ON N'A JAMAIS PU SAVOIR
air : Ma Lisette quittons-nous.
Il existe de par le monde
Des secrets faits pour étonner ;
Chacun s'interroge à la ronde,
On voudrait bien les deviner,
Dois-je, à ce banquier qu'on renomme,
Laisser mes fonds qu'il fait valoir ?
Oui... s'il est vraiment honnête homme,
Mais, on n'a jamais pu savoir.
Je connais certaine coquette, Toujours élégante à ravir! Grâce à ses soins pour sa toilette.
Elle semble ne pas vieillir.
118 on n'a jamais ru savoir
Tantôt blonde, au mince corsage, Tantôt brune, à l'œif vif et noir, J'ai souvent demandé son âge...
Mais, on n'a jamais pu savoir.
Jean a-t-il fait tous ces ouvrages Où son nom brille comme auteur, A-t-il écrit ces belles pages, Pleines de talent et de cœur ?
Dans le monde et le tète-à-tête, C'est un véritable éteignoir, A-t-il de l'esprit, est-il bête ?
Dame ! on n'a jamais pu savoir,
Dorival a pris pour épouse, Jeune fille aux yeux sémillants, Elle n'est pas du tout jalouse, Elle rit avec les galants.
on n'a jamais pu savoir 119
De son humeur un peu légère, Son mari, loin de s'émouvoir.
Assure qu'elle fut rosière...
Mais on n'a jamais pu savoir.
Vous connaissez cejournaliste, Qui change du soir au matin, Un jour il éreinte un artiste, Qu'il prônera le lendemain.
Il fait de même en politique ; On se dit : est-il blanc ou noir?
Pour l'empire ou la république' liais on n'a jamais pu savoir.
Trouverait-on sur cette terre Un artiste sans vanité, Un avocat ne parlant guère, Des journaux sans absurdité !
120 ox n'a jamais pu savoir
Des gascons sans fanfaronnade.
Des médecins, sûrs de n'avoir Jamais fait périr leur malade. ..
Dame... on n'a jamais pu savoir.
Nous devons tous faire un voyage, Pour lequel on se fait prier, Mais le plus simple, le plus sage, C'est de ne point s'en effrayer; Dans les cieux, où sur nous l'on veille, Serons-nous mieux? j'en a i'espoir, Car on en dit monts et merveille î Mais... on n'a jamais pu savoir.
Histoire véritable, arrivée à un don Juan de la place Maubert, ce qui fait bien voir que tout n'est pas rose quand on suit les femmes.
air: Air delà complainte de Fualdés
C'était pour une soirée.
Dieu, que je m'étais fait beau î J'avais couvert mon chapeau D'une toile bien cirée, En route, du mauvais temps Craignant les désagréments.
J'avais mis ma redingote Avec collet de velours ; La même que j'ai toujours.
Mais alors, je la décrotte ; Ça lui donne un air si neuf, Qu'on jurerait de l'elbeuf !
Dans ma pommade nouvelle.
Je mis, aimant les odeurs, Du camphre, des quatre fleurs, Du piment, de la cannelle, Sur ma route, j'en répond, On disait : ah î ca sent bon.
Quand je sortis, ma portière, Qui, sans mentir, s'y connaît, Dit : Monsieur, on vous prendrait Presque pour un commissaire, Tant vous avez maintenant Un abord prépondérant !
J'étais pimpant dans la rue, Quand je vis, à mon côté,
Une fringante beauté D'une fort belle venue !
Sous sa robe, je vis les Plus admirables mollets !
Je suis la particulière, Elle entre dans un bouchon ; J'y pénètre en disant : bon !
C'est peut-être une écaillère ; Avant de l'entretenir, Faisons-la se raffraichir.
D'abord la belle insensible,
Refuse toute liqueur,
Je dis : si c'est votre humeur,
Abordons le comestible ;
Jamais on n'a refusé
Brie ou fromage anisé.
Le fromage enfin l'emporte, Elle cède, nous soupons; Pendant que nous tortillons, Paf ! on enfonce la porte, Pais, un monsieur fort vilain, Entre, une canne à la main.
C'était l'amant de ma belle, Homme petit, mais rageur, Pendant que, plein de fureur, Il rossait la demoiselle, Sur mon nez, sa main cassait Un pot de vin qui tachait !
Bref, ce monsieur me calotte, Me roule dans le ruisseau;
Après m'être vu si beau !
Je me vois couvert de crotte, Et je rentre, en me disant : J'embaume moins à présent!