Fleurs de France
CES Fleurs de France que nous présentons aujourd'hui au lecteur n'ont pas été cueillies par moi ; ce ne sont pas mes mains qui en ont disposé les nuances pour en faire un délicat bouquet : ma tâche toute prosaïque s'est réduite à lier entre elles ces fleurs choisies par un poète français, dans le spacieux jardin de la Muse moderne ; et s'il a voulu cacher son identité sous l'ombre épaisse du taillis voisin, qui osera expliquer la fantaisie d'un ménestrel ? Sans doute il désire rester pour le moment ignoré dans cet abri sûr, pour nous charmer bientôt par d'autres chants, soutenus comme celui du rossignol, légers comme celui de la bergeronnette, semblables à ceux qu'à ma demande il nous fait entendre ici.
Les divisions suivant lesquelles on a partagé les poèmes sont aussi artificielles que les rangs d'ifs de l'orangerie de Versailles ; mais un peu de convention, tout arbitraire qu'elle peut paraître, devait nécessairement s'introduire dans un tel recueil pour le rendre plus clair aux jeunes esprits non prévenus et à d'autres aussi, peutêtre. Cette classification d'ailleurs n'a pas été faite par moi, mais par le très modeste compilateur. Tout ce que nous pouvons faire ici, c'est de le remercier d'avoir montré tant de goût et surtout d'avoir réussi à nous dispenser tant de trésors dus en partie à la générosité
Préface
de ses amis et de ses pairs. Nous devons également nos remerciements bien sincères aux écrivains euxmêmes et à leurs éditeurs qui, comme tous les Français, sont fiers de leur langue maternelle et toujours heureux d'en répandre le glorieux héritage.
Il ne me revient pas de parler des poèmes de ce recueil, puisque j'ai été assez heureuse pour leur trouver un héraut de l'autorité de Monsieur le Professeur Ker. A lui de discuter le choix. Mais ce choix, bien qu'il ne soit pas mien, je dois pourtant assurer au lecteur que tout en le complétant j'en ai quelque peu influencé la discrétion : les lèvres les plus tendres peuvent en sécurité goûter le miel de la guirlande tout entière. Ainsi l'omission de morceaux connus, l'introduction de poèmes ou bien ignorés jusqu'à ce jour, ou bien déjà cités dans d'autres recueils, n'ont rien que de conscient et de délibéré.
Ceux qui connaissent le travail et l'effort de ma vie vouée au développement de l'étude du français dans ce pays, savent déjà que je suis seulement guidée par l'amour de la jeunesse et l'amour de la France, et comprendront que c'est là mon seul titre à me faire la marraine de cette Anthologie.