VOUS N ETES PLUS GENTIL
On doit lui peindre sa tendresse.
Même la prouver quelquefois, Mais, quand je vous dis : je t'adore ! Vite vous froncez le sourcil?...
Là! le voilà qui bâille encore, Vraiment, vous n'êtes plus gentil!
Si nous allons dans la campagne, Rien ne vous met plus en émoi !
J'ai beau gravir une montagne, Vous n'êtes plus derrière moi.
Sous un bosquet, quand je me place, Monsieur regrette son fusil ; Et puis il me parle de chasse...
Vraiment, vous n'êtes plus gentil !
Allons, venez, que l'on m'embrasse, Je consens à faire la paix...
vous n'êtes plus gentil 23
Quoi, monsieur, vous restez de glace.
Ingrat! je sens que je vous hais.
Sans doute avec une autre belle Vous épuisez votre babil?...
Eh bien, monsieur, restez près d'elle, Je veux un amant plus gentil !
LA PRISEUSE
air : De Psyché.
Hortense est jeune, elle est jolie, La grâce embellit son maintien ; Sa bouche est fraîche et bien garnie, Sa main blanche, son pied fort bien. (bis. Auprès d'elle, je le confesse, Mon cœur a souvent fait : tic tac !
Mais ce qui combat ma tendresse.
C'est qu'Hortense prend du tabac.
Aux femmes dans l'âge de plaire^ Le tabac ne sied pas du tout,
LA PRISEUSE
Il donne un air de douairière, Il répand un fort mauvais goût.
Et puis n'est-ce pas un supplice Lorsque l'on veut faire sa cour.
Il faut dire : Dieu vous bénisse !
Au moment de parler d'amour.
Quand je dis à la belle Hortense :
« Vous êtes faite pour charmer, Perdez donc votre indifférence, Songez qu'il est bien doux d'aimer.
Ce sentiment n'est point blâmable Et l'éprouver n'est point un mal. »
Elle répond d'un air aimable :
« J'aime beaucoup le caporal. »
Trop longtemps j'ai suivi ses traces, Mais je la fuirai sans effort ;
26 LA TRISEUSE
Je sens que dans ses bonnes grâces Son nez me fait toujours du tort.
Que voulez-vous que j'en espère !
Quand je demande un rendez-vous, Elle tire sa tabatière, En me disant : en usez-vous?