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incontestée Le Soir regardait son élève avecautant d’orgueil que si le même sang eût coulé dans leurs veines. La Source aussi apprécia tendrement la valeur de ce frère amené dans la famille par le destin des batailles. Klle l’aima d’abord comme une petite fille qui éprouve le besoin d'être protézée ; mais l'amitié des fillettes, dans ces circonstances, n’est toujours qu'une chrysalide destinée à dérouler ses ailes lorsque fleurit le printemps : la jeune Irdienne subit la transformation inévitable, et continua à aimer son carmarade de jeux, sans s'inquiéter de ce que son affection avait changé d’enseigne, sachant bien que l'amour appelle l'amour. Cette enfant, la plus belle de la tribu, possèdait une âme généreuse, un tempéramment violent et une indomptable fierté. Aussi, n’avait-elle pas, à l'instar des autres filles de sa nation, effeuillé sa candeur d’adolescente dans les liaisons de libre coquetterie qu'auterisaient les mœurs de la forêt. Elle était restée pure. Dans la bourgade, on considérait La Source comme la fiancée de Le Carcois.
La société de ces deux personnages fut pour les Français un adoucissement. Non seulement ils réussirent, en un seul hiver, à apprendre très bien l'algonquin, mais encore, ils parvinrent à enseigner passablement le français au jeune chef.
Tous les jours, les quatre amis se réunissaient dans la cabane ou au dehors ; et comme Philippe
— s'était d'emblée arrosé le râle de nrofesceur :l se e professeur, :l se
promenait toujours ayant d’un côté la Source et de l’autre Le Carcois. Paul les Suivait ou les précédait, plus indifférent aux secrets de l'idiôme indien qu'aux mystérieuses beautés de la nature inviolée.
Le Carcois, très attentif, apprenait avec une facilité étonnante ; mais la jeune fille, quoique bien assudue aux leçons, semblait cependant peu s’y intéresser, Ses progrès étaient nuls.
Les sauvages pratiquaient largement l'hospitalité ; tout évènement de quelqu’importance était le prétexte d’un festin. L'hiver, ils n'avaient guère d’autres occupations, et s’invitaient de lointains villages à des fêtes où ils se trouvaient parfois jusqu’à cinq cents et qui duraient plusieurs jours, selon la solennité, ou tant que les provisions n'étaient pas épuissées.
Le Soir voulut se montrer grand seigneur.
Avant de se séparer de ses hôtes, Philippe de Savigny et Paul Guertal dont le départ approchait, il résolut de les régaler et donna en leur honneur une tabagie qui devait être la manifestation éclatante de son amitié pour les Français. Le sagamo convia donc ses amis et les anciens de la tribu.
Sept immenses chaudières, installées au milieu de la cabane sur des feux séparés, furent remplies, les unes de auartiers de chevreuil et de ven
cacvreuii et qe &i50t,
d’autres de poisson, les dernières de bouillie de mais,
Selon l'usage, l'amphytrion s'abstenait de Manger, mais hélas! déjà les traiteurs avaient porté chez ces peuples indomptés le mal de l’alcool, et Le Soir aimait l'eau de feu. Il ne refusait donc pas de boire avec ses invités. La dangereuse boisson coula si généreusement, qu’au bout de quelques heures la plupart des sauvages étaient ivres.
Fatigués de ces réjouissances grossières qu'ils subissaient depuis le matin, les deux Européens s'étaient retirés un peu à l'écart, avides de détourner leurs yeux du spectacle attristant de cette dégradation.
‘* Sortons, dit Philippe à Paul ””.
jonne idée de changer le tableau : allons voir les pièges que nous avons tendus aux vres ’?
‘" Oui, car ces ivrognes ne sont nullement inté. ressants à cette heure ; et pour ma part, je les ai regardés assez longtemps. Heureusement l'hiver est fini; dans quelques jours, nous rejoindrons nos compatriotes. ??
‘* Dans quelques jours peut-être, reprit Paul, car ces sauvages insouciants dérangent toutes nos prévisions et nous forcent À redouter toujours de nouveaux retards. Cette fois, il faudra compter avec l'eau de vie et... si la provision
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s'en va chercher sous son lit la gibecière en peau de chevreuil. Pendant ce temps, Phiiippe, apercevant, hors de la cabane, La Source pensive et la tête sur ses genoux, s'approche d'elle, et lui touchant familièrement l'épaule : ‘‘ A quelle grave méditation s’occupe donc ma sœur, qu'elle ne voit même plus ses amis ?’’ La jeune fille sourit ingénument et répond : ‘ Oh! je fais un doux songe mais le doux songe doit bientôt finir et je redoute la tristesse du réveil. ”’
—‘" Et ne peux-tu me dire quel est ce beau rêve qui met de la mélancolie dans tes yeux ? ”’
— “Le rêve d’une fille des bois pourrait-il tou-
cher mon frère au visage pâle ? reprend-elle
avec exaltation, ’’
Et Philippe, étonné de cette émotion dont il ignore la cause, répond machinalement :
quoi pas? Douterais-tu de mon cœur ? ’?
Les prunelles de la Sauvagesse ont un éclair de joie. Mais Paui qui revient, interpelle son ami ; celui-ci s'éloigne s qui luit dans les I Indienne,
‘‘Pour-
ans voir l’ardeur passionnée runelles sombres de la naïve
Elle considère longuement les gens, puis, comme attirée par un tible, lentement elle se cachant.
La forêt était proche :
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72 L'ÉNLÈVEMENT
tâche facile à des hommes qui, pour la plupart, n'avaient d’autres instruments que de méchantes haches de pierre. Ji y avait, autour de la bourgade, une éclaircie de cinquante pieds à peine, puis c'était la nature daus sa virginale somptuosité: des chênes gigantesques entremêlant leurs branches séculaires ; des pins s 2rbes épandant sur le sol les larges éventails à: leurs rameaux éternellement verts. De sveltes épinettes, d:s vignes capricieuses complêtaient l'enchevêtrement.
A cette époque, les feuilles de la saison dernière detrempées et décomposées par la neige fondue, couvraient le sol d'un tapis humide quiassourdissait le bruit des pas.
Philippe eut une exclamation joyeuse et se pencha pour dégager deux belles loutres prises dans les collets. Mais à ce moment, une main brutale lui ferma la bouche.
Trois Iroquois vigoui x se ruèrent sur lui, le liszotèrent et l'emportèrent. Le pauvre garçon eut à peine le temps de jeter un regard désespéré du côté de son ami, qu'il vit également aux prises avec une demi douzaine d'assaillants.
De loin, La Source avait tout vu ; elle porta la main à sa tête d'un geste désespéré, mais pas un cri ne s'échappa de ses lêvres.
Laissant s'éloigner un peu le groupe redoutabie, la jeune fille revinten courant vers les siens ; elle
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