SCENE II
HENRI, puis IRMA, puis HORACE.
HENRI, seul et très tendre.
Elle est délicieuse, un peu jalouse, maisdélicieuse.
(a Irma qui entre par le fond.) C'est M. Leverdet ? IIIMA.
Non, Monsieur, c'est M. Horace Grisolles qui demande si Monsieur peut le recevoir.
HENRI, à part.
Le flirt de ma femme? (Haut.) Faites entrer...
(Pendant qu'Irma remonte pour faire entrer Horace.) Que peut-il me vouloir? (paraît Horace, il est très rouge.)
Bonjour, cher Monsieur, vous allez bien?
HORACE
Non ! J'ai le sang à la tête.
HENRI
En eÔ'et, vous êtes un peu rouge. (Lui indiquant le
fauteuil.) Donnez- VOUS la peine de vous asseoir... Ce sont sans doute les premières chaleurs...
Il s assied sur le canapé.
HOilACl';. avec l'orco.
Ce ne sont pas les preiuirres chaleurs, c'est votre femme!
HENRI
Ma femme ?
HORACE
Quand vous êtes venu vous installer dans cette maison, il y un an, j'en fus ravi tout d'abord... Vous êtes un homme aimable, de relations agréables.
HENRI, confus,
I\ronsieur !
HORACE
Oh! vous n'êtes pas un intellectuel!
HENRI, vexe.
INIonsieur !
HORACE
Mais pour être banquier, il n'est pas nécessaire d'avoir uut-anl d'esprit cpie Voltaire !
HKNllI, so levant.
.J'espère, Monsieur que ce n'est pas uniquement pour me dire ça...
HORACE, très calme.
Du tout, c'est un préambule! (Uenri se raaeied,
énervé.) Quant à madame Destourelles, certes, je la trouvais charmante, mais pour être franc, je ne la regardais tout d'abord (jue d'un œil assez indilTéront... Ily a tant de fennnes charmantes ù Paris!...
HENRI, agacé.
Au fait. Monsieur, je vous en prie !
HORACE
J'y arrive. Un matin, en soulevant le rideau de mon cabinet de toilette — il donne sur la cour, de l'autre cùté du vôtre, — je poussai un cri d'admiration: Madame Destourelles était dans son cabinet de toilette, elle aussi, elle avait oublié de baisser le store et elle prenait un tub !
HENRI, se levaut.
Monsieur î
HORACE, se levant.
Ah! Monsieur! Quel corps! Quel buste! Quelles épaules!
HENRI
Assez, Monsieur, assez!
HORACE
C'est juste, vous les connaissez mieux que moi, hélas! Je n'eus plus qu'une pensée qu'un désir : serrer ce corps admirable contre ma poitrine, le couvrir de baisers ardents et enthousiastes...
HENRI, se fâchant.
Encore une fois, Monsieur!
HORACE
Oh! pas une fois, dix fois, cent fois, toujours!
HENRI
Monsieur!
HORACE
Et depuis lors je me fis inviter partout où vous alliez, tous vos amis devinrent les miens, je fis à votre femme une cour assidue, et savez-vous ce qu'elle me répondit?
HENRI
Que vous n'aviez aucune chance tant que je lui serais fidèle, mais qu'à la plus petite trahison de ma part, elle vous écrirait ces simples mots : u Descendez en pyjama ».
HORACE
C'est exact! Eh bien, Monsieur, je vous le demande : est-ce que vous n'allez pas bientôt tromper votre femme ?
HENRI
Tromper ma Geneviève ? Jamais!
HORACE, .s etfondrant sur la chaise.
Ah ! ne me dites pas ça! Ne me dites pas ça!
HENRI
Je vous le dis et je vous le répète : Jauiais Je ne tromperais ma femme!
HORACE, d'une voix lugubre.
Ahl voilà bien ma veine ! Il n'y a peut-être à Paris qu'un seul mari fidèle, et il faut que je tombe dessus ?
HENRI, ironique.
Désolé, croyez-le bien!
HORACE, des larmes dans la voix.
Monsieur Destourelles, je ne dors plus, je ne mange plus, et vous êtes bon... Si! Si! vous avez un œil de bon chien.
HENUI.
Un œil de caniche... cuiblème de la fidélité!
HORACE
Ah! vous êtes cruel! (so levant tout-à-foup.) Au nom
du ciel, au nom de Madame votre mère que je n'ai pas l'honneur de connaître, ne me laissez pas partir sans un mot d'espoir !
HENRI
Hein?
HORACE, suppliant.
Promettez-moi que vous tromperez Madame Destourelles, dans un mois, dans six mois, mettons un an...
HENRI
Eh! Monsieur, vous m'ennuvez à la fin! Brisonslàl
HORACE, très digne.
Soit! Mais vous aurez ma mort sur la conscience.
HENRI
Elle n'en restera pas moins légère!
HORACE, avec amertume.
Charmant! Voulez-vous mon opinion?
HENRI
Je n'y tiens pas!
HORACE
Je vous la donnerai tout de même : Vous n'êtes qu'un égoïste!
Il Bort par le fond, très digne.
16 FLIRT POUR DEUX î