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Flore cryptogamique de l'est

La Flore, dont nous avons l’honneur d’offrir au public un premier volume, comprend, dans son domaine, les trois anciennes provinces de Lorraine, d’Alsace et de Franche-Comté. Depuis longtemps déjà cette région possède d’excellents ouvrages descriptifs pour les phanérogames, tandis que les végétaux cellulaires attendent encore un travail analogue. Nous avons voulu combler, au moins partiellement, cette lacune. Les botanistes compétents apprécieront jusqu’à quel point nous avons réussi.

Quinze années d’excursions incessantes , dirigées dans tous les sens à travers le domaine indiqué plus haut, nous avaient familiarisé, au préalable, dans une assez large mesure, avec les formes diverses et la distribution géographique des Muscinées décrites dans ce volume. Ce sont les Hautes-Vosges du revers occidental, depuis le Ballon de Servance jusqu’à Lützelbourg et Saverne, que nous avons surtout explorées; et plus spécialement encore le Hohneck, le Rotabac, Gazon-Martin, le Bresoir, le Ballon de Servance, les environs de Vagney, Gérardmer, La Bresse, le Valtin, Clefcy, le Tholy, Tendon, Granges, Saint- Dié, Senones, ont été le champ de recherches assidues. Dans la région des plaines de la Lorraine, nous avons étudié ou du moins parcouru attentivement les environs de Rambervillers, Autrey, Mirecourt, Bains, Darney, Monthureux-sur- Saône , Ncufchâteau , Liffol-le-Grand , Nancy, Toul, Bar-le- Duc, Commercy, les forêts de l’Argonne entre Clermont et Futeau. Dans les Basses-Vosges , nous avons visité les localités

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les plus favorables du voisinage de Fénétrange et de Sarrebourg, les forêts et les rochers qui s’étendent de Lützelbourg à Saverne. Nous avons également exploré sur plusieurs points la plaine d’Alsace et les collines inférieures au pied des Vosges, en particulier celles de Hohlandsberg, Türkheim , Ingersheim, Siegolsheim, Ortenberg, Ungersberg, Obernai, Mutzig, etc. Du reste, après les recherches de Mühlenbeck aux environs de Mülhouse, de Guebwiller et de Saint-Amarin , celles de Blind dans la vallée de Münster, de M. Schimper dans toute l’Alsace et spécialement aux environs de Strasbourg, de Bruch à Deux- Ponts, nous n’avions plus à nous préoccuper de faire de nouvelles excursions dans la vallée du Rhin. Nous avons passé quinze jours dans le Haut-Jura exclusivement à la piste des Mousses et des Hépatiques; notre itinéraire, dans ces belles montagnes, se résume par l’indication des points suivants : Saint-Claude, Colombier, Faucille, Dole, Grandvaux, Saint- Laurent, Lac des Rouges-Truites, Mouthe, Mont-d’Or, Suchet. Enfin nous avons parcouru la forêt de Serre sur une longueur de plus de deux lieues.

Outre les matériaux provenant de ces courses variées, nous avons pu examiner encore les abondantes récoltes de Mousses et d’Hépatiques faites par notre excellent ami, M. Pierrat, sur les hauteurs de Vagney, de Rochesson , de La Bresse , dans la haute chaîne des Vosges et au Clerjus. M. le Dr A. Mougeot a bien voulu mettre à notre disposition et nous avons étudié soigneusement toutes les Muscinées de la précieuse collection des Slirpes vogeso-rhenanœ. M. Paillot, l’habile continuateur de Y Exsiccata de C. Billot, nous a mis à même de vérifier les déterminations de plus de 400 nos de Mousses recueillies aux environs de Besançon, Rougemont, Mouthe, elc. Il avait suffi à M. l’abbé Lemaire, en 1867, de quelques jours d’herborisations dans les hautes forêts de Moussey (canton de Senones), pour y découvrir un grand nombre de Mousses et d’Hépatiques très intéressantes; nous les avons retrouvées dans ses récoltes. Nous devons à la générosité de MM. F. Schultz et Winter de beaux échantillons de Mousses recueillies par ces Messieurs

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dans les Basses- Vosges, surtout dans le voisinage de Wissembourg, de Bitche et de Sarrebrück. A Strasbourg, nous avons visité l’herbier de Blind ; cette collection nous a fourni un certain nombre de renseignements inédits. M. Schimper, outre quelques types d’espèces très rares , nous a donné des indications détaillées sur les stations d’un grand nombre de Mousses intéressantes de la plaine du Rhin ou des Vosges alsaciennes.

Les documents bibliographiques, que nous avons de plus mis à profit pour l’indication des localités, sont les suivants :

1° Tableau des plantes qui croissent spontanément dans le département des Vosges , par le DT Mougeot, dans la Statistique départementale;

2° Catalogue des plantes cellulaires du département de la Meurthe, par M. le DT Godron , dans la Statistique départementale ;

3° Catalogue des Mousses de la Suisse , par M. Lesquereux , dans les Mémoires de ta Société d’histoire naturelle de Neufchâtel ;

4° Flore de la Moselle, par Holandre , lre et 2e Edit.;

5° Grundzüge zur Phytostatik der Pfalz , von DT F. W. Schultz, ainsi que les suppléments, particulièrement celui de 1871 ;

6° Die Laubmoose des Saargebiets , von Ferdinand Winter , in Verhandl. des naturh. Vereins der preuss. Rbeinlande und Westph. 1864;

7° M. J. Müller, de Genève, a eu l’obligeance de dresser pour nous un catalogue des Hépatiques observées par lui dans le Haut-Jura ;

8° M. Renauld, officier de cavalerie, a bien voulu nous donner communication d’une liste des Mousses les plus intéressantes qu’il a recueillies dans la Haute-Saône, sur les contreforts méridionaux du Ballon de Servance, dans la plaine de Lure et sur les coteaux jurassiques voisins. Cette liste

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étant arrivée un peu tard, nous avons dû la renvoyer à la fin du volume, aux Additions. Du reste, M. Renauld publie, en ce moment, son travail sur les Mousses de la Haute-Saône. Nous nous empressons de recommander ce Catalogue aux amateurs qui ne possédaient jusqu'ici aucun renseignement sur la distribution des Mousses dans cette partie de notre domaine floral ;

9° Nous avons recueilli dans les ouvrages de Bridel, de MM. Schimper et C. Millier, toutes les indications éparses qui se rapportent aux Mousses de nos contrées ;

10° Les comptes rendus de la session extraordinaire de la Société botanique de France dans le Jura, en 1869, nous ont fourni également quelques données utiles.

C’est à dessein que nous avons négligé la Monographie des Hépatiques du département de la Moselle, par le docteur J. -P. Kremer, l’imperfection des diagnoses et de trop grossières erreurs ne permettant pas d’accorder aucune espèce de confiance à cet ouvrage.

Telles sont les ressources que nous avons pu mettre en œuvre.

En rédigeant ce travail, notre constante préoccupation a été, d’une part, de faciliter, autant que possible, aux commençants, la détermination rigoureuse des genres et des espèces. C’est dans ce but que nous avons donné de longs préliminaires sur l’organographie des Mousses et des Hépatiques, que nous n’avons admis que des genres bien tranchés. Le sectionnement des grands genres en groupes de plus en plus restreints, l’emploi des numéros d’ordre, des titres en tête des pages, la mise en relief des caractères distinctifs par des italiques, se rapportent à la même intention. Un grand nombre d’espèces sont stériles dans nos régions , de là un soin tout particulier donné au signalement des caractères tirés du système végétatif. D’un autre côté , nous avons donné de chaque espèce des descriptions suffisamment étendues et précises dans le dessein de permettre

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aux botanistes étrangers de reconnaître , à la lecture de notre ouvrage , les formes locales affectées par la végétation bryologique dans nos contrées, en raison du climat, de la nature du sol , etc. Ce n’est d’ailleurs que par des descriptions détaillées , qu’il est possible de mettre fin à des confusions fâcheuses, à des erreurs qui entravent le développement normal de la science.

Quant à la disposition taxonomique adoptée dans ce travail , dans l’impossibilité où nous sommes de la justifier ici à cause du manque de place, qu’il suffise de faire observer que les tribus dans une même famille, les genres dans chaque tribu, les espèces dans les genres considérables , ne sont pas articulés bout à bout dans une série linéaire unique , mais constituent plutôt des groupes parallèles ou des rayons plus oü moins divergents. Ce que nous venons de dire ne s’applique qu’aux Mousses ; pour les Hépatiques , nous avons adopté , à peu de choses près , l’ordre systématique introduit par Nees von Esenbeck.

Afin d’étendre un peu l’horizon d’une flore trop localisée , et de faciliter les échanges entre bryologues , nous avions eu d’abord la pensée d’intercaler dans notre ouvrage de courtes diagnoses de toutes les espèces appartenant à l’Europe moyenne, qui n’ont pas encore été rencontrées dans notre circonscription ; mais les tristes événements de ces dernières années nous ont fait modifier ce projet. Nous avons donné moins d’attention aux Mousses d’Allemagne , et nous nous sommes occupé davantage de celles de France. La générosité de nos correspondants nous a permis de faire , dans cette direction , plus que nous n’aurions osé l’espérer. M. Lamy, de Limoges, avec une libéralité que nous ne saurions assez reconnaître , nous a fourni les renseignements les plus détaillés, avec de nombreux échantillons à l’appui, sur la végétation bryologique des montagnes de l’Auvergne et du département de la Haute-Vienne. M. l’abbé Puget, pour les Alpes de la Haute-Savoie et de la Savoie , et M. l’abbé Ravaud , pour les Alpes du Dauphiné, nous ont rendu des services non moins éminents. M. Husnot, outre sa belle publication des Mousses et des Hépatiques de France, nous a communiqué des

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espèces très rares de son herbier. Nous avions déjà reçu de M. l’abbé Chaboisseau plusieurs raretés du département de la Vienne, de M. Bescherelle , celles des environs de Paris, de M. Borel , des espèces intéressantes des environs de Gap et de la Grave , etc. Enfin nous avons emprunté l’indication d’un grand nombre de localités pour les espèces rares aux listes et catalogues suivants :

Catalogue des plantes observées dans l'étendue du département de l’Oise , par Graves, 1857;

Flore analytique des Genres et Espèces appartenant à l’ordre des Mousses, etc., par M. L. Débat, 1867;

Mousses des environs de Cherbourg, par M. A. Le Jolis, 1868;

Catalogue des Mousses et des Hépatiques de Provence , par M. Hanry, 1867;

Florale du Tarn, 2e Partie, par MM. de Martrin-Donos et Jeanbernat , 1867;

Courses bryologiques aux environs de Chambéry (Savoie), par M. E. G. Paris. 1863;

Catalogue des Mousses observées aux environs de Paris , par M. E. Le Dien. Bullet. Soc. bot. V, p. 744 et suiv. ; Catalogue des Muscinèes des environs de Toulouse, par M. Jeanbernat , Bullet. Soc. bot. XI, p. LXVI ;

Lettre de M . A. Mougeot à M. de Schœnefeld , sur les Mousses récoltées par lui au Lautaret , en 1863, Bullet. Soc. bot. X, p. 417 ;

Liste des Mousses récoltées en Savoie, pendant la session de Chambéry, par MM. Bescherelle , Le Dien et Roze , Bullet. Soc. bot. X, p. 762;

Catalogue des Mousses du département de l’Aude, par M. Roumeguère , Bullet. Soc. bot. XVI, p. 435.

Ces documents nous ont permis de signaler 97 espèces de Mousses et 18 espèces d’IIépatiques de la Flore française,

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étrangères à notre circonscription primitive. La forme typographique des descriptions est la même que pour les Muscinées del'Ëst, à l'exception toutefois des nos d’ordre réservés à ces dernières; ce qui permet de voir, au premier coup d’œil, à quelle catégorie une espèce appartient.

Nous ne terminerons pas ces pages, sans prier de nouveau tous nos amis et correspondants, dont la générosité nous a si bien servi , de recevoir l’expression de notre plus vive reconnaissance.

Grand Séminaire de Saint-Dié, le 22 Juin 1872,

L’Abbé BOÜLAY.

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