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Flon, flon, flon, lariradondaine

Il y a trente-cinq ans environ, j'ai fait un volume de chansons intitulé la Bulle de savon, et qui, autant que je puis me le rappeler, ne fit pas grande sensation à cette époque, il est vrai qu'alors on avait à s'occuper de toute autre chose que de chansons.

Depuis un an ou deux, j'ai été agréablement surpris, je l'avoue, d'apprendre que plusieurs de mes anciennes chansons se chantaient avec succès dans les salons, dans les cafésconcerts et même dans les rues. . . et permettezmoi de vous dire, en passant, que le succès des rues n'est point à dédaigner, ne l'obtient pas qui veut

PREFACE

Il y avait entre autres ma chanson intitulée : Ma Lisette, quittons-nous, qui obtenait un succès de vogue, et quelques personnes voulaient absolument l'attribuer à Béranger, parce qu'il y avait dedans le nom de Lisette!... Comme si d'autres poëtes ne pouvaient pas aussi employer ce nom là!... mais numerus stultoruïih est inflnitusl On ne se doutait pas que la chanson était de moi, bien qu'elle fût depuis longtemps imprimée avec mes premiers romans. Il y eut même un monsieur qui, pour mettre un terme à l'incertitude du public, jugea convenable de faire imprimer son nom dessous et de s'en dire l'auteur, c'était certainement bien aimable de sa part, mais il y a des gens capables des actions les plus héroïques.

J'ignorais tout cela, quelqu'un eut la bonté de m'en avertir, et l'on voulut bien enfin permettre que je fusse l'auteur de ma chanson.

Puisque l'occasion se présente, je dois dire aussi que j'ai fait une chansonnette intitulée les Cabinets particuliers, celle-là n'était pas

PREFACE

dans la bulle de savon, l'ayant jugée un peu trop leste pour ce recueil. Je ne l'avais vendue ni cédée à personne et j'ai été fort surpris de savoir qu'on la chantait et qu'on la vendait dans les rues; mais la chose ne m'a pas paru mériter que je m'en occupasse, cette fois du reste, mon nom était sous la chanson.

Qu'est-il résulté de tout cela? qu'un de mes éditeurs m'a dit : vous devez avoir composé d'autres chansons, il doit y avoir de quoi faire un volume, il y a longtemps qu'on n'a fait des chansons gaies, il faut donner au public votre nouveau chansonnier.

Mon cher ami, lui répondis-je, si ces chansons ne doivent, comme leurs aînées, obtenir un vrai succès qu'au bout de trente-cinq ans, il me semble que cela nous renvoie un peu loin ! et quand je dis ?ious, je me trompe, je veux dire les chansons ; mais n'importe, imprimez, je le veux bien, car il faut espérer qu'en France on chantera toujours.

Et voilà pourquoi, cher lecteur, que je désire être un amateur de chansonnettes, je vous

PRÉFACE

offre en ce moment : Flou flon /Ion, larira dondaine, et vous souhaite : Gai gai gai, larira dondé. Pardon, encore un mot pendant que je vous tiens, dernièrement mon fils se trouvait chez un libraire avec un monsieur qui ne le connaissait pas. Là, ce monsieur prétendait que Charles-Paul de Kock et Paul de Kock sans Charles devant, ce n'était pas la même personne, mais que c'était les deux frères; mon fils avait beau lui soutenir le contraire, ce monsieur ne voulait pas en démordre et ce ne fut que lorsqu'il apprit à qui il parlait qu'il voulut bien croire qu'il avait tort. Je m'appelle Charles-Paul de Kock, sur tous mes premiers romans on a mis l'abréviation de Charles, si on l'a omise sur d'autres, c'est que partout on se contentait de me nommer Paul de Kock, et que j'étais assez connu ainsi pour que ce seul prénom parût suffisant. Mais veuillez bien croire, lecteur, que je ne suis pas double; avec ou sans Charles, je suis

toujours

Charles-Paul de Kock.

LE VAUDEVILLE

aik : Ballet des Pierrots.

Jadis on disait par la ville :

C'est le Français qui, né malin, A dû créer le Vaudeville, Car il chante soir et matin.

Aujourd'hui, perdant son empire, Le Vaudeville est aux abois !

Le Français, il faut bien le dire, N'est plus si malin qu'autrefois.

Quand de la chanson idolâtre Le public y battait des mains, On ne chassait pas du théâtre Les auteurs de joyeux refrains ;

LE VAUDEVILLE

Mais au Gymnase, au Vaudeville Les couplets sont fort mal reçus, On veut du drame, on veut du style, Mais des chansons... on n'en vetlt plus.

Vous qu'inspirait si bien Minerve, Merle, Brazier, Armand Gouffé, Et toi, Desaugiers, dont la verve Du plus lugubre eût triomphé, Si sur le théâtre, à cette heure, Vous portiez des yeux indiscrets, Que diriez-vous ! de voir qu'on pleure Au lieu de chanter vos couplets.

Ceux qui ne savent pas en faire Disent que c'est de mauvais goût ;

LE VAUDEVILLE

Que ce genre ne sait plus plaire, Qu'il est passé, banni partout.

Messieurs, malgré votre éloquence, Je crois, ainsi que nos aïeux, Tous les genres fort bons en France, Excepté le genre ennuyeux.

CONSEIL AUX JEUNES GENS air : Ma Grand'mère un jour de sa fête.

Jeunes gens, enfants de la France, Pour vous, j'ai fait cette chanson, Recevez avec confiance Un conseil, que je crois fort bon.

De votre bel âge Prenez plus de soins, Chantez davantage, Fumez un peu moins.

Laissez cette sale habitude Aux Hollandais, aux Allemands ; Comme autrefois faites étude D'être gais, coquets et galauts,

De votre bel âge Prenez plus de soins, Chantez davantage, Fumez un peu moins.

Pour avoir une contenance Beaucoup de vous veulent fumer ; Tachez d'avoir de l'élégance Et vous saurez bien mieux charmer.

De votre bel âge Prenez plus de soins,

Chantez davantage, Fumez un peu moins.

Fumer ne produit rien qui vaille, Des paresseux c'est le refrain; L'homme qui calcule et travaille N'a point un cigare à la main.

De votre bel âge Prenez plus de soins, Chantez davantage, Fumez un peu moins.

Laissez la pipe dans la bouche Aux habitués de cabaret ; Et ce sans façon, un peu louche, Qui sent par trop l'estaminet.

De votre bel âge Prenez plus de soins, Chantez davantage, Fumez un peu moins.

Cet abus de la nicotine Abîme d'abord l'estomac ; Puis on a mal à la poitrine, C'est encore grâce au tabac.

De votre bel âge Prenez plus de soins, Chantez davantage, Fumez un peu moins.

En fumant, parler politique, Cela ne vous rend pas meilleurs,

Cultivez plutôt la musique, Songez qu'elle adoucit les mœurs.

De votre bel âge Prenez plus de soins, Chantez davantage, Fumez un peu moins.

Tout un salon est dans l'attente Lorsque l'on espère un chanteur, Mais jamais on ne se lamente S'il n'arrive pas un fumeur.

De votre bel âge Prenez plus de soins, Chantez davantage, Fumez un peu moins.

Pour fumer vous quittez la table, Laissant les dames désormais !

D'abord cela n'est pas aimable, C'est Anglais, ce n'est pas Français.

De votre bel âge Prenez plus de soins, Chantez davantage, Fumez un peu moins.

Par une voix enchanteresse, Les dames se laissent toucher, Mais on s'éloigne avec vitesse D'un monsieur qui cherche à cracher.

De votre bel âge Prenez plus de soin,

Chantez davantage, Fumez un peu moins.

La chansonnette nous fait rire, La romance nous fait penser ; Votre tabac, faut-il le dire?

Il nous empeste et fait tousser !

De votre bel âge Prenez plus de soins.

Chantez davantage Fumez beaucoup moins.

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