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L'OCCASION

air : Abonnés des petites affiches.

L'occasion nous rend coupables,

Doit-elle amener le regret ?

Et sommes-nous donc si blâmables

De succomber à son attrait?

Le démon qui sait que les hommes

Cèdent à la tentation,

Pour les damner, au lieu de pommes,

Leur présente l'occasion.

Mille désirs troublent notre âme ; Nous résistons, est-ce vertu?

Souvent c'est la crainte du blâme, Qui fait que l'on a combattu.

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Et tel censure à toute outrance De son voisin mainte action !

Qui succombe sans résistance A la première occasion.

Adèle fut longtemps sévère, Refusant tous les billets doux; Lui' demander faveur légère.

La mettait bien vite en courroux ; Maintenant, chez elle Léandre, Pénètre avec précaution...

C'est que de la rendre plus tendre Il a trouvé l'occasion.

Dormont avait peu de ressource Mais on citait sa probité; Il devint heureux à la Bourse, Son crédit fut illimité î...

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Un beau jour il se mit en route.

A la tète d'un million !

Et son honneur fit banqueroute Dans une telle occasion.

Vous qui croyez qu'une maîtresse Tiendra tout ce qu'elle a promis, Vous qui comptez dans la détresse Sur le secours de vos amis, Pour que votre àme simple et neuv( Conserve son illusion, De les mettre un jour à l'épreuve N'ayez jamais l'occasion.

Mademoiselle Bonbec, tout en piquant un fricandeau, raconte à sa payse Madeleine comment elle a connu l'amour.

air : De Psyché.

Ma cher', c'est ben vrai que j' suis prise,

Ça m'est v'nu comme un accident!

Je traitais l'amour de bêtise,

Et j' n'ai plus V cœur indépendant.

Monsieur Jean, sans que j' m'en doutasse,

Me faisait un œil enjôleur...

{Parlé.) Figurez-vous, Madeleine, que je ne pensais à rien du tout! j'étais venue jusqu'à l'âge de trente-sept ans et demi, sans me douter que j'avais un cœur sous mon fichu ! J'étais naïve, que j'en disais quelquefois des

bêtises, sans la moindre connivence d'intention, lorsque M. Jean vint frotter chez mon maître, ous' qu'il rendit le parquet luisant que ça donnait des vestiges, il pénétra dans ma cuisine, il voulait frotter partout !

Et j'suis, en plumant une bécasse, Tombée amoureus' du frotteur,

Il faut convenir que pour plaire,

Monsieur Jean est au grand complet,

Il a la taille militaire,

Des favoris et du mollet.

Sur son balai, quand il s'efface,

Ah ! grand Dieu, quel entrepreneur !

Figurez-vous tout ce que vous avez vu de plus superbe en bels hommes! ramassez dans votre mémoire tous les tambours majeurs de Paris... Quand je suis à son bras, je suis

un peu fierté! — Je reçois toujours son coude dans le nez !

Un autr' peut avoir de la grâce, Mais jamais comme mon frotteur !

En frottant, comme il aime à rire, Un beau matin il m'embrassa, Bref, il avait mis tant de cire, Qu'auprès de lui mon pied glissa.

En tombant je me fis un' bosse, C'est alors qu'il m'offrit son cœur...

En me présentant un bouquet de violettes avec un petit papier blanc découpé, au milieu que c'était censé un camélia !

J'aurais dû lui dire : ça fait brosse. .. Mais le cruel était frotteur !

Comm' cet amour vous r'tourne un' femme î J'manqu' tout' s mes sauc's, j'en fais l'aveu ; Je crois voir l'objet de ma flamme Jusqu'au fond de mon pot-au-feu.

Est-ce une crèm' que j'assaisonne, Je m' dis : il en a la douceur...

Mais avec tout ça il y a des jours où je ne suis pas en état de confectionner une panade! Je mets de la moutarde dans du riz au lait, j'écume mon rôti, je fais frire des petits pois... et dernièrement, est-ce que je n'avais pas oublié de récurer une casserole que mes maîtres en ont ténu des coliques néphrétiques ! que j'étais susceptible d'aller en cour d'assises!... et tout ça par rapport à c'te gueuse d'amour... mes pauvres bourgeois!

Si jamais je les empoisonne Ce s'ra la faut' de mon trotteur.

air : Vaudeville de la Somnambule.

Regarde donc, ma chère Adèle, Les présents que Félix m'a faits ; Un bonnet garni de dentelles, Un vrai cachemire français.

Bijoux et parure éclatante, Et son portrait glissé parmi !

— Ah ! que tu dois être contente, Mais ma chère, a-t-il un ami?

De lui j'ai reçu cette lettre, Son style est dans le dernier goût ; Dans mes meubles il veut me mettre, C'est un homme qui pense à tout.

Il veut que j'aie une dormeuse, Quoiqu'il ne soit pas endormi.

— Ah! Dieu que tu dois être heureuse!, Mais ma chère, a-t-il un ami?

Tu sais que je suis très-gourmande,

Chez le traiteur je vais dîner ;

Là, mon amant me dit : commande !

Surtout ne vas pas te gêner !

J'ai pris une caille rôtie

Et des truffes dans un salmi.

— Ah ! Dieu que tu me fais envie...

Mais ma chère, a-t-il un ami?

Pour l'amour, nul ne peut, ma bonne, L'exprimer aussi bien que lui!

Il rit, il plaisante, il chiffonne, On n'a pas un moment d'ennui.

Sa flamme doit être sincère,

Car il ne fait rien à demi ! . . .

— Pour toi que d'agrément, ma chère,

Tâche donc qu'il ait un ami.

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