde qu'à l'aide de moyens matériels qui vous manquent. Vous userez votre vie à résoudre le problème de la misère et de Tisolement, c'est tout un, et vous n'y parviendrez pas. Si vous découvrez votre secret; vous mourrez sans l'avoir révélé. Vous ne pourrez même pas avoir la certitude que ce n'est pas une illusion, car j'ai voulu savoir et je sais qu'il faut de la fortune pour expérimenter. Donc, il vous faut cent mille livres de rente et une famille qui vous pose dans le monde. Revenez à Milan, passez-y huit jours, et vous serez à même de réaliser le rêve que je vous propose.

Il est resté muet, absolument muet, perdu dans ses réflexions. Il avait compris.

Ce silence prolongé m'était bien cruel. J'avais des mouches d'or dans les yeux, j'étais prête à m'évanouir de honte, de terreur et de colère.

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n m'a pris la main et Ta baisée en mo disant :

— Voulez-vous me donner une heure pour réfléchir T... Ceci est bien inattendu l

Je l'ai laissé seul. Tai été rejoindre mon père. Je ne sais de quoi il m'a parlé. Je n'entendais pas, je ne voyais rien ; j'étais folle. Je regardais ma montre à chaque instant. Cette heure-là a été plus longue que toute ma vie passée.

Enfin, elle s'est écoulée. J'ai quitté le bras de mon père en le priant de m'attendre. Je me suis mise à courir comme je n'ai jamais couru. Je suis arrivée à l'endroit où j'avais laissé Émilius, sans savoir par où ni par-dessus quoi je passais.

Je l'ai trouvé debout et souriant, venant à moi sans se presser.

— Écoutez, ma chère enfant, m'a-t-il dit ; as* sey ez-vous sur l'herbe ; vous voilà toute essoufflée. Moi, je resterai debout ; je crois que c'est plus

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conTenable. Je vais vous parl^. Tout antre que moi, en pareille circonstance, serait bien persuadé que vous vous moquez de lui, et que c'est une charmante mystification...

Et, comme B me vit fondre ai larmes, il ajouta :

— Mais pourquoi pleurez-vous, puisque je crois que vous êtes sincère et byale ? Vous voyez bien que je vous estime ; il ne m*est pas venu à la pensée, depuis une heure que je réfléchis, que vous pouviez vous jouer de ma simf^cité. Eh bien, voici ma répome : séchez vos beaux yeux et regardez le soldl. Pouvez-vous mêle donner? Non! Eh bi^, vous ne pouvez rien pour moi!

Maintenant, ce n'est pas là toute la question : Q m'est facile de comprendre que vos cent mille livres de rente me feraient marcher plus vite et mieux à mon but, lequel est la lumière ou le néant. Je comprends aussi que vous ayez le cœur généreux et qu'une belle action vous tente ; cela

eA bien dans la satiire de la femme de cœur et â*€q)rit» Vous aeiiex faeiirei»e par eeia seul que vous croiriez aroir fait mon bonheur, et 9 est probaUe que je serais très-beureux aussi de votre bonté ; car la reconnaissance est un sentiment ptem de douceur et de beauté pour qui ne se sent pas indigne <ki bienfait* Hais il 7 aàtout cela un obstacle invinc3>le. CTest que je suis un homme d*honneur, et qu\Ki homme d'honneur regarde Tégoinne comme une bassesse. Ce bonheur, dont je vous parMs et qui était bien fait pour me tenter, j'ai calculé mathématiquement ce qu'il pouvait durer, et le résultat, c'est qu'en élevant le maximum autant que possible, vous auriez trois mois de gloire intérieure pour votre dévouement; trois autres mois de générosité, de patience et de résignation; trois autres mois peut-être de dépit, d'effroi, d'agitation, d'incertitude; et tout le reste de votre vie, de révolte humaine, de voigeance ou de désespoir. Ne di-

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tes pas le contraire, je me connais, j'ai déjà aimé I Je n*ai pas pu oublier la science, et je sais qu'une femme (c'est son droit) doit prendre dans la vie de l'homme qu'elle aimé une part plus grande que je ne peux la lui faire, n est trèspossible que j'en vinsse à vous sacrifier tout : mon œuvre ou mon rêve! Je suis très-doux, et je ne peux pas voir souffrir. Mais, à mon tour, je serais malheureux le reste de ma vie, et qui n'a pas de bonheur ne peut pas en donner. Ne parlons donc plus de cela. Oubliez-le; moi, je ne m'en souviendrai que pour vous aimer comme ma fille, car je suis d'âge à être votre père. Je suis plus vieux que vous ne croyez I

Je ne sais pas ce qu'il me dit encore, j*eus un vertige affreux, je perdis connaissance.

En revenant à moi, je vis mon père à mes cdtés. Émilius avait disparu.

Mais il n'est pas parti encore. Nous l'avons retrouvé une heure après à l'auberge, et nous

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voilà de retour à Milan^ où il a promis de venir nous dire adieu ce soir.

Je t'écris en l'attendant, ma chère, fespère encore! que dis-jel je crois, je suis sûre qu'il restera.

Au moment où il m'aidait à remonter en voiture, au bord du lac, j'ai vu dans ses yeux une larme, une seule; mais une larme de cet homme là !... Je suis majeure, tu sais? et mon père n'aurait pas même l'idée d'une résistance légale. 11 sera étonné, mais , au fond, il m'approuvera, après m'avoir fait toutes les observations qu'il croira devoir me faire.

IDnait.

n est parti I Je ne Fai pas vu ! Je ne le reverrai jamais I . •• J*ai la fièvre, on vient de me sai gner. Adieu, Aobertine; pense à moi... à cette coquette y à cette mondaine , à cette folle qui pourtant n'était pas une fille sans cœur !

FLATIE A ROBERTINfi

Nantes, S7 septembre 185...

Ha Robertine, je me marie demain.

J'épouse^ sans fanfares et sans canonnades, un bon jemie homme que j'aime de tout mon cœur.

Je n'ai pas voulu te le dire avant que les choses fussent indissolublement arrêtées.

Emile.. .Je ne dis pas Émilius, c'est un autre

émile : c*est Emile de Voreppe, que tu connais

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un peu, qui a maintenant vingt-huit ans , une belle position dans la magistrature , un esprit sérieux, un caractère charmant, peu de fortune et beaucoup de cœur.

C'est mieux que je ne méritais, n'est-ce pas, après une jeunesse si dissipée et avec une tète si légère ? Eh bien, je suis de ton avis jusqu'à un certain point; mon passé ne vaut rien; mais, depuis six mois, j'ai beaucoup réfléchi, et je te fais la promesse que mon avenir vaudra mieux.

Non, je ne suis phis la même. Je n'ai pas cru devoir te dire, jour par jour, le changement qui se faisait en moi. Tu n'y aurais pas cru tout de suite, tu m'aurais découragée* Tu es moqueuse, et, comme je le suis aussi, oe pauvre mri n'eût pas été pris an aérieux comme il voukàt absolumeat Tetra Le voilà débarrassé de sa gouverne; l'imaginalioii est calme. Le rive de FimpoiHùiCf oe malheureux et superbe rêve ^ m'avait gagnée, s'est évanoin toat doocemeiiC

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