NE M'INTERROGEZ PAS
air : T'en souviens-tu, Marie?
Non, je ne puis vous dire D'où naissent mes tourments Et pourquoi je soupire Presqu'à tous les instants ; Pour vous ouvrir mon âme, J'aurais trop d'embarras, Ah ! par pitié, madame, Ne m'interrogez pas.
Auprès de vous je tremble Et je ne vous dis rien;
182 ne m'interrogez pas
Cependant il me semble Que là seul je suis bien.
Oui, ma plus chère envie Est de suivre vos pas...
Mais je vous en supplie.
Ne m'interrogez pas.
Un mot de votre bouche M' arrive jusqu'au cœur ; Si votre main me touche Je frémis de bonheur.
Mes regards en silence Contemplent vos appas, Oh ! mais sur ma souffrance Ne m'interrogez pas.
Cédant à mon délire, Si j'osais quelque jour,
ne m'interrogez pas 183
A vos genoux vous dire Pour vous je meurs d'amour.
Je pourrais vous déplaire Que deviendrais-je, hélas!
Il vaut bien mieux me taire, Ne m'interrogez pas.
LE COMMIS VOYAGEUR air: Un Grenadier c'est une rose.
S*énoneer avec assurance, Être toujours soigné, bien mis ; Porter, sans trop de suffisance, Les modes de tous les pays, Et des objets coter le prix.
Sans connaître chaque langage, Le comprendre assez par l'usage, Et répondre, d'un ton moqueur:
Ya, yes, parole d'honneur!
Voilà ( 4 fois ) le commis voyageur.
Toute l'année être en voyage.
Pour le compte de la maison
Soigner la vente et le courtage, Faire, dans mainte occasion, L'amour et la commission.
Savoir placer, avec adresse, Ses échantillons, sa tendresse, Ses marchandises et son cœur, Le tout, plus cher que sa valeur !
Voilà... le commis voyageur.
Sur ce que l'on cite à la ronde, Dire toujours : je connais ça !
Avoir vu tous les coins du monde, Les Patagons, le Kamehatka, Fait le saut du Niagara :
Manger très-vite à tablé d'hôte, Mais ne s'y faire faut .
Prendre le morceau le n Au nez du convive amateur...
Voilà... le commis voyageur!
Se plaçant dans la diligence, De ses affaires occupé; Ébaucher une connaissance, Dans l'intérieur ou le coupé, La suivre quand on a soupe ; Lorsque l'on remonte en voiture, Mener à bien son aventure ; Puis dire, en se quittant ailleur :
« Madame, au revoir, serviteur ! »
Voilà... le commis voyageur.
Sans se mêler de contrebande, Chez l'étranger, à peu de frais, Prendre chemise de Hollande, Mouchoir indien, bas écossais, Cravates en foulard anglais.
Puis, en arrivant aux frontières,
Au nez des commis de barrières, Passer un tissu séducteur, Sans payer le droit oppresseur...
Voilà. . . le commis voyageur.
L'ERREUR m air : Abonnés aux Petites-Affiches.
a Tout n'est qu'erreur dans ce bas monde! » Dit le misanthrope chagrin, Et sur ce principe il se fonde Pour s'ennuyer soir et matin.
Tout ce qui, depuis notre enfance, Nous a fait goûter le bonheur, L'amitié, l'amour, l'espérance, Écoutez-le : c'est une erreur.
Je n'aime pas que l'on détruise Mes plus douces illusions, Je veux croire, quoi qu'on en dise, Aux vertus, comme aux passions.
l'erreur 189
D'une femme jeune et jolie, Lorsque j'obtiens une faveur, D'ivresse, mon âme est remplie, Et cela n'est point une erreur.
D'un ami, que parfois j'oblige, Si quelqu'un me disait tout bas :
« Il vous trahit, cela m'afflige! »
Certes, je ne le croirais pas; Si l'on me disait : « Ta maîtresse Écoute un galant séducteur, »
Loin de douter de sa tendresse, Je me dirais : C'est une erreur.
Vous voyez que dans cette vie, Tout peut s'arranger pour le mieux, La meilleure philosophie Est celle qui nous rend heureux.
190 l'erreur
Pour le plaisir il faut qu'on vive, Car le plaisir est doux au cœur, Mais alors que le mal arrive, N'y croyez pas, c'est une erreur.