ESPOIR
Eh ! lassé da fumier obscène où je me vautre, Moins patient que Job, je pourrais, comme un au're. Prendre quatre morceaux de charbon, à huis clos. Et prier le Néant d'étouiïer mes sanglots.
Mais non, malgré le sort et l'Ironie amère, J'entends le vol lointain de la jeune chimère : — Tu seras roi, me dit le spectre souriant. Tu seras riche comme un prince d'Orient, Tu seras glorieux, et sur toutes les têtes Ton pied promènera le pas fier des conquêtes. Endors-toi ! Ta douleur dormira, ta douleur
Disparaîtra demain ; la gaieté tout en fleur Éclora de nouveau ; la femme n'est qu'un rêve, Un rêve qu'un soupir de ton âme soulève; Il parait grand et beau, mais que ta volonté Souflle dessus, ce n'est rien en réalité.
(Juimporle la beauté, qu'importe la statue? Elle sera par les mains du temps abattue. Et d'autres te viendront sur ton chemin, enfant. Peupler de leurs amours le cœur du triomphant. Enlacer de leurs bras ton front et ta couronne, Et dire : Ce que j'ai d'amour, je te le donne. Celle-là qui l'a fui sera morte, comme un Beau nuage qui va grossir l'égout commun ; D'autres, belles cent fois et cent fois plus aimantes Apaiseront cette âme aux muettes tourmentes. Va vaincre ! Tu le sais, les volatiles cœurs Des femmes sont la proie ardente des vainqueurs.
Qu'importe ta misère absurde, et la tenace
Obsession du froid usurier qui menace ?
L'imagination t'élargit l'avenir :
Un ciel plein de palais longs à n'en plus finir.
Avec de merveilleux festons, des astragales.
Avec les diamants des Héliogabalcs,
Des boudoirs enivrés de modernes parfums,
Des cirques et des bains dignes des temps défunts.
Et des sofas et des lustres cl des antiques,
El l'éternel soleil illustrant les portiques
Dors, enfant, en songeant au splendide avenir !
Et j'ai soufflé la lampe amère, pour dormir.
1>R0MENADE
Quand la nuit se répand sur la terre, Je m'en vais par le bois solitaire Loin du bruit et du rire moqueur.
Et le calme est profond ^ous les cbênes, Tout s'apaise, et les cris et les haines. Et j'entends la chanson de mon cœur.
Tuut est beau dans la nuit insondable.
0 mes yeux, vers l'azur formidable Levez- vous ! La tristesse s'endort !
L'horizon s'obscurcit en silence :
Ariel vers les astres s'élance, Allumant toutes les lampes d'or.
0 mon àine ! soyez attentive !
Écoutez la musique captive
Qui s'évade à travers la forêt :
C'est le chant vieux et neuf de Zéphire,
Un murmure alangui qui soupire
Comme si la nature pleurait.
C'est la voix des coteaux, des vallées, C'est l'accord des hauteurs étoilées Qui me font, plein de rêves, songer.
On respire une amour infinie, C'est ta sève, ô nature bénie !
Et je Veux, loin de tous, m'y plonger.
Et je vais par le bois solitaire, Quand la nuit se répand sur la terre.
Loin du bruit et du rire moqueur.
Et le calme est profond sous les chênes, Tout s'apaise, et les cris et les haines. Et j'entends la chanson de mon cœur.