Fleurs nationales et les fleurs politiques
Les emblèmes et les armoiries que les nations, les villes, les corporations et certaines familles adoptèrent comme marques distinctives, dès les temps les plus anciens, procèdent de l’Allégorie, c’est-à-dire du goût pour le symbolisme qui était si en faveur autrefois.
Après avoir reçu une signification conventionnelle et pris une forme héraldique, certains objets furent donc choisis pour représenter, d’une manière symbolique, un pays, une famille, une idée ou même une opinion. Ne voit-on- pas les partis politiques arborer une fleur emblématique en guise de ralliement?
, f1) Sources : Laborde (Gte de). Les fleurs de Lis héraldiques et les fleurs de Lis naturelles. (Rev Archeolog. 1832-53, t. ix, p. 355-65). - Beaumont (Adal- Dert de), Recherches sur Vorïgine des blason s et enparticulier sur la fleur de Li>, Paris, 1863; 1 vol. in, -8. - Roschach., De la fleur de Lis considérée comme emblème national. (Mem. Acad. Sc. de Toulouse, 1884 p. 136- J '* Friend (Rev. Hilderic), Flowers and Flower- Lore. London, 1884; 2 vol. in-S.
Athènes figurait sur ses monnaies le hibou et l’Olivier, attributs de Minerve, protectrice de cette cité. Les Gaulois avaient pour emblèmes nationaux le cheval, le sanglier et le taureau. Au commencement du siècle dernier, Napoléon Ier reprit au peuple conquérant par excellence l’aigle qui surmontait les enseignes des armées romaines.
Tout le monde connaît, d’ailleurs, le léopard et la licorne des armoiries de la Grande-Bretagne, le lion de Saint-Marc, la croix de la Maison de Savoie, l’abeille napoléonienne, le croissant de M’empire turc et autres figures allégoriques de ce genre.
Mais les plantes ont été aussi employées par l’art héraldique.
Il y a des fleurs nationales. Le symbole d’Israël était le Palmier. L’Assyrie avait le Cèdre du Liban. Le Lotus était la plante nationale de l’ancienne Égypte et de l’Inde.
Le Lis
A une époque plus rapprochée de nous, la France s’appelait le royaume des Lys. Jusqu’à la fin de la monarchie, on rencontrait la fleur de Lis héraldique non seulement dans les armoiries personnelles des rois de France, — d’azur à trois fleurs de Lis
d’or — (1) mais encore dans celles de nombreuses villes, sur les étendards, les monnaies, les sceaux. C’était le symbole de la nation. Les artistes employaient la fleur de Lis héraldisée comme possédant au plus haut degré les qualités ornementales. Elle se montrait partout : sculptée sur le bois et la pierre, gravée sur les métaux, peinte sur les vitraux, brodée sur les étoffes. Elle s’identifiait si bien avec le pays et la royauté que Charles d’Orléans, prince du sang et poète au xve siècle, pouvait dire en parlant de sa propre origine :
« II est sailly de la Maison de France ,
« Creu au jardin semé de fleurs de lys . Mais d’abord était-ce véritablement la fleur du Lis des jardins ( Lilium candidum ), qui caractérisait ainsi la monarchie et la nation françaises?
La question a été fort controversée.
Citons seulement quelques conjectures émises à propos de l’origine incertaine de cette figure symbolique :
D’après quelques auteurs, ce serait plutôt la fleur du Glaïeul des marais ou Flambe ( Iris Pseudo-Acorus ) nommée par les Allemands Lilienblum , c’est-à-dire fleur de Lis. Et, en effet, le Lis héraldique rappelle
(1) Comme figure de blason, fleur de lis se prononce fleur de li , sans faire sentir l's.
mieux la forme générale de l’Iris que celle du Lis des jardins.
Pour M. Adalbert de Beaumont qui a écrit un intéressant volume sur ce sujet, la fleur de Lis est un ornement oriental qui
devint l’attribut de la royauté française après les croisades. Il est certain qu’un fleuron analogue à la fleur de Lis héraldique est reproduit partout comme motif décoratif dans l’art égyptien et assyrien. On retrouve plus tard ce même fleuron formant le type de F ornementation chez les Persans^ les Arabes et les Byzantins. Les miniatures des manuscrits de la période carlovingienne
présentent souvent un petit ornement en forme de fleur de Lis, ornement qui était employé, on le voit, bien avant l’invention des armoiries féodales, puisque leur apparition ne remonte pas plus haut que la se-
Fig. 2. — Lis doré.
conde moitié du xne siècle. Si la conjecture de M. de Beaumont était exacte, la fleur de Lis des rois de France ne serait autre chose que le Lotus égyptien interprété par l’art.
D'autres ont vu dans les trois fleurons du blason royal la reproduction de fers de lance, ou encore une modification des trois crapauds qu’une ancienne légende donne pour armoiries aux rois francs du temps de
Clovis. Cette opinion peu vraisemblable se trouve déjà dans Raoul de Presles chroniqueur qui écrivait sous Charles V.
Evidemment, ces questions d’origine ne seront jamais résolues. Il faut avouer que la fleur de Lis héraldique pourvue de trois pétales seulement s’éloigne beaucoup de la fleur de Lis naturelle. D’ailleurs, pendant la longue durée de la monarchie, la forme de cet emblème s’est trouvée continuellement altérée et modifiée par les artistes. Tantôt le Lis héraldique ressemble à un trident aux pointes effilées, d’autrefois à un fer de lance, le plus souvent à une sorte de hallebarde dont \leux pointes sont recourbées en forme de hameçon.
Le type originel est élancé et grêle. De Louis VII à Hen,ri IV, le Lis héraldique conserve néanmoins à travers ses variations un véritable cachet d’élégance dans le blason royal (fîg. 3 à 6). Il perd ce caractère à partir de Louis XIV. La fleur de Lis s’épaissit, se déforme jusqu’au point où nous la trouvons dans les types de Louis XVIII et de Charles X (fig. 8).
La première apparition officielle de la fleur de Lis héraldique est sur le sceau de Philippe-Auguste, vers 1180. Mais déjà, en 1179, une ordonnance de Louis VII, son père, réglant le cérémonial du sacre des
rois, mentionne un vêtement et des bottines de soie azurée parsemés de fleurs de Lis. Vers 1190, l’historien Rigord disait que l’étendard français se distinguait par ses fleurs de Lis. Cet emblème a donc pris fort vite une importance considérable ; il a duré jusqu’à la fin de la monarchie comme symbole de la race capétienne et de la nation française. Dans l’art, il joue encore un certain rôle à cause de ses qualités hautement décoratives.
La Rose
La Rose est la fleur nationale de l’Angleterre. Le Chardon appartient à l’Ecosse, le Shamrock ou petit Trèfle représente l’Irlande. L’histoire légendaire des plantes nationales de nos voisins d’Qutre-Manche est très curieuse. Qu’il nous soit permis d’en donner ici un court aperçu emprunté, en partie, à la Revue britannique (1) :
L’époque la plus désastreuse et la plus •agitée de l’histoire d’Angleterre, depuis la conquête des Normands jusqu’à nos jours, est le temps qui s’est écoulé entre l’avènement de vHenry VI et celui de Henry VII. C’est l’époque de la guerre des Deux-Roses, qui comprend un espace de cinquante ans.
(1) Les fleurs nationales [Revue Britannique, 1858,. t. îv, pp. 481 -S).
Jamais il n’y eut plus de prétendante rivaux pour se disputer le trône. Au milieu de ces troubles, la Rose, emblème accoutumé de la beauté, de la douceur et de l’amour, devint l’emblème et le signal des plus longues et des plus sanglantes guerres civiles qui aient désolé l’Angleterre. Cette bizarrerie doit son origine aux circonstances suivantes : A Londres, vers l’année 1450, quelques seigneurs et gentilshommes discutaient la question qui divisait alors les esprits et les cœurs : qui devaient-ils reconnaître pour légitime héritier du trône d’Angleterre? Ce qu’on appelle les clubs n’existaient certes pas à cette époque, mais les controverses politiques ont été de tous les siècles, et ceux qui s’y livraient en cette occasion, choisirent les jardins du Temple (: Temple Gardens ) pour leurs discussions, afin d’y être moins interrompus. (1). A peine étaient-ils réunis dans cette enceinte, qu’ils virent venir à eux Éichard Plantagenet, depuis duc d’York. On ne voulut plus continuer la délibération devant lui, car il était l’un des prétendants au trône, et il s’établit un profond silence. Néanmoins, le prince leur demanda ce dont ils parlaient
(1) L’endroit verdoyant qui s’appelait les Jardins du Temple, dans Londres, est encore aujourd’hui le lieu ou se font les expositions d’Horticulture.
avec tant de vivacité au moment où il avait paru, et il voulut savoir s’ils embrassaient sa cause ou celle de l’usurpateur Henri de Lancastre. La demande étant restée sans réponse, il ajouta :
Puisque vous refusez de m’exprimer votre opinion par vos paroles, faites-là-moi connaître par un signe ostensible et que tout loyal partisan de la Maison d’York cueille ici une Rose blanche, comme je le fais moimême.
Alors, répliqua le comte de Somerset, que quiconque hait la flatterie et se tient prêt à soutenir les droits de notre légitime souverain, en son absence et en face de ses ennemis, cueille avec moi une Rose rouge.
Soit, dit le courageux comte de Warwiek, ma fleur sera la Rose blanche, et en la cueillant je m’engage à être le ferme défenseur de la Maison d'York.
Bien, reprit le comte de Suffolk, je suivrai l’exemple du comte de Somerset et je me parerai d’une Rose rouge en signe que je m’engage à défendre jusqu’à la dernière goutte de mon sang la cause de Henry de Lancastre.
Ce dialogue ne manque pas de grandeur et Shakespeare, qui a vu son effet dramatique, l’a introduit dans la première partie de sa pièce Le roi Henri VI.
La Rose, blanche et rouge, devient ainsi l’emblème des deux partis rivaux de la guerre des Deux-Roses, pendant laquelle plus de 100.000 hommes périrent et qui prit fin seulement lorsqu’Henry YII de Lancastre, par son mariage avec Elisabeth d’York confondit les deux maisons rivale en une seule.
En souvenir de ces évènements historiques, la Rose est devenue, à partir du règne de Henry VII, la fleur nationale de l’Angleterre ; elle orne son blason, elle a souvent figuré sur ses monnaies, on la voit brodée sur le pittoresque pourpoint des gardes de la Tour de Londres, elle forme le motif ornemental des ordres conférés par les souverains anglais et, comme le Lis en France, la reine des fleurs, interprétée par l’art, a joué, en Angleterre, un rôle prééminent au point de vue décoratif.
Le Chardon
Le Chardon, emblème héraldique de l’Ecosse, a une autre origine, également curieuse : Sous le règne de Malcom Ier, vers l’an 1011, l’Ecosse eut à subir une invasion des Danois qui fîrentune descente dans le comté d’Aberdeen et débarquèrent à Buchan-Ness, résolus d’emporter d’assaut le château de Slaim. Cette citadelle, par sa
situation, était d’une extrême importance pour les Danois, et sa prise eût facilité toutes leurs invasions ultérieures. Le calme et le silence de la nuit furent choisis comme l'heure la plus favorable pour l’attaqué. Les Danois se flattaient qu’en survenant ainsi à l'improviste, ils pourraient sans peine se rendre maîtres de cette forteresse. Dès que les préparatifs furent achevés et la nuit assez avancée pour faire supposer que tous les habitants du château étaient profondément endormis, on donna le mot d’ordre et on se mit en marche. La troupe danoise s’avance lentement, sans prononcer une parole et, par surcroît de précaution, elle s’avance nu-pieds de peur qu7on n’entende le bruit des pas. Déjà elle approche des, hautes et fortes tours de Slairo. On n’entend pas le moindre bruit, on ne voit pas une seule lumière sur les remparts ; évidemment, la garnison est plongée dans le sommeil ; il n’y a plus qu'à traverser le fossé, appliquer les échelles aux murailles et la citadelle est prise. Tout à coup un cri perçant, un cri douloureux, part des rangs des assaillants ; les sentinelles s’éveillent et donnent l’alarme, la garnison est debout et armée en un clin d’eeil, et maintenant c’est elle qui attaque et met en fuite les Danois. D’où venait cette
terrible péripétie ? D’une cause assurément fort simple et naturelle : les fossés du château se trouvaient à sec, et il y avait poussé des Chardons qui déchiraient les pieds nus des Danois et leur arrachèrent le cri involontaire qui fît courir aux armes les défenseurs de Slaim. Ainsi le Chardon avait sauvé l’Ecosse à peu près comme à Rome les oies sauvèrent le Capitole, et un sentiment de reconnaissance en fit l’emblème national du pays.
Le Trèfle
Le Shamrock ou petit Trèfle doit son adoption comme signe de ralliement des Irlandais à Saint Patrice, premier évêque d’Irlande et patron de cette île. On n’est pas d’accord sur le lieu de naissance de l’apôtre de l’Irlande mais sa mère était sœur de Saint Martin, le célèbre évêque de Tours, si vénéré en France, au temps de la première race de nos rois.
A l’âge de 16 ans, Patrice fut enlevé par des pirates et vendu en Irlande à un chef nommé Mac-Bien chez lequel il passa 6 années entières à s’occuper des fonctions les plus serviles. Mais enfin Patrice paya la rançon de sa liberté avec une pièce d’or trouvée par lui dans le sillon qu’il venait de labourer. Il retourna aussitôt en Angle-
terre et rejoignit ses parents. Cependant, Tardent désir de devenir l’apôtre de l’Irlande s’emparait de lui. Il reçut les ordres en 432 et commença son apostolat en Irlande.
Un jour, il prêchait sur les collines de Tara et essayait d’expliquer le mystère de la Sainte-Trinité, mais son auditoire refusait de comprendre et de croire qu’il pût y avoir trois personnes en un seul Dieu.
Patrice s'interrompit un instant et, apercevant un Shamrock qui s’épanouissait à ses pieds sur la verte pelouse, il le cueillit et dit en le montrant au^: Irlandais : « Vous voyez dans cette humble herbe des champs trois feuilles réunies n’en formant qu’une seule, et vous refuseriez de me croire quand je vous annonce, d’après l’Ecriture Sainte, qu’il n’y a qu’un Dieu et cependant trois personnes en Dieu!... » Cette comparaison naïve produisit l’effet que souhaitait Patrice, et, à partir de ce jour, le Trèfle est devenu l’emblème national de l’Irlande,
Les Irlandais considèrent comme le vrai Shamrock le Medicago lupulina , qui s’appelle en français Minette et Lupuline, ou encore le Trèfle des prés [Trifolium pratense). Au marché de Covent-Garden, ces deux plantes à feuilles trifoliolées sont vendues le jour de Saint-Patrice, mais le Medicago paraît avoir la préférence pour
orner la boutonnière ou le chapeau des patriotes irlandais.
Le Poireau
D’où vient un emblème national aussi inattendu que le Poireau, symbolisant le
pays de Galles, en Angleterre? Shakespeare nous apprend que. le Poireau des Gallois date de la bataille de Cressy, victoire gagnée sur les Saxons, en 640. Afin de pouvoir se distinguer entre eux, paraîtil, les Gallois avaient imaginé d’arborer à leur chapeau cette plante potagère.
Le Chrysanthème
Depuis les temps les plus reculés, le Chrysanthème est le symbole du Japon. Un
Chrysanthème héraldique figure déjà sur le sabre d’un mikado qui régnait vers 1186. On le voit aussi sur certaines monnaies japonaises anciennes, sur le sceau impérial et l’étendard du Japon (fig. 9), enfin fsur les timbres-poste. Il existe dans ce pays un ordre impérial très recherché : Tordre du Chrysanthème, distinction que le souverain confère seulement aux personnages d’un rang élevé. Le Chrysanthème héraldique qui figure dans les armes de l’empire du Japon se présente sous la f orme d'une fleur à 16 rayons reliés entre eux par tout autant de petits ares.
Le Bluet
Au Bluet, fleur préférée de la sentimentale Allemagne, se rapporte une touchante anecdote : la reine Louise dé Prusse fuyait de Kœnigsberg devant les troupes victorieuses de Napoléon Ier. Elle était accompagnée de ses deux jeunes fils dont l’un devint empereur sous le nom de Guillaume IeS; un accident survenu à la berline de voyage obligea les fugitifs à s’arrêter sur la route au milieu des champs émaillés de Bluets fleuris. Pour distraire ses enfants/la reine Louise se mit à confectionner des couronnes Javec les Bluets que ceux-ci allaient cueillir dans les blés, mais,
songeant à son triste sort, elle ne pouvait retenir ses larmes. Guillaume Ier conserva toujours le plus vif souvenir de cette scène qui lui rappelait les malheurs de sa famille et de son pays. Le Bluet devint, par suite, sa fleur favorite que F Allemagne, à son exemple, adopta comme un patriotique souvenir.
Depuis quelques années, le Bluet est devenu le signe de ralliement des antisémites français.
Le Tilleul, la Grenade, l’Ancolie, l’Edelweiss, etc.
Le Tilleul (Linden) est aussi un arbre national en Prusse. La Grenade symbolise l’Espagne. L’Erable à sucre représente le Canada. La Violette est fleur nationale chez les Athéniens; de même l’Edelweiss en Suisse. L’Etat du Colorado (États-Unis) a fait promulguer une loi qui élève la Colombrne ou Ancolie au rang de fleur nationale de cet Etat. U Aquilegia cœrulea est très abondante dans les Monts Rocheux. C’est le botaniste Ch. Sargent qui a proposé l’Ancolie. La forme de cette fleur rappelant celle du bonnet phrygien, emblème républicain ; on y trouve* aussi les trois couleurs nationales françaises.
Le Houx, le Genêt et l’Aubépine
Le Houx et le Genêf caractérisent la Bretagne et l’Anjou. Les membres de la famille des Plantagenet, qui donna plusieurs rois à l’Angleterre, avaient comme emblème héraldique une branche de Genêt fleuri.
Geoffroy d’Anjou, sur un champ de bataille, aurait fixé une branche de Genêt fleuri à son casque, d’où le surnom de Plantagenet [Planta genista ) donné à cette famille qui a joué un grand rôle historique. La tige fleurie du Genêt figure sur le sceau de Richard-Cœur-de-Lion, un descendant cé lèbre de Geoffroy d’Anjou.
L’Aubépine est associée, avec la Rose blanche, à la Maison des Tudor. Marie d’Angleterre avait dans ses armoiries une Rose et une Grenade.
La Pâquerette ou Marguerite
La Pâquerette, "qui répond aussi au nom poétique de Marguerite, a été dans les temps anciens et modernes, la fleur héraldique et emblématique de nombreuses princesses : Marguerite de Provence, reine de France, Marguerite, femme de Charles le Hardi, duc de Bourgogne, Marguerite d’Anjou, reine d’Angleterre, Marguerite, reine d’Italie et autres.
Le Lis
Parlons maintenant des fleurs introduites dans la politique. Entre le xie et le xive siècle, les querelles des partis guelfe et gibelin divisèrent l’Italie et l’Allemagne. Les Guelfes, partisans de la domination des empereurs d’Allemagne, portaient un Lis rouge; les Gibelins, partisans de l’indépendance italienne et des papes qui la défendaient, se distinguaient par un Lis blanc. Le Lis forme le principal ornement des armoiries de la ville de Florence.
La Violette
De nos jours, nous avons vu la Violette devenir le* signe de ralliement des impérialistes. Lorsque Napoléon Ier détrôné par les alliés partit en exil à l’île d’Elbe, il promit à ses fidèles de revenir avec les Violettes, c’est-à-dire au printemps. Aussi, pendant son absence, la Violette était le secret symbole par lequel ses partisans se reconnaissaient et manifestaient sans trop de danger leur opinion. Certains d’entre eux portaient des bagues violettes avec cette devise « elle reparaîtra au printemps ! »
Quand ils demandaient: Aimez-vous la Violette? la réponse devait être <( eh bien! » si l’interpellé était un initié ; le premier interlocuteur complétait alors sa phrase en disant : « efle reparaîtra au printemps! » C’est pourquoi les partisans de l’empire avaient surnommé Napoléon Ier « le général La Violette ». L’empereur reparut en effet avec les Violettes, le 15 mars 1815, mais pour finir trois mois après à Waterloo; après quoi, Louis XVIII proscrivit le port de la fleur comme emblème séditieux.
Alphonse Karr raconte que Mlle Mars, célèbre tragédienne du temps, ayant paru en 1815, sur la scène du Théâtre-Français avec un bouquet de Violettes à son corsage, fut outrageusement sifflée par les gardes du corps de Louis XVIII, ce qui amena des luttes, des coups de poing au parterre et des coups d’épée au bois de Boulogne.
La Fritillaire et l’Œillet
La Restauration fit aussi enlever les Fritillaires ou Couronnes impériales qui ornaient le Jardin des Tuileries. Juste retour des choses d’ici-bas, après les journées de juillet 1830, on s’empressa d’arracher tous les Lis plantés dans les jardins royaux.
L’Œillet des fleuristes (fig. 10) a fourni et fournit encore des couleurs politiques.
Fig. 10. — Les Œillets : le rouge, emblème du boulangisme et du nationalisme ; le blanc, fleur des monarchistes constitutionnels
Il y a un peu moins d’un siècle, l’Œillet rouge a été le symbole de Napoléon Ier. Peu après 1815, sous la seconde Restauration, le port de la Violette étant devenu séditieux, comme il a été dit plus haut, les impérialistes, adoptèrent l’Œillet rouge, pendant que, par opposition, les royalistes se paraient de l’Œillet blanc.
L’Œillet rouge a été en grande faveur il y *a quelques années, pendant la période boulangiste parce que c’était, paraît-il, la fleur favorite du général Boulanger ; il est resté, depuis cette époque, l’emblème du parti nationaliste.
Quant à l’Œillet blanc, il représente actuellement, en France, la monarchie constitutionnelle. Le Comité de VŒület blanc , dont le président d’honneur est le duc de Luynes, compte parmi ses membres les grands noms de l’aristocratie et les personnalités marquantes du parti royaliste.
L’Églantine, le Coquelicot et l’Immortelle
Les socialistes des différents pays, d’Europe se reconnaissent à l’Eglantine rouge. Depuis quelque temps on rencontre le Coquelicot artificiel à la boutonnière des socialistes.
L’Immortelle est aussi un symbole socia-
liste; elle sert encore à manifester certaines opinions anti-religieuses. Nous savions bien que les emblèmes sont des signes tout à fait conventionnels ; cependant, dans le cas présent, choisir l’Immortelle pour symboliser la négation de l’immortalité de l’âme, cela peut paraître assez... inconséquent î
L’Acacia et Le Peuplier
L’Acacia est la fleur de la Franc-maçonmerie. Cet arbre joue un rôle dans les rites mystérieux des Francs-maçons, qui reconnaissent un des leurs dans la personne sachant répondre, suivant les règles, à la question habituelle : :< Connaissez-vous
l’Acacia? »
En 1848, le Peuplier était regardé comme un emblème républicain, à cause de son nom latin Pojpulus , qui veut dire peuple. Chaque commune française dut planter un arbre de la Liberté , béni par le clergé dans une cérémonie officielle, c’est-à-dire un Peuplier qui symbolisait le nouveau régime républicain. Ces arbres furent tous arrachés sous l’Empire.
La Primevère
La Primevère printanière qui, au sortir de l’hiver, embellit les prés de ses char-
mantes fleurs jaunes, est fleur politique en Angleterre. C’est la fleur emblématique du parti conservateur anglais, qu’on appelle le parti tory. Lord Beaconsfield en était naguère le chef le plus influent. Aussi, chaque année, depuis 1882, le jour anniversaire de sa mort, les tories célèbrent le Primerose Day (jour des Primevères).
Voici pourquoi la Primevère sauvage est associée à la mémoire de Lord Beaconsfield. M. Albert Maumené a déjà raconté dans le Jardin,, l’origine de cette coutume (1) :
« Chaque année, le 19 avril, il n’est pas dans toute l’Angleterre de conservateur qui se respecte, des deux sexes et de toute condition qui ne porte soit à la boutonnière, soit à son corsage, une touffe de Primevères.
(( Mais ce serait une erreur d’attribuer l’origine de cette coutume à ce que Lord Beaconsfield aurait fait de la Primevère sa fleur favorite. Lors des obsèques de son ministre, la reine Victoria envoya pour le char mortuaire, une couronne de Primevères avec cette inscription : Sa fleur. Pour la veuve inconsolable qu’était la reine, ces mots, sa fleur , s’appliquaient à la fleur qu’avait préféré son époux le prince Albert. Mais le public qui ignorait cette particula-
(1) Le Jardin, 1902, p. 116.
ritêy crut que la Primevère était la fleur favorite de Lord Beaconsfield. Et une idée germa dans la cervelle de quelques-uns
Pourquoi la Primevère ne deviendraitelle p js l’emblème des conservateurs anglais?
«Une association fut donc fondée sous le nom de Primerose league (Ligue des Primevères), qui englobe toutes les forces vives du parti conservateur. »
Il n’est pas jusqu’à l’Extrême-Orient qui n’emploie les fleurs pour distinguer ses différentes sectes politiques et religieuses.
Le Nénuphar et FOrchidée
En Chine, les Sociétés secrètes pullulent. Durant la seconde moitié du xvne siècle et le commencement de xvme, l’Empire chinois fut grandement troublé par une ligue ou Société secrète qui répondait aü nom gracieux de .(( Nénuphar blanc ». Une autre association politique moderne a pris pour emblème une Orchidée; elle s'appelle conséquemment « l’Orchidée d’Or ».
Comme on le voit, la Rose, le Lis, le Bluet, le Trèfle, le Genêt, la Pâquerette et d’autres plantes encore ont tenu une large place dans l’art héraldique, puisqu’elles ont servi à symboliser de grandes nations et d’illustres familles; comme em-
blêmes et signes de ralliement, leur rôle a été non moins important dans les luttes politiques de tous les temps et de tous les pays. -