AVANT D'ENTRER DANS LA VIE COMMUNE
SOUTZSTBX.
une profonde âûgoiise /une larnie sincère , Un long tressaillement du cœur qui se resserre ^ Signalent les départs , humectent les adieux ; De tout ce qu'on aima les ombres désolées Surgissent devant nous ^ lugubres et voilées , Et le froid de la mort glace nos fronts brumeux.
Allez ! il est cruel de quitter ce qu'on aime^ Quand cet amour ^ pareil au laboureur qui sème y Prodigue à notre sol son germe bienfaisant ; Quand par lui nos vertus , nos luttes , nos pensées^ Et jusqu'à nos douleurs brillent poétisées, Comme par un rayon^du soleil renaissant^
Quand cet amour est grand , et noble, et sans souillures ) Qu'il ne s'adresse pas aux blanches créatures; Qu'il envoie un sang jeune à de fortes parois ; Quand il veut marier , non plus Thomme à la femme , Mais la pensée au cœur, mais le fer à la flamme ; Quand la sagesse et l'art sont ses dieux et ses rois.
Aussi , l'humble exilé que chasse la tempête Loin de «es chers abris, retourne encor la télé , Et pleure , en s'éloignant, tous ses rêves perdus : Car il sent que bientôt et Tart et la science Ne seront plus pour lui qu'une vaine apparence , Un faiblp écho', couvert par dfs bruit$ inconnus ;
— 159 -^ Il sait qu'après Téclal des premières années Que de raille splendeurs avaient illuminées Limagination , éteinte avant le soir -, Qu'après l'avènement delà raison sereine.
Pénétrant lès secrets dont celte vie est pleine, Pour découvrir au fond le droit et le devoir,
De vulgaires besoins ont ébranlé sa porte.
Puis, appelant près d'eux l'oubli qui tout emporte , Charge son dos glissant de tous ses souvenirs 5 Il sait encore, hélas ! que l'humaine misère L'oblige à déposer dans un coin de la terre Avec son passé mort ses plus brûlants désirs.
Aussi , vousl'entendez gémir le long des roules ;, La sueur sur son front ruisselle à grandes gouttes ; Ses yeux,qu'il cache en vain, sont mouillés de ses pleurs. Et la plainte, à sa voix si longtemps étrangère , Naît de son désespoir , comme une plante amère Des champs qu'ontenv^his les flots dévastateurs.
Oh ! oui^ pourquoi faut-il que nos fraîches années Appartiennent au sort ^ et que les destinées S'étendent pour dormir sur nos bonheurs flétris ; Que la neige, si blanche au sommet des m.ontagnes , Roule avec l'ouragan jusqu'au fond des campagnes, Amas lourd et souillé de fange et de débris ?
Pourquoi tout marche-t-il de la lumière à l'ombre , De l'enfance étoilée à la vieillesse sombre , Des chants de la nourrice aux chants du fossoyeur? Pourquoi le jeune oiseau i voltigeant à l'aurore , Se laisse-t-il surprendre a^^ége qu'il ignore y Puis tombe ^ fasciné, sous le plomb du chasseur?
Pourquoi le vide^ après toutes ces plénitudes , Ces richesses d^amoùr^ de pensée et d'études ^ Ces épanouissements d'un cœur limpide et fort? Pourquoi , croyant frapper aux portes de la vie , La main qui l'appelait ^ désireuse et ravie , Frémit-ellé > en voyant apparaître la mort ?
— lu —
Voyez-vous I en passant le senil où je m'drréle Comme préoccupé d'une frayeur secrète , S'il ne fallait quitter que les rêves d'amour j Si , traînée à l'autel , la triste poésie Devait seule être offerte en vicltme choisie, Peut-être Fui dirais-je un adieu sans retour.
La poésie, hélas! n'est qu'une fleur charmante }
Quand le printemps finit , de sa tige odorante
Elle exhale son âme eu suprêmes accords;
Elle va s'effaçant comme un pâle fantôme :
Mais la fleur cache un fruit, et le poète un homme ;
Et l'homme et le fruit mûrs sont les seuls vrais trésors.
Le plus amer regret dout l'âme soit hïessée , Le deuil le plus poignant, la plus morne pensée , C'est> ^luand Tarbré fécond tend vers nous ses rameaux ; Quand l'ârâie s'est courbée, avide de science, Pourétancher sa soif , et que 'Hntelligencë Jusqu'à sa lèvre pure a fait couler ses eaux;
C'est , quand un horizon vaste ^ infini ^ sublime , Se montrait à nos yeux , de trouver un abîme Qu'il nous soit à jamais interdit de franchir y De voir Tarbre aux fruits mûrs éviter notre atteinte j Et malgré nos efforts «t malgré notre plainte , La source où nous buvions se sécher et tarir :
C'est enfin , c'est d'avoir rêvé sa jeune vie Assise pour longtemps à l'ombre du génie , Vouant à la pensée une féconde ardeur j Et, sorti de ce rêve éclatant de lumière , De heurter rudement une borne grossière Se dressant aux abords du monde inférieur.
Tel est le mal profond , et l'adieu qui salue Pour la dernière fois sa clarté disparue Serait un hymne empreint d'un affreux. désespoir y Si je ne sais quel astre ; éclairant l'âme humaine , Ne lui montrait toujours le bonheur sous la peine ^ Et le soleil caché dans les brouillards du soir.
tl Février 1859.